Les libéraux accusés de vouloir créer un nouveau registre des armes à feu

OTTAWA — Un groupe pro-armes accuse le gouvernement libéral de réinstaurer un registre par la porte arrière avec son «désastreux» projet de loi C-71 sur le contrôle des armes à feu.

La Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu a soutenu jeudi devant un comité que tout était en place pour la résurrection d’un registre à l’image de celui qui a été aboli en 2012.

Déjà, la base de données qui serait mise sur pied avec l’adoption de C-71 «est un registre, et a tout à voir avec les armes à feu», a argué Rod Giltaca, dirigeant de l’organisation.

«Tout ce qu’il manquerait à ce registre serait deux sections: le numéro de série et la description de l’arme», a-t-il plaidé auprès des élus du comité permanent de la sécurité publique et nationale.

«Je suis totalement convaincu que des champs seraient ajoutés pour un élargissement futur si le climat politique le permettait plus tard», a tranché M. Giltaca. Il a déploré que les propriétaires d’armes à feu soient «continuellement punis pour aucune raison valable».

«Nous sommes punis par des réglementations inutiles et inefficaces, par des exigences insensées et arbitraires, et nous sommes démonisés par le gouvernement et les médias sans fin», a-t-il pesté.

À ses côtés, Tracey Wilson, vice-présidente des relations publiques, s’est targuée de baser les représentations de l’organisation «sur des faits» et a accusé les libéraux ainsi que certains experts qui ont comparu devant le comité de ne pas en faire autant.

«La Coalition est un groupe qui utilise des faits. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous bénéficions d’autant d’appuis», a soutenu celle qui s’est présentée comme «une avide chasseuse, une tireuse sportive, une mère et une grand-mère» devant le comité.

«Nous n’exagérons pas les données et nous ne remplissons pas les salles de gens qui brandissent des pancartes pour leurrer les gens ou les culpabiliser afin de les faire adhérer à ces opinions», a lancé Mme Wilson.

Elle a ensuite fait valoir que le projet de loi C-71 était clairement fort impopulaire, comme en témoigne une pétition demandant sa révocation.

78 000 signatures

La pétition en question a été signée par environ 78 000 personnes, dont près de 8000 Québécois, depuis son lancement le 28 mars dernier. Elle est marrainée par la députée conservatrice albertaine Rachael Harder.

Lorsqu’est venu son tour de parole, le député libéral Michel Picard a argué que le gouvernement Trudeau avait atteint un équilibre entre les tenants d’une ligne plus restrictive en matière de contrôle des armes et les groupes pro-armes.

«Beaucoup de questions qui ont été soulevées [et qui se retrouvent] dans le projet de loi viennent aussi de gens de la population qui demandent des mesures encore plus restrictives», a-t-il fait remarquer à la table du comité.

«Notre défi est de trouver un juste milieu entre ceux qui sont pour un contrôle extrême et d’autres qui sont pour un contrôle beaucoup plus relâché», a poursuivi Michel Picard, que le dirigeant de la Coalition a ensuite accusé de faire des «présomptions».

L’élu libéral lui a répliqué qu’il ne s’agissait pas de «présomptions», et que son propos était basé sur les nombreux courriels que lui ont envoyés «des gens demandant des mesures qui sont totalement opposées aux vôtres».

Le comité permanent de la sécurité publique et nationale s’est fait demander en début de semaine d’amender la mesure législative de manière à bannir les armes d’assaut par trois témoins, dont Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec.

«S’il vous plaît, s’il vous plaît. Aidez-nous, aidez-nous, et aidez la société à ce que ce genre d’arme d’assaut, de guerre, ne soit pas dans ce pays. C’est pour le bien de toute la société», a-t-il laissé tomber mardi.

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a réagi en signalant qu’une prohibition «nécessiterait un projet de loi séparé», car «cela irait au-delà de la portée de ce qui est à l’étude à la Chambre des communes actuellement».

Il a par ailleurs plusieurs fois insisté, tant en déposant C-71 qu’en le défendant devant le comité permanent de la sécurité publique et nationale, le 8 mai dernier, que la mesure législative libérale ne créait aucunement un registre.