Des chauffeurs des diverses entreprises de l'Outaouais sont réunis, lundi matin, pour manifester contre le projet de loi 17.

Les propriétaires de taxi en Outaouais dénoncent une «expropriation sauvage»

Les propriétaires d’entreprises de taxi de l’Outaouais parlent d’une « expropriation sauvage » pour décrire le projet de loi 17 du gouvernement québécois.

La partie patronale et les travailleurs de l’industrie se sont réunis dans les locaux de Crown et Regal Taxi lundi matin pour rencontrer les médias et présenter leurs revendications dans le cadre de la journée de mobilisation provinciale. De toutes les entreprises de l’Outaouais, seul Taxi Soucy était absente puisque son service est considéré comme essentiel.

« On ne pénalise pas la population, souligne le propriétaire de Crown et Regal, Serge Leblanc, à propos de la grève qui était en vigueur de 7 h à 19 h lundi. Si quelqu’un appelle parce que son enfant est tombé et qu’il doit aller à l’hôpital, j’ai des taxis stand-by pour le faire. »

Un cortège de véhicules a circulé à vitesse réduite dans les rues de Gatineau entre midi et 13 h 30, notamment sur la promenade du Portage et sur le boulevard Gréber – devant les bureaux du député de Chapleau, Mathieu Lévesque. Ainsi, l’industrie du taxi souhaitait faire entendre son message et rallier la population à sa lutte.

À LIRE AUSSI : Pour le meilleur ou pour le pire ?

À LIRE AUSSI : Bonnardel ne recule pas

Le nerf de la guerre se trouve dans la compensation offerte aux chauffeurs pour leur permis d’opération de taxi. Selon les propriétaires d’entreprises de taxi, il faudrait plus de 1,3 milliard $ pour indemniser convenablement les chauffeurs de taxi de l’ensemble du Québec.

« Depuis environ 20 ans, un permis de taxi c’est un bien reconnu comme une maison. Si vous achetez un permis de taxi, vous pouvez avoir un prêt, comme une hypothèque. Si vous ne payez pas votre permis, il est saisissable », affirme M. Leblanc qui souligne qu’il y a encore de nombreux chauffeurs qui ont une dette de plusieurs dizaines de milliers de dollars pour obtenir ce permis.

Les représentants de l’industrie en Outaouais se disent prêts à accepter une nouvelle loi qui retirerait la nécessité d’obtenir un permis, à condition que les chauffeurs soient dédommagés de façon convenable.

« Je peux être d’accord avec ça qu’on n’en a plus besoin, mais mon bien, qu’est-ce que tu fais avec ? Je l’ai payé, j’ai travaillé et j’ai payé des intérêts là-dessus. J’ai rendu des services à la population et j’ai investi, puis tu me dis que tu n’as plus besoin de moi ? J’appelle ça une expropriation sauvage », affirme Serge Leblanc.

Les propriétaires d’entreprises de la région ont également dénoncé lundi les conséquences du projet de loi 17 pour la clientèle située à l’extérieur des grands centres urbains.

« Les quotas ont été créés à l’époque pour assurer que les personnes en banlieue des villes, comme à Buckingham ou dans le Pontiac, tout le monde doit avoir un service rémunéré. Si tu as besoin d’aller quelque part, tu as le droit d’avoir un taxi en tant que citoyen québécois. Les quotas ont été créés pour s’assurer qu’on ait le bon nombre de véhicules partout, dans les villes comme dans les régions », explique le directeur général de Taxi Loyal,
Alexandre Rizk.

« Avec ce projet de loi, je pourrais demander un permis et desservir un secteur qui va d’Aylmer à Montebello. Imaginez le gars à Plaisance, Papineauville ou Thurso qui attend depuis deux ou trois heures pour avoir un client, ça se peut qu’il vienne à la place du Portage. Des grosses chances. Quand quelqu’un à Thurso va avoir besoin d’un taxi, est-ce qu’il va retourner là-bas ? Non, ce gars-là a besoin de gagner sa vie. Pourtant, le client à Thurso a besoin de voyager », ajoute M. Leblanc.