La directrice du Centre multiethnique de Québec, Dominique Lachance, s’interroge sur la place qu’auront les réfugiés et les conjointes des immigrants sélectionnés dans le plan caquiste.

Immigration: une vision «réductrice» de la CAQ

La nouvelle façon de sélectionner les immigrants risque de favoriser la venue d’hommes européens blancs et francophones au Québec, au détriment d’une immigration variée et multiculturelle, craint un regroupement d’organismes communautaires.

«La vision de l’immigration est un peu simpliste. […] On oublie qu’on parle aussi de personnes», commente Veronica Islas, représentante de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), qui regroupe environ 150 organismes.

De passage lundi en commission parlementaire pour discuter de la planification de l’immigration 2020-2022, Mme Islas et ses collègues Eva Lopez et Dominique Lachance ont critiqué la vision «réductrice» et «utilitariste» que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) semble avoir de l’immigration. Selon elles, vouloir se servir des nouveaux arrivants seulement pour combler les besoins de main-d’œuvre des entreprises entraînera une immigration plus homogène au Québec. 

Moins de femmes

La TCRI dénonce la volonté du gouvernement de hausser seulement le nombre d’immigrants économiques, laissant de côté les réfugiés et les personnes qui profitent de la réunification familiale. Ces deux catégories d’immigration seraient gelées jusqu’en 2022 selon le plan de la CAQ. 

«On les considère comme un fardeau», déplore Mme Lachance. La directrice du Centre multiethnique de Québec explique qu’on doit plutôt considérer les réfugiés comme un apport économique au Québec, étant donné que ceux-ci finissent pas payer des impôts qui surpassent les prestations et les services d’aide reçus. «C’est peut-être un peu plus long, mais c’est un investissement à long terme» pour la société, croit-elle. Surtout que les réfugiés ont tendance à rester davantage au Québec que les immigrants économiques, qui sont plus mobiles. 

La TCRI est d’avis que le plan d’immigration proposé par la CAQ fera en sorte qu’au final, moins de femmes immigreront au Québec, étant donné qu’elles sont plus nombreuses dans la catégorie du regroupement familial (58 %). «La femme va devoir attendre longtemps avant d’aller rejoindre son mari», redoute Mme Lopez. Souvent, «cette absence est très difficile à tenir» pour le conjoint qui est déjà arrivé dans son pays d’accueil et qui occupe un emploi.

«Privatisation» 

Le fait que les employeurs vont dorénavant pouvoir sélectionner à l’international les travailleurs dont ils ont besoin risque également de changer la donne selon la TCRI, qui craint une «privatisation» de l’immigration. À ce chapitre, le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette a soutenu que le gouvernement du Québec gardera le pouvoir de sélectionner ses immigrants et qu’il n’y aura pas de privatisation. «Je vous rassure, on n’est pas là du tout.»

«Ce nouveau modèle ne va-t-il pas conduire à choisir des immigrants européens et blancs, allant à l’encontre de décennies de diversification régionale et culturelle de l’immigration?» s’inquiète le regroupement dans son mémoire. 

Parce que selon Mme Lopez, dans le monde du travail, «il y a de la discrimination, il y a du racisme, il faut pas se le cacher». Par exemple, elle rencontre souvent des immigrants qui changent de prénom sur leur CV pour avoir une chance d’être convoqués en entrevue.

Nouveau plan de match

Rappelons que la CAQ a abaissé les seuils d’immigration au Québec à 40 000 personnes en 2019, afin de «réparer» le système d’immigration, indique le ministre Jolin-Barrette. Rehausser les seuils à 52 000 personnes équivaut à un retour en 2022 au nombre d’immigrants qui prévalait en 2018 sous les libéraux de Philippe Couillard.

La consultation générale sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2020-2022 se déroule toute la semaine à l’Assemblée nationale. Les parlementaires entendront les commentaires de 31 groupes d’ici jeudi. Le gouvernement a ensuite jusqu’au 1er novembre pour livrer son plan de match final pour les trois prochaines années.