Une manifestation des employés de Revenu Québec en avril dernier

Les syndiqués de Revenu Québec comptent sur la CAQ

En grève illimitée de soir et de fin de semaine, les employés de Revenu Québec sont confiants que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) reconnaisse leur expertise dans la lutte à l’évasion fiscale et aux paradis fiscaux.

«On s’attend à ce que les bottines suivent les babines», soumet Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Les élus de la CAQ ont plusieurs fois réclamé ces dernières années un maintien de l’expertise au sein du gouvernement, notamment en informatique. M. Perron croit que le gouvernement a «une belle occasion» de démontrer qu’il tient à cette expertise en s’entendant avec les employés de Revenu Québec. 

Plusieurs manifestations auront lieu sur l’heure du lunch dans huit villes du Québec mercredi. Les 4600 professionnels de Revenu Québec feront du bruit afin d’obtenir de meilleures conditions de travail, eux qui sont sans convention collective depuis trois ans. 

«En période de rareté de la main-d’œuvre, il est crucial que le gouvernement du Québec se donne les moyens de contrer les paradis fiscaux. Parce qu’il faut récupérer les sommes qui servent à payer nos services publics», plaide M. Perron. 

Le leader syndical explique que les équipes de comptables et d’analystes en procédés informatiques qui enquêtent sur les revenus que les grandes entreprises cachent au gouvernement développent une expertise «très pointue» qu’il ne faut pas laisser filer.  

À l’heure actuelle toutefois, ces travailleurs sont tentés de faire le saut au privé ou à l’Agence du revenu du Canada, où ils peuvent gagner un salaire jusqu’à 40 % plus élevé, selon M. Perron. «L’Agence du revenu du Québec, c’est devenu le club-école de l’Agence du revenu du Canada. Il faut arrêter cette saignée-là.»

Le président du SPGQ explique que ses membres sont «extrêmement vexés, voire insultés» de ne pas avoir obtenu ce qu’on leur avait fait miroiter en 2011, soit de meilleurs salaires que dans le reste de la fonction publique québécoise. 


« L’Agence du revenu du Québec, c’est devenu le club-école de l’Agence du revenu du Canada. Il faut arrêter cette saignée-là »
Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)

En 2011, le ministère du Revenu est devenu une agence. Ses employés ont perdu leur mobilité au sein de la fonction publique, en échange de quoi ils devaient être traités différemment.

M. Perron est confiant toutefois de voir le gouvernement Legault agir rapidement dans ce dossier. «On n’a pas de raison de croire que le gouvernement veuille se défiler.»

En 2015, le député caquiste Éric Caire, aujourd’hui ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, a accouché d’un pacte de responsabilité «pour un État moderne et efficace». Dans ce rapport, il suggérait de rémunérer davantage les employés dont l’expertise est indispensable à l’État, par exemple en matière de technologies de l’information. 

La CAQ a aussi appuyé en 2017 un rapport de la Commission des finances publiques qui visait à mieux lutter contre les paradis fiscaux. L’une des recommandations était d’octroyer des «ressources humaines, financières et matérielles additionnelles nécessaires à l’Agence du revenu du Québec pour renforcer les vérifications». 

La grève de soir et de fin de semaine des professionnels de Revenu Québec a commencé le 30 octobre. Des moyens de pression «plus lourds» pourraient être utilisés si les syndiqués ne parviennent pas à s’entendre avec le gouvernement.