Martine Ouellet ne dispose plus que de l’appui de deux députés à Ottawa, sept autres ayant démissionné du parti et créé leur propre parti, Québec debout.

Les opposants de Martine Ouellet écrivent aux militants

MONTRÉAL — La fronde contre Martine Ouellet à la tête du Bloc québécois s’organise.

Dans un courriel envoyé aux militants du Bloc ce jeudi, des opposants à Mme Ouellet appellent ceux-ci à ne pas donner leur confiance lors du vote sur la question les 1er et 2 juin et dont le résultat sera dévoilé dimanche.

« L’essentiel c’est d’aller voter pour sortir de la crise et, pour sortir de la crise, il faut que Mme Ouellet quitte », a tranché Valérie Tremblay, porte-parole de l’exécutif bloquiste de Chicoutimi-Le Fjord en conférence de presse, jeudi à Montréal.

Les opposants, qui se sont regroupés sous l’appellation de « Coalition pour l’unité indépendantiste du Bloc québécois », affirment dans leur courriel que le fait de retirer la confiance à la chef « sera un signal clair que les membres désirent une seule et unique force indépendantiste à Ottawa ».

La missive aux membres ajoute que de voter « non » au vote de confiance sur la chefferie de Mme Ouellet équivaudra à « donner un mandat fort de procéder intelligemment et dans les plus brefs délais à la réunification du caucus et à l’apaisement des tensions », ajoutant qu’il ne faut plus laisser « une personne décider à notre place », une flèche qui vise précisément le style de leadership de Mme Ouellet.

Selon ses auteurs, « l’après-Martine Ouellet offre un meilleur avenir » puisque, une fois unis, ils pourront « plus efficacement poursuivre la promotion de l’indépendance et la défense des intérêts nationaux du Québec, qui sont indissociables ».

Cette formulation est particulièrement intéressante, puisque le conflit entre Mme Ouellet et ses supporters et les dissidents et démissionnaires du Bloc porte justement sur le choix de la chef bloquiste de concentrer les énergies du Bloc à la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes alors que les dissidents et députés démissionnaires privilégiaient la défense des intérêts du Québec à Ottawa.

« Question viciée », « Déni de démocratie »

En conférence de presse, les dirigeants de certaines associations de comtés et du Forum jeunesse du Bloc ont d’ailleurs révélé que les négociations avaient été ardues sur la procédure de vote et ont dénoncé certaines dispositions, notamment celle des votes liés.

Le référendum comprendra en effet deux questions, la première portant sur la réaffirmation de l’article 1 du programme bloquiste qui prévoit faire la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes et à toutes les occasions, la seconde sur la confiance à accorder — ou non — à la chef.

Or, pour être valide, chaque vote doit répondre aux deux questions, signale le président du Bloc québécois dans Ahuntsic-Cartierville, André Parizeau : « Si vous ne répondez pas à la première question, soit vous ne pourrez pas répondre à la deuxième ou votre vote ne sera tout simplement pas comptabilisé et sera annulé. Quant à nous, c’est un déni de démocratie. »

« Pour certains, c’est très difficile en tant qu’indépendantistes — parce que nous le sommes tous — de répondre non à cette question, même si on croit que le Bloc est légitimement placé pour défendre les intérêts nationaux du Québec et pour d’autres il s’agit d’une question viciée, truquée, qui pourrait porter à des dérives et limiter la liberté d’expression des parlementaires », a fait valoir Mme Tremblay.

Un autre sujet de discorde se situe au niveau d’appui fixé par Mme Ouellet pour demeurer en poste ; la chef bloquiste estime en effet qu’elle aura la légitimité pour rester en selle si elle obtient 50 pour cent des voix plus une en sa faveur.

Le président du Bloc dans Portneuf–Jacques-Cartier, Mathieu Bonsaint, croit au contraire que la barre est trop basse : « Si on se rappelle des votes antérieurs au Bloc québécois, M. Duceppe, je pense que le minimum qu’il a obtenu c’est 85 %. »

Son estimation est très conservatrice. En fait, Gilles Duceppe a obtenu des votes de confiance de 95,3 pour cent en 2011, 94,8 pour cent en 2009, 95,4 pour cent en 2007 et 96,8 pour cent en 2005.

« Qui peut penser que le parti va passer la crise actuelle avec un résultat d’environ 51 pour cent ? Qui peut croire réellement que le parti va survivre et qu’il va être réunifié ? », s’est interrogé M. Bonsaint.

« Si elle demeure chef du Bloc, ils devront se chercher un nouveau président d’exécutif », a-t-il lancé en conclusion.

André Parizeau, lui, n’entrevoit même pas cette possibilité : « Si les gens vont voter, elle n’aura pas son 50 pour cent », a-t-il affirmé.

Il en a profité pour appeler les membres du Bloc — il y en a 14 500 aux livres — à s’assurer de pouvoir voter et de vérifier s’ils ont un NIP (numéro d’identification personnel) pour accéder au scrutin, qui se déroulera par téléphone et via internet.

Misogynie ? « Rien à voir »

Valérie Tremblay a par ailleurs profité de l’occasion pour dénoncer la tentative de victimisation dont la chef bloquiste fait l’objet, surtout à la suite de la sortie, plus tôt cette semaine, de militantes féministes et indépendantistes affirmant qu’elle est victime de misogynie et subit un traitement inéquitable parce qu’elle est une femme.

« Je suis moi-même féministe et je ne suis absolument pas d’accord avec ce constat. Ça n’a strictement rien à voir », a martelé Mme Tremblay.

« Je suis aussi une fille de gestion et si j’analyse le style de leadership qui est en cause, n’oublions pas que ce type de patron nuisible, que certains qualifieraient de toxique, c’est un phénomène qui est en étude actuellement dans le monde de la gestion et ce n’est pas un profil féminin et ce n’est pas un profil masculin, c’est un profil de gestion et ça n’a strictement rien à voir avec le sexe », a-t-elle affirmé avec force.

Martine Ouellet ne dispose plus que de l’appui de deux députés à Ottawa, sept autres ayant démissionné du parti et créé leur propre parti, Québec debout.

Mario Beaulieu, lui, est toujours député bloquiste et président du parti, mais il s’oppose à Mme Ouellet et entend militer contre elle à l’intérieur du Bloc.

Jusqu’ici, un seul des sept députés démissionnaires, Michel Boudrias, a exprimé une volonté de réunifier le Bloc advenant le départ de Mme Ouellet. M. Boudrias et M.Beaulieu étaient présents à la conférence de presse des opposants à Mme Ouellet.

Selon les informations recueillies par La Presse canadienne, au moins 37 associations de comtés ainsi que les dirigeants du Forum jeunesse du Bloc québécois sont opposés au maintien de Mme Ouellet à la tête de la formation politique.