Le chef libéral Brian Gallant quitte l'estrade à la fin de son discours au quartier général de son parti à Grande-Digue, sa femme Karine Lavoie à ses côtés.

Le Nouveau-Brunswick plongé dans l’incertitude

FREDERICTON - Le Nouveau-Brunswick se réveille mardi plongé dans l’incertitude au lendemain d’une élection qui a vu progressistes-conservateurs et libéraux terminer pratiquement à égalité, ce qui place la balance du pouvoir entre les mains de deux formations plus petites.

Les tractations qui se dérouleront en coulisses au cours des prochaines heures et des prochains jours détermineront si un gouvernement de coalition durable peut être assemblé; qui du libéral Brian Gallant ou du conservateur Blaine Higgs sera premier ministre; et si les Néo-Brunswickois sont rappelés aux urnes avant Noël.

Après le dépouillement de tous les votes lundi, les progressistes-conservateurs récoltaient 22 sièges et les libéraux 21.

Le lieutenant-gouverneur de la province devrait maintenant offrir au premier ministre sortant, Brian Gallant, la chance de former un gouvernement. M. Gallant pourrait alors se tourner vers le Parti vert, qui a fait élire trois députés, dont son chef David Coon.

En cas d’échec, M. Higgs pourrait tenter de s’entendre avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, qui a également engrangé trois sièges.


« Peut-être que Brian Gallant et moi serons tous deux chez la lieutenante-gouverneure demain matin »
Le chef conservateur, Blaine Higgs

M. Higgs a prédit tard lundi soir que son rival et lui se rencontreront mardi matin à la porte de la résidence du lieutenant-gouverneur.

«Peut-être que Brian Gallant et moi serons tous deux chez la lieutenante-gouverneure demain matin», a-t-il lancé.

Prenant la parole devant ses partisans réunis à Grande-Digue, Brian Gallant a célébré sa victoire sur le plan du vote populaire, alors que sa formation a récolté 38 % des appuis contre 32 % pour les progressistes-conservateurs. Le politicien de 36 ans a dit avoir compris le «message clair» de la population, qui souhaite selon lui que «les gens de l’assemblée législative travaillent ensemble».

Si aucune des deux formations n’arrive à assembler une coalition qui obtient la confiance de l’assemblée législative, celle-ci sera dissoute et une nouvelle élection organisée.

Nouvelle dynamique

Erin Crandall, une politologue de l’université Acadia, a expliqué que l’émergence du Parti vert et de l’Alliance est l’élément marquant de cette élection, dans une province qui a traditionnellement été divisée entre libéraux et conservateurs.

Les électeurs néo-brunswickois ont causé la surprise en tournant le dos au bipartisme auparavant bien ancré dans la province.

Deux tiers partis, l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick et le Parti vert, ont récolté suffisamment de sièges pour détenir la balance du pouvoir.

Le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin, a remporté un premier siège pour sa formation, qui a récolté un total de trois circonscriptions. Le Parti vert, dirigé par David Coon, a lui aussi mis la main sur trois sièges.

La province n’a pourtant jamais développé une forte tradition des tiers partis, expose Donald Wright, professeur de sciences politiques à l’Université du Nouveau-Brunswick.

«Le NPD n’a jamais réussi à percer dans la province principalement parce que le Parti libéral ramassait vraiment la masse d’électeurs le long de la côte nord et créait une loyauté historique avec les Acadiens», a-t-il illustré.

Au déclenchement de la campagne, les libéraux comptaient 24 des 49 sièges de l’Assemblée législative, comparativement à 21 pour les progressistes-conservateurs et à un pour les verts. Il y avait aussi un élu indépendant et deux sièges étaient vacants.

Des partis aux antipodes

Pourtant, libéraux et progressistes-conservateurs n’auraient pas pu adopter des approches plus divergentes pour courtiser les électeurs

Le télégénique Brian Gallant a promis d’importantes dépenses gouvernementales, une stratégie empruntée à la campagne menée par Justin Trudeau en 2015.

Avocat de formation, le plus jeune premier ministre au pays est un défenseur de l’égalité des genres, d’une saine alimentation et de l’activité physique. Récemment marié, le politicien plein de fraîcheur parle couramment l’anglais et le français.

À l’opposé, Blaine Higgs - un ancien cadre d’Irving Oil - a mis de l’avant des «idées pleines de gros bon sens qui ne coûtent pas cher».

Le fringant sexagénaire assimile souvent les citoyens à des clients. Auparavant ministre des Finances, ce grand-père appréhende la gestion du gouvernement comme celle d’une entreprise.

Pendant un peu plus d’un mois, la campagne électorale s’est concentrée sur les questions de l’emploi, de l’économie et de la gestion des finances publiques. La place de la langue française dans la province a aussi attiré l’attention, alors que l’Alliance des gens s’oppose à l’existence de deux langues officielles.