La CAQ assouplit le registre des armes à feu [VIDÉO]

La ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault enlèvera quelques «irritants» au registre québécois des armes à feu, mais n’a pas du tout l’intention de l’abolir.

C’est entourée de personnes aux «points de vue divergents» que la ministre a annoncé les modifications proposées, à six jours de la date butoir d’inscription des armes, le 29 janvier.

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Heidi Rathjen, une survivante de la tuerie de Polytechnique, Alain Cossette, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs et Martin Prud’homme, directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), se sont tous montrés d’accord avec les assouplissements. 

Lorsque la loi sera modifiée, les propriétaires d’armes n’auront plus à aviser le système s’ils partent chasser plus de 15 jours à l’extérieur de leur région, par exemple. Le double numéro d’immatriculation disparaîtra et les propriétaires n’auront plus à fournir la longueur du canon de leur arme. 

M. Cossette, qui représente les chasseurs, se dit très heureux d’avoir été «écouté» par le nouveau gouvernement. Il appelle les membres de sa fédération à respecter la loi et à enregistrer leurs armes, afin de ne pas se mettre en situation de désobéissance civile. Sur le fond toutefois, il souhaite toujours l’abolition d’un tel registre. 

Pour la ministre Guilbault, il n’est pas question d’aller jusque là. «Il existe une loi, et tous doivent s’y conformer. Le registre est là pour rester, et il n’est aucunement question de l’abolir.»

Elle soutient ne pas plier sous la pression de ceux qui militent pour l’abolition du registre. Elle dit plutôt avoir écouté «la population». «Ce sont des revendications, à notre sens, raisonnables.»

Pas pour toute de suite

À ce jour, 349 952 armes sont enregistrées au Québec, ce qui est relativement peu par rapport au 1,6 million d’armes en circulation. La ministre espère que l’annonce de ces assouplissements incitera une majorité de chasseurs et de propriétaires d’armes à s’inscrire au registre. «On veut simplifier la vie des gens qui détiennent les armes.»

Mme Guilbault admet toutefois que puisqu’il faut modifier la loi, il faudra attendre plusieurs semaines, voire des mois, avant que ces irritants ne disparaissent officiellement. Ceux qui s’inscriront au cours des prochains jours devront les affronter. 

Même si les policiers de la SQ ne feront pas du porte-à-porte pour vérifier l’enregistrement des armes après le 29 janvier, M. Prud’homme avertit les propriétaires que des amendes pourront s’appliquer, lors de toute vérification de routine. «On va travailler avec discernement», dit-il. 

Le site Web du Service d’immatriculation des armes à feu du Québec (SIAF) restera toujours ouvert après le 29 janvier et les propriétaires d’armes pourront s’y inscrire sans craindre d’être «pincé», précise Mme Guilbault. 

Le gouvernement du Québec a prévu 20 millions $ pour la mise en place du registre et une somme de 5 millions $ par année pour l’opérer. «Jusqu’à maintenant, la mise en place du registre respecte même rigoureusement les coûts qui étaient prévus», indique Mme Guilbault.

Le Parti libéral du Québec et Québec solidaire se sont montrés satisfaits que la ministre confirme que le registre est là pour rester. 

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«ON PEUT PAS TOUT GAGNER»

Content que la Coalition avenir Québec (CAQ) n’abolisse pas le registre québécois des armes à feu, Boufeldja Benabdallah, président du Centre culturel islamique de Québec, sent une ouverture de la part de la ministre Geneviève Guilbault pour étudier ses demandes. 

«On est confiants, elle a dit qu’elle est ouverte à discuter», a indiqué celui qui était présent à l’Assemblée nationale pour l’annonce. Le président du Centre culturel islamique demande au gouvernement Legault de faire en sorte que les antécédents de troubles de santé mentale de ceux qui possèdent une arme à feu soient étudiés de façon plus systématique. 

Aucun changement à la loi n’est nécessaire, mais il pourrait y avoir un resserrement des procédures administratives. Pour l’instant, la CAQ ne s’est pas engagée dans cette voie. «On peut pas tout gagner. […] C’est des négociations. Je suis pas un politicien, mais je sais qu’on ne peut pas tout avoir», a commenté M. Benabdallah. Il se donne toutefois du temps pour convaincre le gouvernement. 

Dans une lettre envoyée au premier ministre François Legault cette semaine, M. Benabdallah rappelait que le tireur de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec avait des antécédents en matière de troubles mentaux, mais avait menti aux autorités à ce sujet.