La porte-parole du NPD en matière d’immigration, Jenny Kwan

Immigration: une lettre envoyée par le gouvernement suscite la controverse

Une lettre envoyée par un agent d’immigration canadien à un couple, et qui remet en question la légitimité de leur mariage, comprend un libellé qu’une députée néo-démocrate qualifie de «choquant et insultant».

La porte-parole du NPD en matière d’immigration, Jenny Kwan, a demandé au ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, de se pencher sur ce qu’elle appelle un problème systémique dans la façon dont son ministère traite les demandes de parrainage conjugal.

Mme Kwan a déclaré que «c’est complètement inapproprié (...) offensant et insultant».

La lettre, envoyée à une candidate pakistanaise par un agent d’immigration canadien établi à Londres, indique que sa demande de résidence permanente semble suspecte pour un certain nombre de raisons - notamment parce qu’elle a trois ans de plus que son mari, un citoyen canadien qui vit au Canada depuis 2005.

«Vous et votre parrain (mari) ne semblez pas bien appariés», indique la lettre, dont une copie a été fournie à La Presse canadienne.

«Vous avez trois ans de plus que lui, il vient d’une ville à quatre heures d’où vous vivez et vous n’êtes pas apparentés, donc on ne sait pas pourquoi le jumelage (entre vous deux) a été fait.»

Il est inhabituel pour les hommes pakistanais d’épouser des femmes plus âgées, surtout si elles ne leur sont pas apparentées, écrit cet agent d’immigration anonyme. Il note également que leur liste d’invités de mariage de 123 personnes était petite par rapport aux mariages pakistanais traditionnels.

«Cette apparente déviation de la norme culturelle soulève des préoccupations que votre mariage puisse avoir eu lieu afin que vous puissiez obtenir la résidence permanente au Canada», écrit-il.

Mme Kwan dit qu’elle a effectué un suivi auprès du ministère, seulement pour constater que des lettres contenant un tel langage sont régulièrement envoyées aux demandeurs de parrainage du conjoint du Pakistan afin de «susciter une réponse».

«Qui sont-ils pour juger si ce mariage est bien assorti ou non?, demande Mme Kwan. C’est une chose de dire: ‘Je ne crois pas à l’authenticité de ce mariage’, c’en est une autre de juger de la qualité du mariage (...) Je trouve cela insultant.»

Mme Kwan a soulevé le dossier lors de la période des questions cette semaine, et encore une fois après de M. Hussen lors d’une réunion d’un comité de la Chambre des communes jeudi, en demandant au gouvernement de revoir son traitement des parrains de conjoint.

Le premier ministre Justin Trudeau a défendu le programme pendant la période des questions. Il s’est dit heureux que son gouvernement ait réduit l’arriéré des demandes de parrainage conjugal et les délais d’attente de douze à deux mois.

«Nous savons également qu’il reste encore beaucoup à faire», a déclaré M. Trudeau.

Des améliorations ont été apportées au programme et l’examen des demandes de parrainage conjugal est une partie importante du travail de son ministère, a ajouté M. Hussen.

«Notre ministère continue de maintenir des mesures de protection contre la fraude conjugale et d’autres menaces à l’intégrité du programme.»

En effet, il n’est pas rare que le ministre de l’Immigration intervienne dans des causes de parrainage conjugal devant les tribunaux.

La semaine dernière, un juge de la Cour fédérale a rejeté une demande de contrôle judiciaire du bureau de M. Hussen dans une affaire de conjoint qui avait été rejetée au départ, puis gagnée en appel. Le ministère a estimé qu’il y avait des preuves contredisant l’affirmation de la femme selon laquelle son mariage avec un Nigérian en 2014 était légitime.