Kathleen Wynne a déclaré être «certaine» qu'elle ne sera plus la première ministre de l’Ontario après jeudi.

Kathleen Wynne reconnaît déjà sa défaite aux élections

TORONTO — La chef libérale ontarienne, Kathleen Wynne, a reconnu samedi que son parti perdrait les élections provinciales de la semaine prochaine, mais a exhorté les électeurs à élire le plus grand nombre de députés libéraux possible afin d’empêcher ses rivaux de former un gouvernement majoritaire.

La voix brisée par l’émotion, Mme Wynne a demandé aux électeurs de mettre de côté leurs sentiments à son égard et de soutenir les candidats libéraux afin qu’ils puissent surveiller le prochain gouvernement.

Son plaidoyer survient alors que le Parti libéral, qui traîne derrière le Parti progressiste-conservateur et le Nouveau Parti démocratique (NPD) dans les sondages, pourrait bien perdre le pouvoir après le scrutin du 7 juin.

«Si vous vous inquiétez de me faire élire ou de faire élire un gouvernement libéral, cela ne se produira pas, a déclaré la première ministre sortante. Nous avons donc besoin des libéraux à Queen’s Park pour empêcher l’un ou l’autre des autres partis de former un gouvernement majoritaire.»

La défaite annoncée ne l’inquiète pas outre mesure.

«Après jeudi, je ne serai plus la première ministre de l’Ontario. Et ça me va, a-t-elle dit. Parce que, comme je l’ai déjà dit tant de fois, ce n’est pas à propos de moi. C’est à propos des gens de cette province. C’est à propos de leur bien-être. Et de leur avenir. C’est à propos de leur emploi. Pas du mien.»

Kathleen Wynne n’a pas voulu dire si elle resterait chef des libéraux après l’élection et a refusé d’accorder son appui aux progressistes-conservateurs ou aux néo-démocrates.

Elle n’a pas non plus commenté la possibilité d’un vote stratégique, sempiternel enjeu des élections où les électeurs semblent en quête d’un changement.

La leader libérale a affirmé que, peu importe qui remporterait le scrutin, la population devrait souhaiter une minorité afin d’empêcher le futur gouvernement d’aller dans les extrêmes, que ce soit d’un côté ou de l’autre.

La décision de Mme Wynne n’a pas plu à la chef du NPD, Andrea Horwath, qui l’a accusée de «jouer un jeu dangereux» qui pourrait permettre aux progressistes-conservateurs de mettre la main sur le pouvoir.

«En réclamant un gouvernement minoritaire, elle demande en fait à avoir l’autorisation de continuer à exercer le pouvoir à Queen’s Park, une possibilité que les électeurs ont déjà rejetée», a indiqué Mme Horwath dans un communiqué.

«Maintenant, un vote pour Kathleen Wynne et un vote pour Doug Ford, c’est la même chose. N’allons pas de mal en pis.»

De son côté, M. Ford avait peu de choses à dire sur la déclaration de son adversaire libérale, soulignant seulement que les élections rimaient avec changement et que les gens en avaient assez des libéraux.

Interrogé à savoir s’il avait été surpris de la sortie de Mme Wynne, le leader progressiste-conservateur s’est contenté de dire que son équipe se concentrait sur la diffusion de son message.

Pendant ce temps, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui lui-même fera face à des élections qui s’annoncent difficiles l’automne prochain, a tenu à lui rendre hommage.

«Mme Wynne est une femme remarquable qui a servi sa province et notre pays avec énormément de sincérité. Bien sûr, quand on dirige un gouvernement, on présente des politiques qui ne sont pas aussi bien reçues par la population que ce qu’on espère, mais personne ne peut mettre en doute sa sincérité», a-t-il répondu aux journalistes qui lui demandaient de commenter la déclaration de la première ministre ontarienne.

Quant à l’identité de son prochain interlocuteur ontarien, M. Couillard a refusé de se prononcer, se contentant de dire qu’il souhaitait que «le prochain gouvernement maintienne la relation avec le Québec au même niveau, notamment dans la question commerciale et, surtout, dans la question des luttes aux changements climatiques».