Mathieu Belanger, journaliste au Droit, a pris part à un atelier sur le journalisme proposé par l’UMQ lors de ses Assises 2018.

Journalistes et élus: une relation complexe, mais essentielle

Une aura de mystère semble toujours planer sur le métier de journaliste aux yeux des élus municipaux.

Une chose est certaine, c’est devant une salle pleine que l’atelier « Comment apprivoiser le journaliste, cet animal étrange ? » a été présenté vendredi matin, aux Assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Sur scène, les journalistes Mathieu Bélanger (Le Droit) et Paule Vermot-Desroches (Le Nouvelliste), le maire de Shawinigan, Michel Angers, ainsi que l’attachée de presse du maire de Gatineau, Laurence Gillot, ont échangé sur leurs relations pendant un peu plus de 90 minutes, suscitant de nombreuses questions de l’auditoire d’élus municipaux.

D’entrée de jeu, M. Bélanger a évoqué cette relation difficile parsemée d’incompréhension entre journalistes et élus à l’aide d’une référence au titre de l’atelier.

« Chacun a sa faune, les élus aussi ont de beaux spécimens à observer. Si on parle de nous comme des animaux, c’est que les journalistes ont un peu échappé le ballon. On n’a pas assez bien fait pour faire comprendre qui on est. »

L’importance des journalistes

Au fil des échanges, les frustrations de part et d’autre ont été évoquées. Les journalistes peuvent se montrer impatients alors qu’il y a parfois des délais inévitables avant d’arriver à répondre à leurs demandes. À l’inverse, les élus et relationnistes vont occasionnellement retarder volontairement la divulgation d’information pour des raisons stratégiques, un aveu du maire Angers.

Cela dit, les difficultés financières du milieu de l’information, particulièrement de la presse écrite, ont été abordées de front. L’ensemble des panélistes s’entendaient pour dire qu’une fermeture massive de journaux serait une perte importante. La majorité des élus qui se sont avancés au micro pour poser des questions ont également fait écho à cette position.

« Je suis chanceuse d’avoir des médias de qualité à Gatineau qui peuvent nous aider à corriger des faussetés [sur les réseaux sociaux] », soutient Mme Gillot.

Premier dans la salle à se présenter au micro, le conseiller Denis Le Blanc de Varennes a rappelé que l’information semble accessible partout sur Google, mais qu’il ne faut pas faire l’erreur de croire qu’on peut se passer des médias traditionnels.

« Il faut protéger les professionnels qui produisent de l’information de qualité », a lancé M. Le Blanc.

Quand il est question de la fragilité économique de la presse écrite, l’enjeu des avis publics diffusés dans les journaux a été évoqué. Depuis l’adoption du projet de loi 122 sur l’autonomie des municipalités en 2017, les villes québécoises ne sont plus forcées de payer des espaces publicitaires dans les journaux locaux pour diffuser des avis publics (ils peuvent le faire uniquement sur leur site web).

Pour plusieurs publications, ce changement dans la loi a signifié une perte importante de revenus publicitaires. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec et de nombreux patrons de presse avaient d’ailleurs sonné l’alarme à l’époque.

Érick Rémy, conseiller à Boisbriand, a pris le micro pour indiquer que sa municipalité a maintenu le budget publicitaire autrefois réservé aux avis publics afin de promouvoir des initiatives de sa ville. Michel Angers a répondu que le conseil municipal de Shawinigan a pris des mesures similaires afin de soutenir les médias d’information locaux.