Le système fédéral de tarification sur le carbone prévoit des frais fédéraux de 50$ la tonne de carburant d’ici 2022. Mais le DPB estime qu’une tarification supplémentaire de 6 $ la tonne en 2023 à 52 $ la tonne en 2030 serait nécessaire pour combler l’écart et atteindre les cibles.

GES: Ottawa devra taxer davantage pour atteindre sa cible de l'Accord de Paris

OTTAWA — Le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, estime que le prix sur le carbone devra être beaucoup plus élevé dans les prochaines années si le Canada veut atteindre ses propres cibles de l'Accord de Paris sur les changements climatiques en 2030.

Selon son rapport, dévoilé jeudi, ce prix devra s’élever à 102 $ la tonne en 2030 pour les provinces soumises à la tarification fédérale sur le carbone - soit le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan - afin de respecter les cibles.

L’Alberta, qui a abrogé sa «taxe carbone», s’ajoutera à la liste à compter du 1er janvier 2020, a annoncé le gouvernement fédéral en fin de journée.

Le gouvernement Trudeau a déjà annoncé son intention d’augmenter de façon graduelle la tarification du carbone - qui coûte 20 $ la tonne cette année - de 10 $ par an pour atteindre 50 $ en 2022.

Le DPB admet avoir décidé de mener cette étude de son propre chef pour tenter d’établir un prix sur le carbone à partir de 2023. Il est d’avis qu’une tarification supplémentaire de 6 $ la tonne sera nécessaire en 2023, puis qu’elle devra augmenter de 52 $ la tonne en 2030 pour atteindre les cibles.

«C’est doubler, essentiellement, la tarification du carbone qui est actuellement prévue», résume M. Giroux.

Les provinces qui ont déjà un plan - comme le Québec ou la Colombie-Britannique - devront continuer de bonifier leur stratégie de manière à atteindre les cibles de diminution des gaz à effet de serre et ainsi éviter d’être soumises à des taxes supplémentaires du fédéral, prévoit M. Giroux.

Pas question, répond McKenna

Jeudi après-midi, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a fermé la porte à la possibilité d’augmenter le prix sur le carbone après 2022. Elle a aussi répété que le Canada allait atteindre ses cibles.

«Nous avons un plan qui fonctionne déjà sur les changements climatiques, a-t-elle tranché. C’est un plan qui inclut des mesures comme éliminer le charbon, un prix sur la pollution, des investissements historiques dans les (énergies) renouvelables, dans le transport en commun», a détaillé la ministre.

Le rapport du DPB ne tient pas compte de toutes les mesures en place pour réduire les gaz à effet de serre, a ajouté Mme McKenna.

Cela n’a pas empêché le Parti conservateur du Canada de faire ses choux gras sur cette question toute la journée de jeudi.

«La taxe sur le carbone de Trudeau n’est pas un plan sur les émissions, c’est un plan pour prendre votre argent», a réagi Andrew Scheer sur Twitter, en dénonçant la possible hausse du prix de l’essence de 22 cents, par rapport au prix de 2018, qui a été évoquée par le directeur parlementaire du budget.

Les conservateurs prévoient dévoiler leur propre plan en environnement - qui n’inclut pas de prix sur le carbone - la semaine prochaine, à Gatineau. M. Scheer n’a pas voulu dire s’il allait de son côté respecter les cibles de Paris.

Un écart à combler

Les estimations d’Environnement et Changement climatique Canada prévoient que les émissions de gaz à effet de serre (GES) passeront de 704 mégatonnes en 2016 à 592 mégatonnes en 2030 avec la tarification sur le carbone en vigueur, peut-on lire dans le document présenté par le DPB.

Il y aura donc un écart de 79 mégatonnes d’émissions de GES qui restera à combler pour atteindre les cibles de l’accord de Paris.

Or, le rapport du DPB se base sur des prévisions. Selon la croissance économique et les prix du pétrole et du gaz naturel, le Canada pourrait s’éloigner ou se rapprocher des cibles de l’Accord de Paris. Le rapport ne tient pas non plus compte des changements des approches alternatives pour réduire les GES.

Le Canada prévoit réduire les émissions de GES de 30 pour cent par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Cela se traduirait par une cible d’émissions de 513 mégatonnes de CO2 en 2030. Le gouvernement Trudeau a choisi de conserver les cibles du gouvernement précédent.

L’objectif de l’Accord de Paris est de limiter l’augmentation de la température mondiale de 1,5 à 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle.