Justin Trudeau, premier ministre canadien

Les libéraux fédéraux discuteront d’armes à feu et de migration irrégulière

Des députés libéraux d’arrière-ban feront pression pour que le gouvernement de Justin Trudeau prenne des mesures concrètes afin de réduire la violence armée et d’accélérer le traitement des dossiers de demandeurs d’asile entrés de façon irrégulière au pays.

Alors qu’ils se préparent à la rentrée parlementaire, la semaine prochaine - et à des élections générales dans un an -, les députés du Parti libéral du Canada se réunissent à Saskatoon mercredi et jeudi pour leur retraite fermée.

Lors de leur retraite semblable l’an dernier, des députés d’arrière-ban avaient exprimé sans retenue au cabinet leur mécontentement face à la réforme fiscale proposée par le ministre Bill Morneau, qui avait rendu furieux les petits entrepreneurs dans leur circonscription. Or, à un an des élections, les députés semblent plutôt satisfaits du rendement de leur gouvernement, malgré un été difficile pour les libéraux - Trans Mountain, négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), rebuffades du président américain.

Le député torontois John McKay soupçonne d’ailleurs Donald Trump d’être responsable du niveau relativement élevé de satisfaction qu’il a senti chez ses électeurs envers le premier ministre Trudeau et son gouvernement. «Les gens concluent que le pauvre Trudeau a affaire à un fou et qu’il fait tout ce qu’il peut avec ce qu’il a, croit M. McKay. Chaque fois que Trump tweete, Trudeau sort gagnant.»

Le président du caucus libéral, Francis Scarpaleggia, soutient que les négociations sur l’ALÉNA ont été «sur toutes les lèvres» dans sa circonscription de Montréal. Or, les gens reconnaissent, selon lui, qu’il s’agit d’»un dossier difficile» et que le premier ministre Trudeau fait preuve de diplomatie tout en défendant les intérêts du Canada.

Les sondages d’opinion suggèrent que la popularité des libéraux a un peu gagné des points au cours de l’été - à cause, peut-être, des difficultés internes au sein des deux principaux partis de l’opposition. Les conservateurs font face à la fronde de l’ancien candidat à la direction Maxime Bernier, qui a quitté le mois dernier ce qu’il a appelé un parti «corrompu moralement et intellectuellement» pour créer son propre parti. Le Nouveau Parti démocratique (NPD), quant à lui, se débat avec des collectes de fonds et des sondages lamentables, alors que le mécontentement grandit face au leadership de Jagmeet Singh.

Les armes à feu

Au cours des assemblées qu’il a tenues pendant l’été, le député libéral torontois Rob Oliphant a lui aussi constaté une certaine satisfaction chez ses commettants. Les gens souhaitaient par ailleurs des mesures pour lutter contre la violence armée et pour gérer l’arrivée de demandeurs d’asile par des postes frontaliers non officiels.

Les conseils municipaux de Toronto et de Montréal ont adopté des résolutions demandant l’interdiction des armes de poing et des armes d’assaut sur leur territoire. M. Trudeau a déclaré que le gouvernement examinait la question, ainsi que d’autres moyens de renforcer la législation - par exemple une vérification plus rigoureuse des antécédents des acheteurs d’armes à feu, ou de nouvelles pratiques de tenue de dossiers pour les marchands.

Les conservateurs tentent déjà de transformer le projet de loi en reprise de la bataille engagée contre le fameux registre des armes d’épaule, une initiative libérale qui avait finalement été abandonnée par le gouvernement de Stephen Harper.

Kim Rudd, députée de Northumberland-Peterborough South, une circonscription ontarienne en grande partie rurale, dit avoir reçu des courriels et des appels de partisans et d’opposants, mais elle croit que la majorité de ses concitoyens sont favorables à une interdiction des armes de poing.

Alors que le gouvernement doit veiller à protéger les droits légitimes des agriculteurs, des chasseurs et des tireurs sportifs, Mme Rudd estime que «la plupart des gens (...) se demandent pourquoi quelqu’un aurait besoin d’une arme de poing ou d’un fusil d’assaut».

La migration irrégulière

Les demandeurs d’asile qui traversent les frontières de façon irrégulière sont également sur la liste des députés d’arrière-ban - même si le député montréalais Scarpaleggia soutient que les inquiétudes à ce sujet semblent s’être atténuées au cours de l’été dans sa circonscription.

Le député torontois McKay, qui représente une des circonscriptions les plus multiethniques du pays, estime que ceux qui arrivent au Canada par les voies régulières sont particulièrement contrariés par les demandeurs d’asile qui arrivent «par la porte d’en arrière».

«Les gens sont arrivés à la conclusion que ces personnes ne sont pas des réfugiés et qu’elles devraient être renvoyées le plus tôt possible», dit-il. «Tout le monde s’entend cependant pour que leur dossier soit traité rapidement, et je pense que c’est là une faiblesse du gouvernement.»

Rob Oliphant, qui préside le Comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration des Communes, croit que le gouvernement doit trouver un juste équilibre entre un processus équitable et des «résultats accélérés».

«Si les gens ne sont pas admissibles, ils devraient partir rapidement», a-t-il estimé.