Jody Wilson-Raybould est invitée à comparaître à nouveau, au plus tard le jeudi 14 mars, dans l'affaire SNC-Lavalin.

Jody Wilson-Raybould pourra témoigner à nouveau

Les libéraux ont coupé court à une rencontre du comité permanent de la justice et des droits de la personne convoquée d’urgence par l’opposition, pour réitérer la demande d’inviter une seconde fois l’ancienne ministre Jody Wilson-Raybould à témoigner.

Après moins de 30 minutes, le libéral Francis Drouin a déposé une motion pour ajourner la réunion, ce qui a provoqué l’ire des conservateurs et des néo-démocrates. «Dégueulasse!», «Quelle honte!», «Lamentable», s’est-on écrié à la table.

En sortant, les députés de l’opposition n’avaient pas décoléré. «Nous nous attendons à une indignation massive chez les Canadiens qui suivent ce scandale de corruption avec grand intérêt», a lancé le conservateur Pierre Poilievre.

Les conservateurs tentaient de faire adopter une motion prévoyant que le comité invite Jody Wilson-Raybould «à comparaître au plus tard le jeudi 14 mars». Or, la question de l’invitation de témoins potentiels doit être discutée lors d’une réunion normale du comité, mardi prochain.

C’est ce qu’a fait valoir le député Drouin à la table du comité - un argument que n’a pas acheté le néo-démocrate Peter Julian: «Dire que la semaine prochaine, on va être différent, c’est un écran de fumée», a-t-il réagi en mêlée de presse.

« Bâillon »

L’opposition accuse Justin Trudeau de maintenir sur sa ministre démissionnaire un «bâillon» l’empêchant d’aborder «librement» les événements survenus en février, c’est-à-dire après le remaniement ayant mené à sa rétrogradation.

Le premier ministre a levé, fin février, le secret avocat-client qui liait l’ex-ministre de la Justice et procureure générale en émettant un décret couvrant la période au cours de laquelle des pressions auraient été exercées sur elle.

L’ancienne ministre argue que ce décret ne lui permet pas de dire toute sa «vérité».

Si cette situation changeait, elle serait prête à revenir témoigner en comité. «Je rappelle, comme je l’ai déjà dit, que ma déclaration au comité n’était pas un compte rendu complet des événements, mais seulement un résumé détaillé», a-t-elle déclaré il y a quelques jours.

Or, selon ce que l’on a réitéré au bureau du premier ministre, le décret a la portée nécessaire pour étudier «le fond de la question», déplorant au passage le fait que l’opposition tente de gagner des points politiques en revenant à la charge avec cette requête.

Conservateurs et néo-démocrates estiment que Jody Wilson-Raybould se base sur des avis juridiques que lui fournissent des conseillers dont elle a retenu les services - dont ceux de l’ancien juge de la Cour suprême Thomas Cromwell.

«Mme Wilson-Raybould a des conseillers juridiques (...) qui lui ont donné des conseils sur ce qu’elle pouvait et ne pouvait pas dire et elle estime qu’elle ne peut pas parler sur ces événements-là», a offert le conservateur Luc Berthold en mêlée de presse après la réunion du comité.

L’opposition compte mettre «tous les outils» à profit afin de maintenir la pression sur les libéraux dans ce dossier. On pourrait, par exemple, amener l’affaire sur le tapis de salles de réunion d’autres comités parlementaires, dont celui des finances.

«Certainement, les autres comités sont des endroits où nous pouvons tenter de faire un examen, si cela tombe dans le champ de compétence du comité», a soutenu la députée néo-démocrate Tracey Ramsey.