«Malheureusement, il y a des gens qui se pensent invincibles», a déploré le premier ministre Justin Trudeau alors qu’on constate encore des attroupements dans des parcs et des plages de Colombie-Britannique, notamment.

Les premiers ministres canadiens discutent de la loi fédérale sur les mesures d’urgence

OTTAWA - Les premiers ministres du pays ont encore une fois discuté de la possibilité d’invoquer la loi fédérale sur les mesures d’urgence, lundi soir, à l’occasion d’une conférence téléphonique entre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux et territoriaux.

Selon une source fédérale qui s’est exprimée sous le couvert de l’anonymat, une longue discussion a eu lieu sur cette loi, qui accorderait au gouvernement fédéral des pouvoirs extraordinaires afin de faire face à la crise sanitaire.

Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, s’est joint à l’appel pour expliquer ce que la loi permettrait de faire et quel en serait l’impact sur les mesures provinciales visant à freiner la propagation de la COVID-19.

Tandis que certains premiers ministres provinciaux souhaitent que la loi soit invoquée, d’autres craignent que cela ne nuise à leurs propres efforts.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs souhaite qu’elle soit invoquée afin d’»unifier notre approche en tant que nation».

Son confrère de l’Ontario, Doug Ford, a objecté que les provinces doivent pouvoir agir unilatéralement.

Le gouvernement fédéral continue pour sa part de considérer la Loi sur les mesures d’urgence comme un «dernier recours».

À sa sortie publique quotidienne, en avant-midi, Justin Trudeau avait réitéré qu’aucune mesure supplémentaire n’est exclue si les citoyens ne respectent pas les conseils de distanciation sociale. Il avait dit ne pas voir la nécessité d’invoquer la loi fédérale sur les mesures d’urgence, tant que les autorités provinciales ont les choses en main.

«Nous devons continuer d’être coordonnés, pas juste dans nos approches, mais (aussi) dans nos communications», a également dit le premier ministre, au micro installé devant sa résidence où il poursuit son isolement volontaire.

Lundi soir, les premiers ministres ont aussi abordé la potentielle pénurie de fournitures médicales essentielles, comme les jaquettes, les masques, les respirateurs et les écouvillons - «la priorité des priorités» aux yeux du premier ministre du Québec, François Legault.

«On a (des écouvillons) pour les quelques prochaines semaines, mais évidemment ça va s’accélérer. Donc, on a besoin d’Ottawa pour faire des efforts, entre autres, pour avoir le matériel de tests», a-t-il plaidé lundi après-midi.

«Tout le monde est préoccupé du nombre d’écouvillons, à moyen terme», a-t-il insisté, en soulignant que le Québec possède suffisamment de masques et de ventilateurs.

Brian Pallister, du Manitoba, s’en est fait l’écho.

«Nous devons être conscients que ça nous concerne tous et que des fournitures non disponibles dans n’importe quelle partie du pays représentent une mauvaise nouvelle pour nous tous», a-t-il lancé.

Les premiers ministres ont également discuté des mesures adoptées par les divers ordres de gouvernement pour offrir un soutien financier aux particuliers et aux entreprises.

La Chambre des communes sera rappelée mardi pour se pencher sur l’aide promise par le gouvernement de Justin Trudeau, un processus qui devrait prendre deux jours au total.

Nombre de cas

Une campagne publicitaire nationale est en préparation alors que le nombre de cas confirmés et probables au pays dépasse 2000, celui au Québec ayant fait un bond jusqu’à 628 cas.

La campagne multimédia d’Ottawa coûtera 50 millions $. Québec, pour sa part, a déjà une campagne publicitaire qui roule pour insister sur la nécessité de la distanciation sociale. La campagne fédérale portera, évidemment, le même message.

Le dernier bilan disponible de cas confirmés de la maladie à COVID-19 en dehors du Québec: 503 en Ontario, 472 en Colombie-Britannique, 301 en Alberta, 65 en Saskatchewan, 41 en Nouvelle-Écosse, 14 au Manitoba, huit au Nouveau-Brunswick. Terre-Neuve-et-Labrador a confirmé quatre cas mais en soupçonne 20 autres. L’Île-du-Prince-Édouard en est toujours à trois cas.

On a compté également deux cas au Yukon et un dans les Territoires du Nord-Ouest. Les TNO, inquiets de l’accessibilité à des ressources en soins de santé, ont d’ailleurs fermé leurs frontières depuis samedi à tous les voyageurs, y compris les Canadiens. Le seul cas qui y a été diagnostiqué, une personne qui est maintenant guérie, rentrait d’un séjour en Alberta et en Colombie-Britannique.

Le Nunavut n’a pas attendu de déclarer un cas pour fermer ses portes à tout voyageur qui se déplace pour une raison non essentielle. À partir de mardi soir minuit, ceux qui seront autorisés à entrer sur le territoire devront s’isoler pendant 14 jours.

Et puis, sur la base militaire de Trenton où sont mis en quarantaine depuis le 10 mars les 228 voyageurs du Grand Princess, on en est toujours à 13 cas confirmés. Ces personnes malades et celles qui ont été en contact direct avec elles ne pourront donc pas sortir de leur quarantaine mardi. Ils seront encore 21 à être isolés sur la base militaire tandis que les 207 autres pourront rentrer chez eux.

Au total, au pays, il y a eu 24 décès.

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