Le parlement du Canada.

L’année politique fédérale en chiffres

Après d’innombrables heures de débats et de travail en comité, les 335 députés fédéraux ont plié bagage et quitté l’édifice du Centre, lequel sera fermé pour des travaux de rénovation pendant une dizaine d’années. Voici un résumé non exhaustif de l’année 2018 à Ottawa, en chiffres.

4,5

En milliards de dollars, c’est le montant qu’ont déboursé les Canadiens pour devenir propriétaires de l’oléoduc Trans Mountain en mai. Trois mois plus tard, la Cour d’appel fédérale annulait le décret autorisant les travaux d’expansion, jugeant qu’Ottawa n’avait pas adéquatement consulté les communautés autochtones et que l’évaluation environnementale était incomplète. Mi-décembre, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas été en mesure de dire quand les travaux d’agrandissement pourraient se mettre en branle. Le projet énergétique divise dans l’Ouest – le gouvernement de l’Alberta y tient mordicus, mais celui de la Colombie-Britannique y est opposé.

14

Le gouvernement libéral a poussé un soupir de soulagement cet automne : après environ 14 mois de négociations émaillés de « moments dramatiques », comme se plaît à le dire la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, le Canada a conclu un nouveau traité de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique. L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) a été signé le 30 novembre en marge du sommet du G20 en Argentine. Le pacte n’entre pas en vigueur immédiatement, les élus des trois pays ayant leur mot à dire sur la question. Ici, au Canada, les partis d’opposition ont reproché au gouvernement Trudeau d’avoir paraphé l’entente sans avoir obtenu la levée des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium.

15

Le meurtre du journaliste saoudien dissident Jamal Khashoggi a ramené sur le tapis la question du contrat de véhicules blindés légers avec l’Arabie saoudite. Dans la foulée de ce sordide assassinat, le gouvernement canadien a ordonné la révision de tous les permis d’exportation d’armes vers le royaume. Justin Trudeau a d’ores et déjà prévenu que la résiliation du contrat de 15 milliards $ conclu sous le précédent gouvernement coûterait « des milliards de dollars » en pénalité.

« Too much »

Le voyage en Inde de Justin Trudeau, en février, a viré au fiasco. Il y a eu Jaspal Atwal, cet homme condamné pour tentative d’assassinat sur un ministre indien, en 1986, à Vancouver, qui s’est déniché un carton d’invitation à une réception où se trouvaient le premier ministre et sa femme. Mais surtout, il y a eu toutes ces photos de Justin Trudeau, de sa femme Sophie Grégoire et de leurs trois enfants en habits traditionnels. Ces clichés ont suscité critiques et railleries et ont fait le tour du monde. « Oui, absolument, c’était too much », a convenu Justin Trudeau en décembre au micro de la station 98,5 FM.

10/17

Depuis le 10/17 (17 octobre), au Canada, plus besoin d’attendre au 4/20 (20 avril) pour célébrer la consommation de cannabis. Et on peut le faire en toute légalité. Le gouvernement Trudeau a tenu promesse et légalisé la substance. Les choses se déroulent assez rondement, même si dans des provinces comme l’Ontario et le Québec, l’offre ne répondait pas à la demande. Peut-être que cette situation se résorbera à la Société québécoise du cannabis, puisque le gouvernement Legault fera passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer la substance.

6

Ils ont été six dirigeants à signer le communiqué commun du sommet du G7 de Charlevoix, en juin. On pensait que le groupe des sept en était arrivé à un consensus, mais quelques heures à peine après avoir quitté (prématurément) La Malbaie, le président Donald Trump a servi une retentissante gifle diplomatique à Justin Trudeau, l’hôte de l’événement : il a annoncé sur Twitter qu’il avait ordonné à ses représentants de ne pas signer le communiqué. Au passage, il a taxé son homologue canadien de « malhonnête » et de « faible ».

7

C’est le nombre de députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui ne se représenteront pas aux prochaines élections d’octobre 2019. Plusieurs piliers et figures plus connues du public quittent le navire, dont Romeo Saganash ou encore Hélène Laverdière. Et ce contingent pourrait grossir, puisque 12 élus néo-démocrates sont actuellement en réflexion. Ça commence à faire beaucoup pour un caucus qui compte 41 députés. Leur chef, Jagmeet Singh, n’est pas encore élu. Il doit tenter sa chance lors d’une élection complémentaire en Colombie-Britannique.

1

Rebelote. On se dirige vers un deuxième couronnement au Bloc québécois. Il y a un seul candidat, Yves-François Blanchet, qui a levé la main pour remplacer Martine Ouellet. Celle-ci a été poussée vers la sortie en juin dernier après une année marquée par des déchirements au sein du caucus. L’ancien ministre péquiste a l’appui de neuf des 10 députés bloquistes. Si personne ne se présente contre lui, il deviendra chef le 15 janvier. S’il y a d’autres candidatures, il faudra attendre une élection le 24 février.

23

En 2018, le député conservateur Gérard Deltell s’est levé 23 fois aux Communes pendant la période des questions pour demander au gouvernement libéral de lui fournir la date du retour à l’équilibre budgétaire, selon un décompte effectué dans les publications de la Chambre. À chaque fois, il est resté bredouille. Dans l’énoncé économique déposé en novembre, le ministre Bill Morneau prévoyait un déficit de 18,1 milliards $ en 2018-2019, qui baissera graduellement pour atteindre 11,4 milliards $ en 2023-2024 – soit à la fin d’un éventuel deuxième mandat libéral.

338

Le chef autoproclamé du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a annoncé quelques jours avant Noël que sa formation avait désormais des associations dans l’ensemble des 338 circonscriptions du pays. Le Beauceron a claqué la porte du Parti conservateur en août sous prétexte que le parti était devenu « trop corrompu intellectuellement et moralement pour être réformé ». Comme chef populaire, il compte pratiquer un «populisme intelligent».

5000

Ils étaient environ 5000 massés au centre-ville d’Ottawa, début décembre, pour dénoncer les décisions du gouvernement ontarien de Doug Ford de dissoudre le Commissariat aux services en français et d’abandonner le projet de l’Université de l’Ontario français. La décision a peut-être été prise à Queen’s Park, mais elle a rebondi à la Chambre des communes. Et la ministre Mélanie Joly a repris la balle au bond. Elle s’est défendue d’exploiter l’enjeu à des fins politiques, mais il lui a assurément donné des munitions pour attaquer l’opposition conservatrice – ce qui a permis à la ministre de finir 2018 sur une bien meilleure note que 2017 (un mot : Netflix).