Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, déplore le peu d’implication des députés libéraux Maryse Gaudreault et André Fortin dans certains dossiers.

Lacombe déplore un «silence radio» de la part de Fortin et Gaudreault

Un an après l’élection provinciale qui a permis d’élire des députés de deux partis dans la région, le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, affirme « qu’il a presque fallu » ces derniers mois qu’il « torde le bras » à ses collègues libéraux André Fortin et Maryse Gaudreault pour qu’ils se penchent sur des dossiers de leurs propres circonscriptions.

« Ce qui me surprend beaucoup, c’est à quel point les deux députés [de Pontiac et de Hull] se mêlent peu des dossiers. À certains moments, il a presque fallu que je leur torde le bras pour qu’ils s’en occupent. Ça arrive fréquemment qu’on cogne à ma porte, car on ne reçoit pas de réponse en s’adressant à leurs bureaux. J’ai parfois dû faire pression auprès d’eux. Mon objectif est que les dossiers avancent, j’aiguille tous ceux qui cognent à ma porte, mais je suis souvent obligé de les retourner vers les députés. Dès mon élection, j’ai lancé le message que j’étais prêt à collaborer avec eux [les libéraux], mais ils ont très rarement fait appel à moi », martèle M. Lacombe.

Le ministre a d’emblée réagi de cette façon lorsqu’il a été invité par Le Droit à commenter l’ambiance de travail qui règne entre les députés de l’Outaouais depuis que la CAQ et le Parti libéral se partagent les cinq sièges. Un contexte politique qui n’avait pas été observé depuis le début des années 1980, à l’époque où les péquistes avaient fait une très rare percée dans la région.

M. Lacombe soutient par ailleurs ne jamais avoir été interpellé par les députés Fortin et Gaudreault par rapport à des enjeux régionaux tels que l’autoroute 50, la construction d’un nouvel hôpital ou encore le développement de l’Université du Québec en Outaouais, parlant de « silence radio » de leur part.

« J’irais même plus loin, c’est absolument décourageant quand on pose des gestes et que plutôt que de collaborer, on nous rentre dedans de façon virulente. Je pense par exemple au changement à la tête du CISSSO. Cette semaine-là, le député de Pontiac a eu le culot de nous dire à l’Assemblée nationale qu’on ne faisait rien pour améliorer le système de santé dans la région, puis le lendemain, ses propres citoyens lui disaient qu’ils ne semblaient pas comprendre la réalité, à quel point ça allait mal. J’ai l’impression que c’est comme s’ils avaient baissé les bras en se disant qu’ils nous laisseraient aller. Je veux bien, on a les outils pour faire du bon travail, mais ça me surprend à quel point ils sont peu présents pour leurs dossiers », dit-il.

Au chapitre des relations humaines, si Mathieu Lacombe indique qu’il entretient une relation « très cordiale » avec Maryse Gaudreault, il ajoute que c’est « plus difficile » avec son collègue André Fortin.

« Son attitude a beaucoup changé depuis qu’il est dans l’opposition, ce n’est pas le André Fortin que j’ai connu quand j’étais journaliste. Je n’irais pas prendre une bière avec lui, mais s’il a des dossiers à faire avancer, ma porte est ouverte », dit-il.

Perceptions divergentes

Les députés de l’Outaouais n’ont pas tous la même opinion au sujet de l’avancement des dossiers et de la dynamique qui règne entre caquistes et libéraux.

Le député caquiste de Gatineau, Robert Bussière, soutient que « tout le monde veut la même chose, soit le bien de la communauté », même si les idéologies politiques diffèrent.

« J’ai une relation très cordiale avec Mme Gaudreault et M. Fortin. Ça fait 29 ans que je suis en politique et je côtoyais déjà Maryse. Nous sommes de deux partis politiques différents, mais comme individus, nous sommes toujours les mêmes. Chacun fait son travail de son côté, j’ai aussi travaillé avec M. Fortin sur certains dossiers. »

Quant à André Fortin, il ne semble pas avoir la même perception que Mathieu Lacombe.

« C’est une nouvelle dynamique, oui, je pense que ça prend une période d’adaptation tant pour les nouveaux élus que pour nous. Tout le monde apprend à se connaître. Côté relations de travail, je pense qu’on a réussi à trouver une vitesse de croisière. Somme toute, pour les enjeux locaux, on n’est pas sur la même longueur d’onde, sauf qu’on est capable de se parler. On se contacte sur une base régulière, que ce soit en personne, à l’Assemblée nationale ou autre. Pour certains dossiers où j’ai eu besoin de l’appui de M. Lacombe, on a réussi à bien travailler ensemble. Par exemple, pour le suivi des inondations, j’ai senti une écoute appréciée et évidente. Je n’ai rien à redire », lance l’ex-ministre des Transports.

Le député précise toutefois qu’il ne se gênera pas pour dénoncer le fait que pour quelques enjeux régionaux, le gouvernement caquiste « tarde à livrer la marchandise ».

« L’exemple le plus flagrant, c’est le nouvel hôpital. Un an plus tard, on ne sait toujours pas où il sera situé, la forme que ça prendra, etc. Il y avait de grandes attentes, mais beaucoup de monde est resté sur son appétit », déplore-t-il.

De son côté, Maryse Gaudreault qualifie de « très courtoises » les relations entre les députés de l’Outaouais, rappelant que ce qui ressort de la période de questions à Québec n’est pas nécessairement « représentatif de la réalité ».

« Contrairement à ce que les gens peuvent penser, la dynamique n’a pas changé, car les députés, nous sommes très territoriaux. Chacun travaille pour sa circonscription, tout en travaillant ensemble pour l’Outaouais. Il n’y a pas d’acrimonie. Je pense qu’on va vivre un mandat dans l’harmonie jusqu’à la fin. La seule petite différence, c’est qu’habituellement, quand on était au gouvernement, on rencontrait nos collègues [ministres] tous les jours, alors on pouvait leur parler. C’est moins vrai dans l’opposition officielle, alors j’interviens beaucoup avec des lettres, par écrit, pour laisser des traces et m’assurer d’avoir des réponses. J’avais vécu ça quand le gouvernement de Mme Marois était au pouvoir », affirme la députée de Hull.