Le voyage de huit jours de la famille Trudeau a été marqué par plusieurs controverses, mais ce sont les faux-pas vestimentaires qui ont attiré le plus de critiques, certains suggérant que le premier ministre pourrait être allé trop loin.

Les faux-pas vestimentaires de Trudeau en Inde font jaser

TORONTO — Les costumes traditionnels que le premier ministre Justin Trudeau et sa famille ont arborés en Inde ont soulevé des critiques partout dans le monde, mais selon certains spécialistes, cela ne devrait pas dissuader les voyageurs à se plonger eux aussi dans la culture locale en visitant des pays à l’étranger.

La famille Trudeau portait des vêtements plutôt sobres, jeudi dernier. Le premier ministre était en complet, sa femme Sophie avait une robe jaune fleurie et leurs enfants portaient des chemisiers lignés. Dans une rencontre avec le premier ministre Narendra Modi, vendredi, M. Trudeau arborait une fois de plus le veston-cravate.

Mais leurs tenues des jours précédents avaient fait grincer des dents plusieurs commentateurs. Par exemple, M. Trudeau avait un sherwani doré lorsqu’il a rencontré des vedettes de Bollywood, dont Shah Rukh Khan, Anupam Kher et Aamir Khan — qui eux, portaient des habits noirs.

Les Trudeau avaient aussi participé à une autre séance de photos avec leurs enfants — Xavier, 10 ans, Ella Grace, 9 ans, et Hadrien, 3 ans — sur lesquels ils étaient vêtus de kurdas, en faisant une pose de yoga.

«Est-ce que c’est juste moi ou les [photos] mignonnes chorégraphiées, c’est un peu trop? Aussi, pour votre information, nous ne nous habillons pas comme ça chaque jour, monsieur, même pas à Bollywood», a écrit sur Twitter Omar Abdullah, ministre en chef du gouvernement du Jammu-et-Cachemire — une région de l’Inde.

Harry Sharma, du Centre d’excellence Canada-Inde trouve ces critiques «injustes», car il croit que la plupart des Indiens n’ont pas été offensés par les choix vestimentaires de la famille Trudeau.

«En fait, les Indiens apprécient lorsqu’on fait un effort supplémentaire pour apprécier leur culture, leurs vêtements et toutes ces choses-là», a déclaré M. Sharma, qui est né en Inde.

«En Inde, il n’est pas inhabituel pour les dignitaires en visite de porter des vêtements indiens», a ajouté le directeur de l’organisation, qui se concentre sur le commerce et les occasions d’affaires entre les deux pays.

«Je sais qu’à chaque fois qu’il y a des hauts diplomates qui y vont, ou des hauts dirigeants, ils arborent les vêtements ethniques là-bas.»

Vêtements sobres pour rencontres officielles

Il reconnaît cependant qu’il est difficile pour un étranger de savoir quoi porter. Règle générale, les hommes devraient porter un veston-cravate pour les rencontres d’affaires, selon M. Sharma.

«Mais les vêtements nationaux sont toujours les bienvenus dans des événements importants et je peux vous dire qu’il y a une bonne portion de la population indienne qui préfère les vêtements indiens aux habits que nous portons en Occident», a soutenu M. Sharma.

Les femmes étrangères ne devraient pas porter de sari à une rencontre d’affaires, même si c’est ce que portent leurs hôtes, selon le spécialiste.

«Lorsque vous faites des affaires, vous ne parlez pas de culture, vous parlez des occasions d’affaires», a-t-il souligné, ajoutant que les femmes étrangères pouvaient opter pour le sari dans des activités sociales.

«Ce n’est pas nécessaire de démontrer que vous comprenez la culture. Ce que vous devez démontrer, c’est que vous êtes des gens d’affaires futés.»

Les robes sans manches sont généralement acceptées, mais M. Sharma suggère d’amener un veston ou un foulard pour se couvrir.

Lorsqu’il s’agit d’engagements non officiels, les hommes ont aussi de la marge de manoeuvre.

«Il y a le pyjama traditionnel, le kurta, que les hommes portent et que [M. Trudeau] a porté. Il y a certaines versions modifiées, alors si c’est un engagement non officiel, un engagement qui n’est pas lié aux affaires, alors c’est très approprié de porter cela.»

Le voyage de huit jours de la famille Trudeau a été marqué par plusieurs controverses, mais ce sont les faux-pas vestimentaires qui ont attiré le plus de critiques, certains suggérant que le premier ministre pourrait être allé trop loin.

La professeure d’histoire Ritu Birla estime que ces débats enflammés démontrent comment la politique est devenue empreinte du culte de la célébrité.

Cependant, elle comprend pourquoi certains ont perçu ces choix comme étant «trop authentiques».

«Notre intérêt, en tant qu’Occidentaux, est d’être sensibles aux cultures étrangères... Mais une partie de cette sensibilité suggère qu’on comprend qu’il y a différentes normes. Les gens portent différentes choses, il y a différentes compréhensions des normes de genre et de ce qui est respectueux», a-t-elle indiqué.

S’informer à l’avance du code vestimentaire

Si vous n’êtes pas sûrs des coutumes locales, M. Birla suggère de faire vos recherches à l’avance. Si vous êtes invités à un événement, n’hésitez pas à demander à l’hôte comment vous devriez vous habiller, a-t-elle ajouté.

Mme Birla, qui a grandi à New York et qui vit maintenant à temps partiel à Toronto, l’a appris à la dure il y a quelques années lorsqu’elle a amené un élégant sari blanc et noir à un mariage de la famille. C’est seulement en arrivant qu’elle a appris que ces couleurs sont prohibées à des mariages indiens.

«Si vous êtes nouveau dans une culture, alors c’est important de comprendre la signification des couleurs dans certaines occasions, de la même façon que vous ne devriez pas porter une robe rouge vif à des funérailles, ici, en Occident», a expliqué Mme Birla, qui travaille à la Munk School of Global Affairs, de l’Université de Toronto.

«Essayez de trouver un équilibre entre le fait de remarquer les différentes culturelles, mais sans que celles-ci deviennent un costume.»

Mme Birla ne dissuadera jamais un touriste à acheter un sari et à le porter. «Voyager est une façon de s’imbiber à un endroit de différentes façons, alors si la mode vous permet de faire cela, c’est merveilleux.»

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ATWAL NE VOULAIT PAS METTRE «SON AMI» DANS L'EMBARRAS

SURREY, C.-B. — L’homme par qui la controverse frappa Justin Trudeau en Inde dit avoir tissé des liens d’amitié avec le premier ministre et compte garder ses distances pour éviter de l’embarrasser encore plus.

Mais le cabinet du premier ministre soutient que les déclarations de Jaspal Atwal, reconnu coupable de tentative de meurtre en 1980, ne sont pas crédibles, surtout celle où l’individu prétend être un ami de Justin Trudeau.

M. Atwal a été interviewé par La Presse canadienne dans la foulée du tumultueux séjour de M. Trudeau en Inde. Le premier ministre est revenu dimanche au pays.

Jaspal Atwal dit avoir reçu directement du haut-commissariat du Canada en Inde son invitation pour la réception de M. Trudeau.

Excuses

Le député libéral Randeep Sarai a certifié dans un communiqué que c’était lui, et lui seul, qui avait ajouté le nom de M. Atwal sur la liste des invités. Il a présenté des excuses pour avoir exercé un piètre jugement à cette occasion.

Dimanche, une source gouvernementale bien placée a déclaré que le haut-commissariat avait lancé certaines invitations après avoir reçu des recommandations de tierces personnes, dont plusieurs députés comme M. Sarai.

M. Atwal dit connaître M. Trudeau depuis plusieurs années. En 2008 ou en 2009, lors d’une visite de M. Trudeau en Colombie-Britannique, tous deux auraient eu une conversation dans le Hummer d’Atwal, selon les dires de l’individu.

«On se connaît tous les deux. Il connaît mon nom. S’il me voit, il s’approchera et m’apostrophera d’un : “Hey Jas, comment vas-tu?” Nous avons une bonne relation. Je n’y vois aucun problème, a-t-il raconté. Et là, c’est : “Oh! Jaspal n’est pas censé être ici, et ainsi de suite”. Cela m’a étonné.»

Un porte-parole de M. Trudeau, Cameron Ahmad, a déclaré que le premier ministre et M. Atwal n’étaient pas des amis.

«Ce n’est pas vrai!» a-t-il formulé.

Au sujet de la prétendue conversation dans le Hummer, M. Ahmad dit ne pas savoir à quoi M. Atwal faisait référence avant de réitérer que les deux hommes n’étaient pas des amis.

M. Atwal a aussi dit qu’il n’était pas membre du Parti libéral et qu’il avait aidé des politiciens de plusieurs partis, autant sur la scène fédérale que provinciale.

Il a raconté qu’il s’était rendu la semaine dernière en Inde pour des raisons personnelles. Il s’est demandé pourquoi M. Sarai devrait être le seul à porter le blâme pour l’invitation qu’il a reçue pour la réception.

«Je ne sais pas pourquoi il en prend la responsabilité. Il n’a rien à voir là-dedans, a-t-il souligné. Le haut-commissariat, c’est lui qui m’a remis l’invitation. Tous les noms sont vérifiés par le SCRS et la GRC.»

M. Ahmad remet en cause la version de M. Atwal. «Je vais revenir sur ce qu’a déclaré le premier ministre à deux reprises sur cette question», a-t-il dit, parlant notamment des excuses présentées par le député.

Jaspal Atwal a été reconnu coupable d’avoir tenté de tuer le ministre indien Malkiat Singh Sidhu lors d’une visite de ce dernier sur l’île de Vancouver en 1986. Il nie avoir fait partie de la Fédération internationale des jeunes Sikhs, une organisation terroriste interdite au Canada et en Inde, comme l’ont relaté de nombreux médias.

Aujourd’hui, il dit ne plus appuyer les organisations prônant l’indépendance du Khalistan.