En chambre, la ministre caquiste s’est servie des constats du rapport pour marteler que la CAQ allait être beaucoup plus proactive pour franciser les immigrants que ne l’a été le Parti libéral du Québec ces dernières années, sans toutefois offrir de plan d’action précis.

Gros problème de francisation au travail, selon la ministre Roy

Inquiète que seulement 56 % des immigrants parlent français au travail, la ministre de la Culture, des Communications et de la Langue française Nathalie Roy dénonce «un gros problème de francisation au travail».

Un volumineux rapport de plus de 1000 pages de l’Office québécois de la langue française (OQLF) a été dévoilé vendredi matin, juste avant que la ministre Roy se fasse interpeller pendant deux heures au Salon bleu sur la question.

En chambre, la ministre caquiste s’est servie des constats du rapport pour marteler que la CAQ allait être beaucoup plus proactive pour franciser les immigrants que ne l’a été le Parti libéral du Québec ces dernières années, sans toutefois offrir de plan d’action précis. 

La ministre a par exemple l’intention de soutenir un projet-pilote qu’elle qualifie d’«extraordinaire». Des étudiants universitaires en langues vont rencontrer dans leur commerce ou sur leur lieu de travail de nouveaux arrivants qui n’ont pas le temps de s’asseoir en classe pour apprendre le français. Ce projet-pilote qui a démarré à Montréal s’étend maintenant à Laval, à Longueuil et à Sherbrooke. 

Le rapport de l’OQLF indique qu’au travail, «l’usage unique du français est passé de 60% en 2011 à 56 % en 2016». 

Il dépeint également une «nouvelle réalité», selon la ministre Roy. Le fait que le nombre d’anglophones diminue au Québec, alors que le nombre d’allophones (qui ne parlent ni anglais, ni français), augmente. 

«Bonjour, hi»

L’expression «bonjour, hi» pour accueillir les clients progresse dans les commerces de Montréal. La proportion de commerces offrant uniquement un accueil en français a reculé entre 2010 et 2017, passant de 84 % à 75 %. «Je trouve ça inquiétant», indique Mme Roy. 

Par contre, lorsque vient le temps de se faire servir dans ces mêmes commerces, l’utilisation du français est stable, à 96 %. «L’incapacité de se faire servir en français est donc demeurée marginale», indique l’OQLF. 

Le Parti québécois réclame que la Charte de la langue française soit renforcée. Notamment pour imposer des obligations aux entreprises de moins de 50 employés. Une avenue que la ministre ne souhaite pas emprunter. 

Mme Roy évalue qu’il y a eu «du laxisme» au cours des dernières années et il faut seulement s’assurer que la Charte soit appliquée. «Il faut le faire de façon positive, avec coeur, avec amour et non par la coercition», dit-elle. 

Le député péquiste Joël Arseneau déplore que la ministre n’ait rien à proposer qui donnera des résultats concrets. «La ministre ne veut pas faire davantage que le Parti libéral tout en le critiquant.»

M. Arseneau dénonce aussi le fait que cet important rapport de l’OQLF ait été dévoilé quelques minutes avant qu’il ne pose ses questions à la ministre, sans qu’il ait pu le lire. «À l’évidence, il y a eu ingérence de la part de la ministre ou de son entourage pour que ce rapport-là, commodément, soit publié une demi-heure avant l’interpellation.» Il ajoute que le gouvernement n’a pas le droit de mettre «à son service politique» un organisme indépendant. 

Ce à quoi la ministre réplique qu’elle n’a fait que dire oui à la publication des chiffres lorsque Ginette Galarneau, nouvelle présidente de l’OQLF, lui a dit qu’ils étaient prêts. 

Mme Roy précise qu’elle demande depuis l’automne dernier que ces études soient dévoilées. Ces chiffres étaient attendus depuis 12 ans, alors que l’OQLF a le devoir de publier ce type de statistiques tous les 5 ans, indique Mme Roy. «Pourquoi est-ce que ces études-là - la plupart étaient prêtes -, dormaient sur les tablettes durant tout le règne du Parti libéral du Québec?», demande-t-elle.

+

EN CHIFFRES

45 %

des Québécois se déclarent bilingues en 2016 (28 % en 1971)

94 %

des Québécois se déclarent capables de soutenir une conversation en français

90 %

des élèves fréquentent une école de langue française

Source: Office québécois de la langue française