Le chef intérimaire du Parti libéral de l'Ontario, John Fraser

Le prochain chef des libéraux ontarien fera face à des grands défis

TORONTO — Le prochain chef du Parti libéral de l’Ontario devra avoir de solides compétences en matière d’organisation et être en mesure de s’adapter à un climat politique de plus en plus imprévisible, selon des experts.

Les candidats ont jusqu’à lundi 17 h pour s’inscrire à la course à la direction du parti. Le futur chef sera choisi à l’occasion d’un congrès, le 7 mars.

Tous les aléas entourant cette course ne peuvent masquer le défi qui attend le vainqueur: reconstruire un parti qui a gouverné la province pendant 16 ans, aujourd’hui relégué aux confits de la scène politique.

«Cela va être difficile, souligne John Milloy, un ancien ministre libéral devenu professeur de sciences politiques à l’Université Wilfrid-Laurier. Il faudra aller dans les sous-sols d’église, se rendre dans les salons des électeurs. C’est un travail fastidieux. La tâche du prochain chef sera composée de 5 % de glamour et de 95 % de travail acharné.»

Le Parti libéral de l’Ontario a connu la pire défaite de son histoire en 2018. Il a même perdu son statut de parti officiel. La déroute a entraîné la démission de sa cheffe, Kathleen Wynne. La formation se retrouve profondément endettée.

Les libéraux ont contracté une dette de 10 millions $ pour financer leur campagne électorale. Ils ont rapporté plus tôt cette année que 9,3 millions de dollars $ de ce montant n’avaient pas encore été remboursés.

Trois anciens ministres - Steven Del Duca, Michael Coteau et Mitzie Hunter - et deux anciens candidats à la députation provinciale - Kate Graham et Alvin Tedjo - se font actuellement la lutte.

Selon M. Milloy, le prochain chef devra partager son temps entre la reconstitution des associations de comté et les campagnes de financement pour effacer la dette du parti.

D’un point de vue politique, le nouveau chef devra aider le parti à établir une nouvelle identité et à apprendre à communiquer avec des électeurs constamment bombardés d’informations.

«Comme nous différencier sur le plan politique? Comment allons-nous offrir cette voix intermédiaire que veulent les Ontariens?, s’est demandé M. Milloy. Comment pouvons-nous les atteindre? Tout le monde se rend compte que les règles ont changé.»

Christine de Clercy, une professeure de sciences politiques de l’Université Western, croit que la course a déjà pris une tournure inattendue.

«D’un point de vue théorique, les libéraux devraient être normalement les mieux placés pour remplacer le gouvernement de M. Ford, juge-t-elle. La course à la direction des libéraux devrait être très disputée. Je pensais que nous aurions un grand nombre de candidats.»

Mme de Clercy pense que les frais d’inscription de 100 000 $ et la date limite du recrutement des nouveaux membres pour voter ont joué contre les libéraux. Les règles rendent la tâche difficile pour ceux qui viendraient de l’extérieur de la sphère politique et qui sont sans grands moyens financiers ou sans liens profonds avec le parti.

«L’énorme quantité de travail exigé par cette tâche peut être déconcertante pour certaines des personnes les plus établies qui auraient pu tenter leurs chances», dit-elle.

Peter Graefe, professeur de sciences politiques à l’Université McMaster, recommande aux libéraux de s’attaquer à des débats de fond au cours des prochains mois. Le prochain chef devra être plus qu’un simple porte-parole de l’opposition au gouvernement.

«Les Ontariens rechercheront plus qu’une simple solution de rechange à Doug Ford, fait-il valoir. Ils voudront connaître les idées que défendent les libéraux. Et ça, ce n’est pas vraiment clair.»