Le président de la France, Jacques Chirac, et le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, à l'Assemblée nationale en septembre 1999

L’ancien président français Jacques Chirac était un grand ami du Québec

MONTRÉAL - L’ancien président de la République française Jacques Chirac, qui s’est éteint à l’âge de 86 ans, était un grand ami du Québec.

M. Chirac avait d’ailleurs été reçu officier de l’Ordre du Québec en 1987 «afin de marquer la tradition des rencontres annuelles entre les chefs de gouvernement français et québécois, tradition qu’il a grandement contribuée à maintenir».

Dans la notice biographique disponible sur le site internet de l’Ordre, on affirme qu’à titre de «premier ministre et président de la République française, Jacques Chirac a contribué à l’approfondissement du dialogue franco-québécois et à la reconnaissance de la Francophonie».

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En compagnie du premier ministre Robert Bourassa, il avait contribué à relancer l’élan des relations franco-québécoises en signant, en 1975, un accord mettant l’accent sur les efforts de francisation entrepris par le gouvernement libéral et la mise sur pied de programmes de coopération dans divers domaines.

L’homme n’a jamais caché ses sympathies pour le mouvement souverainiste. Alors qu’il vient d’être élu maire de Paris, il accueille le ministre des Affaires gouvernementales du gouvernement péquiste, Claude Morin.

«Vous avez mes voeux sincères et fraternels de réussite complète. C’est de coeur et d’esprit que nous vous souhaitons le succès de votre entreprise d’indépendance tranquille que vous avez définie dans le cadre d’une association économique indispensable dans ce monde moderne», lance-t-il. Du bonbon pour le père de l’étapisme.

Quelques mois plus tard, il recevra le premier ministre péquiste René Lévesque de façon somptueuse. Pas moins de 800 personnes avaient été invitées à la réception qui s’était déroulée à l’hôtel de ville de Paris. Toutefois, la tentative du Parti québécois d’être reçu à l’Internationale socialiste jettera un froid entre les souverainistes et cet homme de droite.

Nommé premier ministre par le président François Mitterand après la victoire électorale de la droite aux élections législatives, en 1986, il fait brièvement état du Québec lors de son premier discours devant l’Assemblée nationale française.

«La pensée et la langue françaises jouissent d’une influence et d’un rayonnement beaucoup plus solides qu’on ne l’imagine - que ce soit en Amérique, comme en témoignent nos liens avec le Québec, en Asie, mais aussi au Proche-Orient, et surtout sur le continent africain.»

L’année suivante, Jacques Chirac vient à Québec pour assister au deuxième Sommet de la francophonie. Il assure les Québécois de la volonté de son pays de «voir la langue française être consacrée comme grande langue de communication moderne».

Il connaît une sorte de traversée du désert après sa défaite contre François Mitterand au deuxième tour de l’élection présidentielle de 1988.

Appui aux souverainistes en 1995

En janvier 1995, alors qu’il est un simple candidat à l’élection présidentielle française, il déclare que si le référendum québécois - qui se déroulera 10 mois plus tard - obtient une réponse positive, «les nations francophones (...) et en particulier la France devraient être immédiatement aux côtés des Québécois et soutenir et reconnaître cette nouvelle situation».

M. Chirac ajoutait alors que «la France devrait sans aucun doute être au premier rang de ceux qui diraient que nous marchons avec lui». Élu président, il maintient cette position et se déclare même prêt à reconnaître «unilatéralement» le Québec comme État souverain.

Comme il fallait s’y attendre, la déclaration ne plaît guère au premier ministre canadien Jean Chrétien alors qu’il est en voyage au Chili. Celui-ci se moque du candidat à l’Élysée - dont la campagne traverse de grandes difficultés - et lance en boutade que le Québec a autant de chance de devenir indépendant que Jacques Chirac de devenir président de la France.

M. Chirac ne lui en voudra pas longtemps de cette «prédiction». Les deux hommes se réconcilieront au fil des années; Jean Chrétien figure au comité d’honneur de la Fondation Chirac lancée en 2008 pour agir au service de la paix.

«La question de la séparation ne le préoccupait absolument pas à la fin de sa carrière comme président», assurait jeudi M. Chrétien, dont les mandats de premier ministre (1993-2003) ont chevauché ceux du président Chirac (1995-2007). «Nous étions ensemble lorsque nous avons décidé de ne pas aller à la guerre en Irak» en 2003, rappelait fièrement M. Chrétien dans une entrevue téléphonique où il rendait hommage à ce «bon ami», qui était comme lui «très proche du peuple».

«Après (cette déclaration-choc sur la souveraineté), sa relation à la fois avec le Québec et le Canada a toujours été très bonne, franche, très ouverte», a aussi soutenu jeudi l’ex-premier ministre québécois Jean Charest (2003-2012), qui a bien connu M. Chirac - sa fille aînée a même travaillé pour lui à l’Élysée. M. Charest garde entre autres un «très beau souvenir de son amitié avec le Québec et le Canada»: M. Chirac avait appuyé le projet de négociations d’un accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe, une position semble-t-il très inhabituelle à Paris.

L’échec référendaire et la solide amitié entre M. Chirac et Jean Pelletier, directeur de cabinet du premier ministre Chrétien, refroidiront effectivement les ardeurs souverainistes de ce gaulliste invétéré. Tant et si bien qu’en septembre 1997, alors que la France songe à émettre un timbre soulignant le 30e anniversaire du «Vive le Québec libre!» du général de Gaulle, il déclare à un interlocuteur que «cette histoire de souveraineté est totalement enterrée au Québec». Selon l’auteur Frédéric Bastien, il ose même ajouter cette phrase légèrement hérétique dans la bouche d’un gaulliste tel que lui: «Quant à De Gaulle, ce jour-là, c’était une de ses foucades».

Les relations entre M. Chirac et le Québec n’ont pas toujours été placées sous le signe de la politique. En 2006, les Justiciers masqués réussissaient à obtenir une entrevue avec le président français en se faisant passer pour des collaborateurs de Stephen Harper, qui avait été élu, quelques jours auparavant, premier ministre du Canada. Bon prince, il avait alors déclaré après avoir été mis au courant du canular: «Sachez que mon amitié pour le Canada et pour le nouveau gouvernement conservateur est une amitié réelle et sans réserve.»