La chef du Bloc québécois Martine Ouellet

L’aile jeunesse du Bloc largue Ouellet

OTTAWA — Une nouvelle tuile s'abat sur Martine Ouellet. À deux semaines du vote de confiance qui l'attend, elle se fait larguer par le Forum jeunesse du Bloc québécois, qui considère la chef comme un obstacle à un retour des forces indépendantistes sur la scène fédérale.

«On a adoré Martine Ouellet. Au niveau des idées, on est à la même place sur la grande majorité des choses, mais c'est au niveau du leadership où il y a un problème», a exposé en entrevue la présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois, Camille Goyette-Gingras.

«Il n'y a pas de volonté de rassemblement», a-t-elle regretté à l'autre bout du fil.

Elle cite parmi les facteurs qui ont fait pencher la balance le discours vindicatif «peu apprécié par nos délégués» de Martine Ouellet contre les sept députés démissionnaires, en avril dernier, et les démissions en série au sein de l'exécutif du parti.

Le dernier en lice à avoir décidé de jeter l'éponge est le trésorier du parti, Jules Gagné, qui a remis sa démission mercredi.

«Parmi les rôles d'un chef de parti, il en est un qui est fondamental : maintenir la cohésion au sein du parti. Tu n'as clairement pas réussi», écrit-il dans sa missive à l'intention de «Martine», qu'il a trouvée vraiment formidable sur le plan des idées et de la communication politique

Celui qui dit avoir «répondu à l'appel de Mario [Beaulieu]» en se présentant au poste dit avoir composé «avec une gestion financière déficiente, puis avec des changements de personnel très fréquents et des crises presque continues avec les députés».

Mais pour le Forum jeunesse, le point tournant aura toutefois été la décision de Mario Beaulieu d'abandonner celle dont il était un allié de la première heure — mercredi dernier, le député a annoncé qu'il restait au Bloc québécois, mais pour mieux dégommer la leader.

«Le retrait de son appui à Martine, ça a eu un impact quand même important pour nous, parce qu'on a été avec Mario dès qu'il s'est lancé à la chefferie en 2014; on est des proches de longue date. Donc c'est sûr que ça nous a touchés», a expliqué Camille Goyette-Gingras.

«Elle reste»

L'attaché de presse de Mme Ouellet a indiqué mercredi que cette énième rebuffade n'entamait en rien la détermination de la chef à rester en selle. «Elle reste», a écrit Antoni Gilbert dans un échange de textos.

La leader bloquiste contestée a décliné la demande d'entrevue de La Presse canadienne. «Malheureusement! Indisponible. Seule [la députée] Marilène Gill est disponible», a argué l'attaché de presse de Martine Ouellet, qui se trouvait à l'Assemblée nationale, mercredi.

De leur côté, les jeunes bloquistes espèrent que cessent enfin les déchirements bloquistes. «La crise [...] est vue par les citoyens du Québec qui nous regardent, dubitatifs», a regretté Mme Goyette-Gingras dans le communiqué annonçant le retrait de l'appui du Forum jeunesse.

Car à un an et demi du scrutin fédéral, la formation doit se ressaisir. «Un retour à l'unité des forces indépendantistes de la scène fédérale est toujours possible», mais «il nécessite le départ de Martine Ouellet à la direction du Bloc québécois», croit le Forum jeunesse.

L'aile jeunesse tend donc une branche d'olivier aux sept élus qui ont claqué la porte et fondé le nouveau parti Québec debout. «On pense qu'il doit y avoir un seul parti indépendantiste», a fait valoir Mme Goyette-Gingras.

«Je crois que ce sont des indépendantistes; d'ailleurs, ils disent l'être. Je pense que c'est vrai. Ça, c'est un point de consensus sur lequel on peut travailler», a-t-elle dit, notant qu'aucun contact n'a encore été établi, mais qu'elle «aimerai[t] qu'il y en ait prochainement».

Chez Québec debout, on n'a pas voulu commenter ce nouveau rebondissement dans la saga au Bloc québécois, a signifié mercredi l'attaché de presse de la formation naissante, Mathieu Renaud St-Amand.

Il est prévu que Martine Ouellet se soumette à un vote de confiance, lequel se tiendra par voie électronique et téléphonique les 1er et 2 juin. Le résultat de cette consultation auprès des membres doit être annoncé le 3 juin.

Au Bloc québécois, on se réjouissait mercredi du retour au bercail de l'ancien directeur général du parti, Stevens Héroux, qui agira comme directeur général adjoint responsable des liaisons avec les instances et les membres du parti.

Il arrive en remplacement de Mireille Larouche, qui a quitté son poste «après avoir fourni un effort considérable au service du Bloc québécois et de l'indépendance du Québec», lit-on dans un communiqué attribué à Gilbert Paquette, vice-président et directeur général par intérim.