Jean Chrétien a reçu un diplôme honorifique du Collège Shawinigan. On le voit ici avec le directeur général, Éric Milette, et Jocelyn Milette, président du conseil d’administration.

Jean Chrétien honoré

SHAWINIGAN — Malgré ses 84 ans bien comptés, l’ancien premier ministre Jean Chrétien est toujours prêt à donner son opinion sur les sujets chauds de l’actualité lorsqu’il se retrouve avec un ou des micros sous le nez!

Celui qui a dirigé la destinée du Canada entre 1993 et 2003 ne s’est pas fait prier lorsque les représentants des médias lui ont demandé de répondre à quelques questions, en fin de journée mercredi, alors qu’il participait au cocktail-bénéfice annuel de la Fondation du Collège Shawinigan. Il agissait d’ailleurs à titre de président d’honneur de l’activité qui s’est déroulée dans la bibliothèque de la maison d’enseignement collégial.

Questionné à propos de la présente renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre le Canada et les États-Unis, il a indiqué qu’il ne croit pas que le président Donald Trump parviendra à convaincre Justin Trudeau d’accepter les modifications qu’il veut apporter à l’accord ratifié également par le Mexique.

«Ça va être très difficile pour M. Trump de défaire une omelette! Avez-vous déjà essayé ça? C’est dur. Par exemple, le pacte de l’automobile, ça existe depuis 1965. [...] Dans des accords comme celui-là, il y a toujours des différends. Il y en avait également dans mon temps, notamment relativement aux pêcheries et au bois d’œuvre. On ne peut pas faire deux milliards de dollars de commerce par jour et ne pas avoir de problèmes», a-t-il indiqué.

Relativement à l’épineuse question de la gestion de l’offre, qui constitue un des principaux points en litige dans ce bras de fer entre les deux pays, M. Chrétien ne pense pas qu’elle sera abandonnée. Il croit plutôt que cette disposition sera modifiée afin de mieux répondre à la réalité d’aujourd’hui.

«Il y a des éléments qui sont nouveaux là-dedans qui n’existaient pas quand j’étais là. Il faut faire des ajustements. Mais [il est vrai que] ce régime-là ne va pas très bien avec le libre-échange. C’est exactement le contraire. C’est difficile de dire que je suis un libre-échangiste, mais pas pour ça. Mais eux aussi [les Américains] ont leurs problèmes. Ils donnent beaucoup à leurs fermiers. Ce n’est pas du libre-échange lorsqu’on se fait concurrence avec des produits qui ont des subventions. Mais je ne suis plus là et ce n’est plus moi qui négocie. J’ai été là pendant 10 ans et quand nous avions des problèmes, on les réglait! Ça ne faisait pas du ‘‘chichi’’ comme ça», a-t-il poursuivi.

Campagne provinciale
Même s’il tient à préciser qu’il n’est plus en politique, le «p’tit gars de Shawinigan» avoue qu’il suit tout de même la présente campagne électorale provinciale avant de rappeler candidement qu’il est un libéral...

«Je trouve ça intéressant. Ça va trop bien, alors il faut changer de gouvernement, a-t-il lancé avec ironie. Mais si on veut que ça continue bien, on est mieux de ne pas changer. Nous avons un surplus et on se promène dans la ville de Shawinigan et on voit [des affiches] ‘‘nous embauchons’’. On ne voyait pas ça autrefois. Partout au Québec, on manque de main-d’œuvre et il y a moins de chômeurs au Québec qu’en Ontario. Il n’y a pas de griefs à avoir.»

Un livre
Pendant son allocution devant les nombreuses personnes présentes, l’ancien politicien qui ne se dit toujours pas retraité – il travaille encore comme avocat – a confié qu’il avait écrit un livre afin de célébrer le 25e anniversaire de son élection comme premier ministre. Il s’agit en quelque sorte d’un recueil dans lequel il raconte des anecdotes qui ont ponctué sa vie. Il y est notamment question d’une rencontre avec Maurice Duplessis alors qu’il venait de terminer ses études au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. Il semble que le premier ministre du Québec et député de Trois-Rivières de l’époque avait eu une drôle de réaction lorsqu’il s’était rendu compte qui étaient le père et le grand-père du jeune homme qui venait de se présenter à lui.

«Il m’a dit: ‘‘tu es un maudit rouge’’», a-t-il raconté avant de retourner fraterniser avec les convives et aller se chercher une «Molson» au bar, faisant référence à la vente de la microbrasserie Le Trou du Diable – dont les produits étaient servis – au géant Molson Coors.

Un bel honneur
Sollicité de toute part pour participer à des activités-bénéfices comme celle de la Fondation du Collège Shawinigan, il avoue que son emploi du temps ne lui permet pas d’accepter beaucoup de ces offres. Mais lorsqu’il a reçu celle de la Fondation du Collège Shawinigan, il n’a pas eu à réfléchir bien longtemps avant d’accepter. Il rappelle d’ailleurs qu’il y a enseigné le droit alors qu’il était un jeune avocat et qu’il n’avait pas encore fait le saut en politique. L’établissement était alors connu sous le nom d’École de technologie de Shawinigan.

«Le cours était à sept heures le matin. Les étudiants se levaient tôt à l’époque!», a-t-il dit.

M. Chrétien a également pris part à une causerie avec des étudiants et des membres du personnel du Collège. Cette rencontre a précédé l’activité au cours de laquelle il a reçu un diplôme honorifique ainsi qu’une toile de l’artiste-peintre Lynn Garceau.

Par ailleurs, ce cocktail-bénéfice s’inscrivait dans les festivités entourant le 50e anniversaire de la maison d’enseignement shawiniganaise.