La ministre Mélanie Joly a dévoilé en compagnie du premier ministre Justin Trudeau son plan d'action 2018-2023 qui doit mettre fin à 10 ans de stagnation financière pour les communautés de langue minoritaire.

Langues officielles: le plan d'action prévoit 500 millions $ sur cinq ans

OTTAWA — Le plan d'action sur les langues officielles du gouvernement Trudeau injecte 500 millions $ sur cinq ans. Environ les deux tiers de cette somme iront directement dans la poche des organismes dans les communautés de langue minoritaire.

Cet argent s'ajoute aux 2,2 milliards $ sur cinq ans qu'elles reçoivent déjà de façon permanente, portant ainsi le montant total à 2,7 milliards $.

«C'est donc le plus gros investissement en langues officielles de notre histoire», a indiqué la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, mercredi en conférence de presse dans le gymnase de l'école Mauril-Bélanger à Ottawa où étaient réunis des dizaines d'intervenants du milieu francophone.

Elle a dévoilé en compagnie du premier ministre Justin Trudeau son plan d'action 2018-2023 qui doit mettre fin à 10 ans de stagnation financière pour les communautés de langue minoritaire. Le gouvernement Trudeau veut ainsi marquer le retour en force du fédéral comme défenseur des langues officielles.

«Ce n'est pas un secret que le français à l'extérieur du Québec a pris du recul dans les dernières années», a constaté M. Trudeau.

«Pendant presque 10 ans, le gouvernement conservateur a choisi de sous-investir dans les programmes, signalant clairement que le maintien du caractère bilingue de notre pays n'était tout simplement pas une priorité pour eux», a-t-il ajouté.

Le plan de 53 pages donne dans le détail les montants qui seront versés pour le maintien des langues officielles. Il comprend trois piliers, soit le renforcement des communautés, un meilleur accès aux services en français et la promotion du bilinguisme. Il prévoit notamment des sommes importantes pour la petite enfance et l'immigration francophone en milieu minoritaire, deux mesures qui visent à assurer la pérennité des communautés.

Le dernier budget fédéral prévoyait une enveloppe de 400 millions $ à compter de l'an prochain et 88,4 millions $ annuellement par la suite. La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) avait plutôt demandé 575 millions $.

«Ça fait tellement longtemps qu'on n'a pas eu de nouvel investissement dans les programmes pour les communautés que, oui, je considère ça historique», a commenté le président de la FCFA, Jean Johnson, tout en affirmant qu'il demeurerait aux aguets pour s'assurer que l'argent soit réellement investi dans les communautés.

Le plan d'action sur les langues officielles jettera les bases d'une première stratégie nationale sur l'immigration francophone en milieu minoritaire dont les détails seront dévoilés ultérieurement. Ottawa veut augmenter à 4,4 % la proportion d'immigrants francophones à l'extérieur du Québec d'ici 2023. Il prévoit 40,8 millions $ sur cinq ans pour atteindre cette cible et s'assurer que les nouveaux arrivants puissent obtenir les services d'intégration dont ils ont besoin en français.

Il créera également davantage de places dans les garderies francophones à l'extérieur du Québec en injectant 20 millions $ sur cinq ans.

L'argent directement aux communautés

Une large part des sommes prévues ira directement dans les communautés. La FCFA se plaignait que les organismes francophones ne recevaient par le passé que 0,25 $ pour chaque dollar alloué, le reste servant à financer la bureaucratie fédérale et provinciale. Le financement de base des organismes augmente de 70 millions $ sur cinq ans et atteindra le montant total de 320 millions $.

«Nous les choix qu'on a faits, c'est que la majorité des investissements vont directement aux communautés, la très grande majorité, plutôt qu'aux gouvernements provinciaux et fédéral», a assuré Mme Joly en entrevue à La Presse canadienne.

L'éducation en français constitue également un pan important du plan d'action. Il prévoit 31,3 millions $ pour le recrutement d'enseignants de français comme langue maternelle et 149 millions $ par année pour le financement de l'éducation en milieu minoritaire.

Avec ses 10 millions $ sur cinq ans pour les médias communautaires, le plan n'en fait pas suffisamment pour sauver les médias francophones en milieu minoritaire menacés de fermeture, selon le député néo-démocrate François Choquette.

«Il faut investir immédiatement, prendre un 2 millions $ de fonds d'urgence et ça ce n'est pas juste dans le plan d'action, dans six mois, dans un an, c'est tout de suite qu'il faut que la ministre dégage ça», a-t-il martelé.

Le député conservateur Alupa Clarke, pour sa part, se demande si la transparence sera réellement au rendez-vous lors de la mise en oeuvre du plan d'action sur les langues officielles.

«Il faut avoir un plan stratégique de reddition de compte bien peaufiné, a indiqué M. Clarke. Souvent les provinces vont utiliser l'argent pour d'autres priorités.»

Bilinguisme

Le gouvernement Trudeau espère que les anglophones hors Québec seront plus nombreux à parler français. Il s'est donné pour objectif de faire passer leur taux de bilinguisme de 6,8 % à 9 % d'ici 2036.

Pour y parvenir, il injectera 31,3 millions $ sur quatre ans pour l'embauche de professeurs de français langue seconde et pour les écoles d'immersion. Le gouvernement prévoit aussi la création d'une application mobile gratuite pour l'apprentissage du français et de l'anglais.

Un montant de 2,5 millions $ sur cinq ans est également prévu pour aider Ottawa, la capitale canadienne, à devenir bilingue. Un projet de loi pour officialiser ce statut avait été adopté par la législature ontarienne en décembre.

Les communautés anglophones du Québec ont aussi leur part du gâteau, particulièrement celles à l'extérieur de Montréal. Le gouvernement créera un nouveau fonds de 5,3 millions $ sur cinq ans qui leur sera destiné et qui servira à financer les services dont elles ont besoin. Ottawa entend travailler en collaboration avec le Secrétariat aux relations avec les Québécois d'expression anglaise créé par le gouvernement Couillard.

Ces investissements ont fait bondir le député bloquiste Mario Beaulieu et son ex-collègue, aujourd'hui du Groupe parlementaire québécois, Rhéal Fortin.

«Traiter les anglophones au Québec sur un pied d'égalité avec les communautés francophones et acadienne, c'est une aberration parce qu'au Québec les institutions anglophones sont déjà surfinancées, a fait valoir Mario Beaulieu. [...] C'est le français qui est menacé et pas l'anglais.»

«On ne veut pas voir qu'il y a une différence entre un anglophone au Québec et un francophone dans l'Ouest ou dans les Maritimes alors qu'en réalité c'est toute la différence du monde», a dénoncé Rhéal Fortin.

La ministre Mélanie Joly s'est défendue de vouloir rendre le Québec bilingue. «Ce que les Québécois devraient célébrer, c'est non seulement qu'on soutient les communautés en situation minoritaire au Québec, mais aussi partout au pays parce qu'essentiellement, quand on a une francophonie forte au Canada, on s'assure aussi de reconnaître l'importance du Québec comme moteur de cette francophonie», a-t-elle affirmé en conférence de presse, déclenchant ainsi une nouvelle salve d'applaudissements des groupes d'intérêts présents.

Le plan d'action sur les langues officielles fait suite à une série de consultations qui ont eu lieu en 2016 dans 22 villes partout au pays.