La co-porte-parole et chef parlementaire de Québec solidaire Manon Massé a levé le poing à son arrivée à la cérémonie d'assermentation des députés solidaires, mercredi.

Les 10 élus solidaires refusent de prêter serment à la reine en public

Les 10 députés élus sous la bannière de Québec solidaire (QS) le 1er octobre ont refusé, mercredi, de prêter serment d'allégeance à la reine Élisabeth II en public.

Le serment d'allégeance à la reine est une étape obligatoire du processus d'assermentation permettant aux élus de siéger à l'Assemblée nationale.

Or, d'un commun accord, les 10 élus souverainistes de QS ont choisi de s'exécuter derrière les portes closes, à l'abri des regards des nombreux parents et amis venus assister à leur assermentation au Salon rouge de l'Assemblée nationale.

La co-porte-parole de Québec solidaire et chef parlementaire, Manon Massé, a justifié cette fronde en disant que le serment à la reine d'Angleterre constituait «un rituel archaïque et franchement désagréable».

Plus tard en point de presse, Mme Massé a dit qu'elle avait discuté au cours des derniers jours avec le secrétaire général de l'Assemblée nationale, Michel Bonsaint, pour trouver le moyen de siéger sans devoir publiquement, au Salon rouge, devant public et caméras, prêter serment d'allégeance à la reine, un geste qu'elle a qualifié «d'anachronique».

Convictions souverainistes

C'était une question de «respect» pour les convictions souverainistes du groupe, a fait valoir Mme Massé.

Le groupe d'élus solidaires a d'ailleurs l'intention de déposer à l'Assemblée nationale un projet de loi visant à «libérer» les parlementaires de cette obligation.

Mme Massé a dit croire qu'une telle loi pourrait respecter la Constitution canadienne.

Elle a ajouté que Québec solidaire avait toujours fait les choses à sa façon, différemment des autres partis, et entendait bien continuer sur la même voie.

Pour devenir officiellement députés, les élus doivent prêter deux serments: le premier consiste à prêter solennellement serment d'allégeance à la reine Élisabeth II, le second stipule que le député fera preuve de loyauté envers le peuple du Québec.

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LAÏCITÉ: MALAISE DE CERTAINS ÉLUS DE QS SUR LA POSITION DE LEUR PARTI

Premier test de cohérence du nouveau groupe de députés de Québec solidaire (QS) : des élus semblent mal à l’aise avec la position du parti sur la laïcité.

QS prône depuis longtemps le «compromis» de la commission Bouchard-Taylor, mais un débat pourrait venir au sein du caucus sur cette position, a laissé entendre mercredi le leader parlementaire du parti, Gabriel Nadeau-Dubois.

Il a évoqué cette possibilité après les réserves évoquées par deux de ses nouveaux collègues, le député de Jean-Lesage, Sol Zanetti, et celle de Taschereau, Catherine Dorion.

Ils s’exprimaient tous en mêlée de presse après leur cérémonie de prestation du serment de député dans la Salle du Conseil législatif de l’Assemblée nationale, en après-midi.

Rappelons que le rapport de la commission Bouchard-Taylor préconisait l’interdiction du port des signes religieux chez les représentants de l’autorité de l’État, policiers, procureurs, juges, gardiens de prison.

M. Zanetti a été questionné à de nombreuses reprises à savoir s’il était par exemple personnellement d’accord à ce qu’on interdise à une étudiante en techniques policières l’exercice de son métier parce qu’elle porte un voile. Il a répété qu’il endossait la position de son parti, mais sans vouloir donner son point de vue personnel.

Pour sa part, Catherine Dorion a convenu que le «compromis Bouchard-Taylor ne satisfait pas tout le monde». Elle a affirmé ne pas avoir de position personnelle sur le sujet, mais qu’il faudra en discuter davantage.

Gabriel Nadeau-Dubois a reconnu aussi que le «compromis Bouchard-Taylor a perdu des plumes» au cours des dernières années, mais que même s’il est imparfait, c’est encore «le compromis ultime», en vue d’un consensus entre les partis.

Cependant, le leader parlementaire a ouvert une porte : QS pourrait se raviser et changer son point de vue sur cet enjeu délicat.

C’est le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a relancé le débat sur l’interdiction des signes religieux. Rappelons que la CAQ veut abroger la loi sur la neutralité religieuse de l’État adoptée par le précédent gouvernement Couillard. Cette loi exige que les services soient donnés et reçus à visage découvert, mais permet des accommodements. Elle est actuellement contestée devant les tribunaux.

La CAQ s’engage à interdire les signes religieux chez les représentants de l’autorité de l’État, comme le préconisait le rapport Bouchard-Taylor, mais en ajoutant les enseignants, ce qui est loin de recueillir l’assentiment des autres partis.  (Patrice Bergeron, La Presse canadienne)