La députée Leona Alleslev a traversé le plancher de la Chambre des communes pour se joindre à l’opposition conservatrice.

La députée libérale Leona Alleslev passe chez les conservateurs

Les libéraux ont connu une rentrée parlementaire mouvementée lundi. La députée Leona Alleslev a traversé le plancher de la Chambre des communes pour se joindre à l’opposition conservatrice.

«Le gouvernement doit être défié ouvertement, mais pour moi critiquer le gouvernement comme libérale minerait le gouvernement et serait un déshonneur selon mon code de conduite», a-t-elle déclaré en chambre en déclenchant un tonnerre d’applaudissements chez ses nouveaux collègues.

Deux mois auparavant, elle avait publié des photos sur Twitter d’une visite du premier ministre Justin Trudeau dans son comté et avait écrit être «fière» de faire partie de l’équipe libérale «en prévision des élections de 2019».

Aujourd’hui, celle qui représente la circonscription ontarienne d’Aurora-Oak Ridges-Richmond Hill en banlieue de Toronto se dit «vivement préoccupée par l’avenir du pays» en ces temps «d’instabilité mondiale». Elle estime que le Canada a besoin du «leadership fort d’Andrew Scheer» sur les questions économiques et les affaires étrangères.

«Comme Canadiens, nous ne pouvons accepter le statu quo, c’est notre pays qui est en jeu», a-t-elle affirmé.

Mme Alleslev soutient que le monde a changé depuis son élection comme libérale, en semblant faire allusion, sans le nommer, au président américain Donald Trump. Elle estime que le Parti conservateur a une meilleure maîtrise des enjeux urgents pour les Canadiens, commela réforme fiscale, la politique étrangère, la sécurité et la modernisation de la Défense nationale, et qu’il a la volonté de s’y attaquer.

Elle dit avoir tenté de partager ses inquiétudes avec ses anciens collègues libéraux sans succès, mais n’a pas offert d’exemples concrets pour expliquer son changement d’allégeance.

Seulement deux points de pourcentage la séparaient de son rival conservateur lors de l’élection fédérale de 2015 et les Ontariens viennent d’élire le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford, mais Mme Alleslev soutient que sa décision n’a rien à voir avec un quelconque effet Ford.

«Il s’agit plutôt de pouvoir regarder mes électeurs et de pouvoir me regarder dans le miroir et savoir que j’ai fait tout ce que je pouvais pendant mon mandat pour bien les servir», a-t-elle affirmé.

Le chef conservateur a accueilli la nouvelle membre de son caucus en lui donnant le titre de secrétaire pour la sécurité mondiale dans son cabinet fantôme. Elle sera notamment responsable des questions de terrorisme. Il a invité les libéraux déçus à se joindre à son parti.

«Si comme Leona, vous avez soutenu Justin Trudeau et les libéraux lors des dernières élections et que vous êtes déçus par son leadership inefficace, sachez ceci: vous êtes bienvenus au sein du Parti conservateur du Canada», a déclaré Andrew Scheer en point de presse.

L’ex-député conservateur Maxime Bernier, chef du nouveau Parti populaire du Canada, voit dans le recrutement d’une députée libérale la preuve qu’il avait raison de claquer la porte.

«Je dis déjà depuis plusieurs semaines que c’est du pareil au même, a-t-il souligné. C’est un «lib-con party», un parti libéral-conservateur et ça me le confirme.»

Il a répété que seul son parti défend les vraies valeurs conservatrices de liberté, de responsabilité, d’équité et de respect.

Surprise chez les libéraux

Manifestement pris de court, le premier ministre Justin Trudeau a répondu aux questions des journalistes avant la période des questions par «M. le président» pour ensuite se reprendre.

«C’est quelque chose qui est tout à fait permis et acceptable dans notre système que de traverser, a-t-il affirmé. Je lui souhaite bonne chance.»

La ministre Mélanie Joly n’a pas caché sa déception.

«Ce sera à elle à défendre ses actions, a-t-elle souligné. C’est elle qui a eu un mandat de sa communauté pour la représenter et c’est elle qui par la suite prend une décision sans nécessairement consulter (les électeurs).»

L’adhésion de Mme Alleslev à un autre parti risque d’alimenter encore davantage le cynisme des électeurs, selon le député néo-démocrate Nathan Cullen.

«Pour l’électeur, c’est comme si c’était un jeu pour le politicien et non un vrai mandat (...), a-t-il souligné. Elle a besoin d’un nouveau mandat des citoyens.»

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) refuse les transfuges en milieu de mandat. Ils doivent d’abord siéger comme indépendant, puis peuvent ensuite se présenter comme candidat néo-démocrates lors d’une élection.

C’est ce qu’avait fait l’ancienne députée bloquiste Maria Mourani qui avait choisi de porter les couleurs du NPD en 2015 après avoir été expulsée du Bloc québécois. Elle avait finalement été détrônée par Mélanie Joly.