Une fresque de Greenpeace peinte sur le Mont Royal, à Montréal, le 5 octobre dernier

Les électeurs canadiens ont envoyé un message pour le climat, disent des environnementalistes

OTTAWA - Des leaders en matière d’environnement estiment que le résultat des élections fédérales permet de conclure que les changements climatiques ne devraient plus être un sujet servant à alimenter les querelles partisanes.

Les résultats de lundi pour les partis électoraux fédéraux qui ont promis de rendre les émissions du Canada conformes aux exigences des scientifiques internationaux ont obtenu une majorité claire du vote populaire.

Les libéraux, le Parti vert et le NPD ont tous fait campagne pour réduire les émissions du Canada et lutter contre les changements climatiques, conformément à ce que les scientifiques internationaux disent devoir faire pour prévenir des effets catastrophiques. Cela signifie en grande partie qu’il faudrait transformer, d’ici 2050, l’économie et la consommation d’énergie du Canada de manière à ce qu’elles absorbent autant d’émissions de gaz à effet de serre qu’elles n’en produisent.

Les conservateurs ont fait campagne en promettant de supprimer la taxe sur le carbone, de mettre fin à l’application de normes plus strictes en matière d’émissions de carburants et de mettre en place une législation qui réorganiserait l’évaluation environnementale de grands projets nationaux tels que les pipelines.

Catherine Abreu, directrice exécutive de Réseau Action Climat Canada, a déclaré que les électeurs avaient clairement rejeté le plan conservateur.

«En même temps, les électeurs n’avaient pas suffisamment confiance dans le bilan climatique des libéraux pour leur donner une autre majorité», a-t-elle analysé. «Les électeurs ont placé le NPD et les verts dans une position de force pour s’assurer que le gouvernement du Canada intensifie l’action, maintenant, contre les changements climatiques.»

Keith Stewart, stratège principal en énergie à Greenpeace Canada, a déclaré que les électeurs avaient signifié aux libéraux qu’ils appréciaient un peu ce qu’ils avaient vu, mais qu’ils devaient faire mieux.

«C’est un très bon scénario pour agir sur les changements climatiques», a-t-il estimé.

Le premier ministre Justin Trudeau a déclaré avoir entendu le message et a promis de faire preuve d’encore plus de vision et d’ambition pour relever le défi de la lutte aux changements climatiques.

Pour s’en assurer, Greenpeace Canada s’apprête à passer les 48 premières heures après les élections à envoyer des milliers d’appels téléphoniques, de courriels et de messages sur les réseaux sociaux à M. Trudeau, pour demander à son nouveau gouvernement de collaborer immédiatement avec les autres partis pour mettre en place un plan de lutte contre les changements climatiques.

Les résultats des élections signifient sûrement que le prix national sur la pollution carbone survivra, de même que le projet de loi C-69, sur l’évaluation environnementale. Les deux mesures ont été les catalyseurs du sentiment anti-libéral dans une Alberta riche en pétrole. La politique climatique libérale comprend également une norme sur les carburants propres, des incitations pour pousser les gens à acheter plus de voitures électriques et des réglementations visant à réduire les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier canadien. M. Trudeau a également promis lors de l’élection de planter deux milliards de nouveaux arbres, le meilleur moyen naturel d’empêcher les émissions de carbone de se retrouver dans l’atmosphère.

L’impact des résultats des élections sur l’avenir de grands projets énergétiques tels que LNG Canada et le pipeline Trans Mountain est beaucoup moins clair. La décision de M. Trudeau d’acheter le pipeline pour 4,5 milliards $ a pesé lourd sur ses épaules et lui a nui auprès des électeurs soucieux du climat.

Dan Woynillowicz, directeur de programme à Clean Energy Canada, a déclaré qu’il était peu probable que le gouvernement retire son aide financière antérieure au projet de LNG, car cela pourrait avoir des effets dévastateurs sur la confiance des investisseurs dans l’ensemble de l’économie. Il a ajouté que la réussite de Trans Mountain dépendra probablement du résultat d’une autre contestation judiciaire en cours de la part des communautés autochtones.