François Legault a visité le Centre de pédiatrie sociale de Gatineau. Il en a profité pour taquiner le petit Samuel sous le regard amusé de l’intervenant Marie-Claude Racine.

Legault visite les locaux du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau

« Ce sont toujours les enfants qui paient », s’est désolée la Dre Anne-Marie Bureau, en marge de la visite vendredi du premier ministre François Legault dans les locaux du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau (CPSG). Le soutien social doit être amélioré, plaide-t-elle, rappelant du même coup que le sort de la jeunesse ne repose pas uniquement entre les mains du gouvernement.

Celle qui depuis une décennie œuvre avec son équipe auprès des enfants vulnérables a tenu ses propos lorsque, après un court silence, elle s’est prononcée avec un brin d’émotion sur le drame de la fillette martyrisée à Granby. 

« Il n’y a pas juste les enfants à Granby qui sont en danger. Je pense que l’état actuel des services de prévention et des services de proximité fait qu’on en échappe des enfants. Pour toutes sortes de raisons dont je n’ai pas à juger, le réseau est devenu un endroit où il y a des listes d’attente qui sont tellement grandes. Comment va-t-on faire pour ne plus en échapper ? Il y a une partie qui appartient certainement au gouvernement, de revoir les services de proximité et de prévention. Chaque fois qu’il y a des coupures à faire, là où ça paraît le moins, c’est quand on coupe en prévention, c’est quand on coupe des services aux enfants. On n’y arrivera pas si on se fie juste au réseau officiel. Il va falloir que la communauté se responsabilise et accepte de porter ces enfants-là », s’est-elle exclamée. 

Au-delà de cet événement qui a touché toute la province, la Dre Bureau est ressortie satisfaite de sa discussion avec le premier ministre, qui était accompagné pour l’occasion du ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, et du député Mathieu Lévesque. 

« Ce que je retiens, c’est comment le gouvernement est motivé à agir tôt, et que ce soit porté par toute la communauté et par toutes les institutions au niveau de la santé, des services sociaux, de l’éducation, ainsi qu’au ministère de la Famille. Ça, pour moi, c’est porteur d’espoir. La rencontre d’aujourd’hui servait aussi à dire comment la pédiatrie sociale peut participer à cette initiative-là de différentes façons, par exemple en allant trouver les 20 % d’enfants qui ne sont dans aucun de ces services, en donnant des services de prévention, d’accompagnement et aussi de thérapie », a-t-elle dit.

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L’enfant doit absolument être au cœur des priorités sociétales, répète-t-elle sans cesse, ajoutant que « la pédiatrie sociale, c’est une médecine d’amour basée sur des données probantes et solides ». 

« On n’arrêtera pas d’innover et de lancer de nouveaux projets, parce que les enfants méritent ça. Est-ce que c’est suffisant ? La réponse, ce n’est jamais assez. Qu’on accepte que le tiers de nos enfants qui arrivent à l’école ne soient pas prêts à cause des conditions dans lesquelles ils vivent, c’est scandaleux. On n’a pas le droit de leur faire ça. Il faut donc agir sur tous les fronts », lance la Dre Bureau.

Que pense-t-elle du projet de maternelle 4 ans, caressé par le gouvernement caquiste ?

« Moi, je ne fais pas de politique. Ce que je veux, c’est que les enfants arrivent à l’école et soient prêts, peu importe de quelle façon. Pour certains enfants qui vivent dans des situations plus difficiles, la maternelle 4 ans est probablement mieux qu’un CPE, car c’est une approche de proximité et le CPE n’est peut-être pas dans le bon quartier. Ce que je veux, c’est que les enfants développent leur plein potentiel, ils s’obstineront sur la façon dont ils vont y arriver », répond Dre Bureau, précisant que même les grands chercheurs ne s’entendent pas tous sur cette délicate question. 

Le CPSG est venu en aide à 1180 enfants l’an dernier à ses deux installations, soit 750 dans le Vieux-Gatineau et 430 dans le Vieux-Hull. 

« Ce qui m’étonne toujours, c’est que ça ne plafonne pas. On a de nouvelles familles qui viennent nous voir chaque semaine. Ça parle du tissu social », s’attriste-t-elle. 

L’organisme, dont les deux tiers du financement proviennent de la communauté et des gens d’affaires, a plusieurs projets dans ses cartons, dont une clinique de périnatalité, un garage de musique et des rénovations majeures à l’édifice de la rue Notre-Dame, qui date de 1946. 

Pour ce dernier projet, Québec accorde d’ailleurs une enveloppe de près de 200 000 $ provenant du Fonds d’appui au rayonnement des régions.