Jean Chrétien profite du 25e anniversaire de son élection à titre de premier ministre du Canada pour lancer un livre intitulé Mes histoires qui relate des souvenirs de ses 40 ans de vie politique.

Jean Chrétien: «Je faisais de mon mieux»

TROIS-RIVIÈRES — Vingt-cinq ans après avoir été élu une première fois comme premier ministre du Canada, Jean Chrétien se dit fier de ses 10 années passées à la barre du pays.
À 59 ans, Jean Chrétien devenait le 20e premier ministre du Canada en remportant l’élection du  25 octobre 1993 .

Le p’tit gars de Shawinigan devient le 20e premier ministre du pays lors de l’élection du 25 octobre 1993. De retour au bercail libéral en 1990 après une éclipse de quatre ans, le chef du PLC travaille durant trois ans à remonter ce parti chassé du pouvoir depuis 1984 par les conservateurs de Brian Mulroney.

Jean Chrétien a fait partie des politiciens impliqués dans le camp du Non lors du référendum de 1995.

Les efforts vont rapporter: Jean Chrétien conduit les libéraux fédéraux à la tête du gouvernement canadien grâce à une confortable majorité. Des 295 sièges que compte à l’époque la Chambre des communes, 178 sont occupés par un député libéral. L’opposition viendra principalement du Bloc québécois avec 54 députés et du Parti réformiste avec 52 représentants. Cette victoire de 1993 marque le pas pour celles de 1997 et de 2000.

«On a fait élire trois gouvernements majoritaires consécutifs. Ce n’est pas arrivé souvent au Canada. Et on a réussi à balancer les livres. Je faisais de mon mieux», raconte M. Chrétien, lors d’une entrevue accordée mardi au Nouvelliste.

À quelques semaines du déclenchement des élections en 1993, Jean Chrétien avait pris part à un match de balle molle entre des candidats québécois du PLC et les jeunes libéraux à Saint-Jean-Chrysostome, aujourd’hui un quartier de Lévis, au sud de Québec.

Le Canada reprend des couleurs en matière économique durant le séjour de 10 ans de Jean Chrétien à la tête du pays. Dès son arrivée en poste en 1993, le gouvernement Chrétien procède à une restructuration budgétaire du gouvernement canadien. Le niveau d’endettement du pays diminue et les budgets retrouvent leur équilibre. Le Canada affiche même un surplus budgétaire en 1998, une première en près de 30 ans. Mais cette orientation entraîne de sérieuses réductions des transferts aux provinces et diminue la prestation de certains services publics comme l’accès au programme d’assurance-emploi.

pour le Canada

Le premier mandat de Jean Chrétien se déroule alors que le Parti québécois mène les affaires du Québec à partir de septembre 1994. Jacques Parizeau dirige les troupes souverainistes en vue du référendum de 1995 et reçoit le précieux appui de Lucien Bouchard, qui assure une opposition musclée aux libéraux à Ottawa.

Le jour de l’élection de 1993, Jean Chrétien avait profité de la beauté de la rivière Saint-Maurice à Shawinigan.

Comme il l’avait fait lors du référendum sur la souveraineté du Québec de 1980, Jean Chrétien joue un rôle majeur dans le camp du Non durant la campagne référendaire de 1995. Celle-ci est notamment marquée par la visite à Montréal de dizaines de milliers de Canadiens des autres provinces venus affirmer leur attachement pour les Québécois à quelques jours du référendum tenu le 30 octobre.

Selon Jean Chrétien, le camp du Non était justifié de tenir ce grand rassemblement baptisé «Love in».

Jean Chrétien était candidat libéral pour une neuvième reprise dans le comté de Saint-Maurice en 1993.

«Le reste du Canada ne voulait pas que le Canada soit brisé, insiste-t-il. C’était un référendum qui allait affecter le reste du Canada qui ne pouvait rien dire. Ça n’aurait plus été le même pays et ils n’avaient rien à dire là-dedans? J’ai été élu au Québec pendant 35 ans. Je me mêlais de mes affaires. Mon pays était en jeu.»

À la suite de la très courte victoire du Non, le gouvernement Chrétien adopte la Loi sur la clarté référendaire en juin 2000. Cette loi affirme que le gouvernement canadien a le devoir de s’assurer de la clarté de la question posée lors d’un référendum portant sur la souveraineté ainsi que de l’expression d’une majorité claire.

En 1997, le candidat bloquiste Yves Duhaime avait livré une chaude lutte à Jean Chrétien dans Saint-Maurice.

Cette loi a soulevé l’ire de politiciens québécois. Homme coloré s’il en est un, Jean Chrétien a longtemps plaidé qu’on ne pouvait briser un pays parce qu’une personne avait oublié ses lunettes avant d’aller exprimer son choix lors d’un référendum. Les années passent, mais l’homme demeure ferme sur cette position.

«Lors des deux référendums, la première question avait 105 mots et l’autre en avait 80, des questions qui ne voulaient rien dire et tout dire en même temps. Les séparatistes voulaient cacher le but qu’ils avaient. Tous les polls (sondages d’opinion) disaient que si la question était claire, il y avait 22 % de la population qui voulait vraiment se séparer.»

La troisième victoire de Jean Chrétien en 2000 à titre de chef du Parti libéral du Canada sera sa dernière.

Jean Chrétien est reporté au pouvoir en juin 1997, mais le PLC perd du terrain. Le parti fait élire moins de députés qu’en 1993 (155), alors que le nombre de circonscriptions grimpe à 301.

Les libéraux font mieux à l’élection de novembre 2000. Quelque 172 candidats sont élus.

Jean Chrétien a quitté la politique le 12 décembre 2003.

Les années Chrétien sont marquées par différents dossiers. La création du programme des commandites visant à promouvoir l’unité canadienne aboutit à de sérieux dérapages donnant naissance au scandale des commandites. Une commission d’enquête est présidée par John Gomery. Jean Chrétien comparaît à cette commission en 2005. Il est blâmé par le juge Gomery. Le juge dit de Jean Chrétien qu’il est «redevable de la manière déficiente avec laquelle le programme et les initiatives de commandites ont été mis en œuvre».

Toujours sur la scène nationale, les discussions entourant l’adoption de la loi redéfinissant le mariage pour l’étendre aux conjoints de même sexe sont nombreuses.

Contre la guerre en Irak

À l’échelle internationale, le Canada ratifie le protocole de Kyoto en décembre 2002. En signant ce protocole visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Canada devient le 99e pays à y accorder son consentement.

Toutefois, la décision ayant fait le plus de bruit à l’époque est le refus du Canada de participer à l’invasion de l’Irak. Ce choix du gouvernement engendre un moment assez rare en ce 17 mars 2003: tous les députés libéraux, mais aussi ceux du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique se lèvent pour applaudir Jean Chrétien.

«C’était une façon de démontrer que le Canada était un pays indépendant. Je l’ai fait parce que c’était une bonne décision et qu’on n’était pas le 51e État américain. Je me souviens de la pression provenant des gouvernements américain et anglais, mais aussi des hommes d’affaires canadiens qui avaient peur que les Américains se vengent. Je leur avais dit: ‘‘Donnez-moi la liste des produits que les États américains achètent de nous et dont ils n’ont pas besoin.’’ J’attends encore la liste!»

Jean Chrétien quitte la politique en décembre 2003. Paul Martin, qui l’avait affronté durant la course à la direction du PLC en 1990, finit par lui succéder après une guerre intestine.

La politique, aujourd’hui

Vingt-cinq ans après avoir été élu premier ministre pour la première fois, Jean Chrétien reconnaît que la politique a bien changé, notamment en raison des nouveaux modes de communications.

«Avant, ça prenait deux semaines pour connaître une nouvelle. Aujourd’hui, on sait en trois secondes qu’il y a un tremblement de terre au Japon avant que les Japonais le réalisent.»

M. Chrétien se fait critique de la façon dont certaines nouvelles circulent. Il soulève le fait que des gens prennent des nouvelles véhiculées par les réseaux sociaux sans être sûrs de leur véracité. C’est la raison pour laquelle il croit que le gouvernement canadien doit appuyer les médias traditionnels dans leur bataille afin d’assurer leur pérennité.

«La publicité est en chute dans les journaux, car ça va sur Internet. Il y a beaucoup de pays qui aident les journaux, je sais que la Finlande le fait. On a besoin d’un journal comme Le Nouvelliste en Mauricie. Le gouvernement devrait aider. Je suis d’accord avec ça. Sous quelle forme? C’est à eux de voir. Mais j’espère qu’ils vont faire quelque chose. Sinon, les gens ne sauront pas ce qui se passe à l’hôtel de ville, les investissements qui se font. C’est important que les gens connaissent ce qui se passe là où ils vivent.»