Engagé dans une querelle commerciale avec l’administration de Donald Trump, le gouvernement de Justin Trudeau tranche que la diplomatie par l’injure n’est pas l’approche qu’il préconise.

G7: Ottawa ne veut pas d’une guerre de mots avec Trump

Déjà engagé dans une querelle commerciale avec l’administration Trump, le gouvernement Trudeau n’a pas l’intention de faire grimper la pression encore davantage en se lançant dans une guerre d’insultes avec son voisin du sud, a déclaré dimanche la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

La diplomatie par l’injure n’est de toute façon pas l’approche que préconise le Canada, a-t-elle tranché en mêlée de presse au Château Frontenac, quelques heures après que le président américain Donald Trump eut désavoué le communiqué final du sommet du G7 — chose qu’il a faite en se livrant à une charge personnelle sans précédent contre le premier ministre Justin Trudeau.

«Le Canada ne croit pas que les attaques ad hominem sont une manière particulièrement appropriée ou utile de gérer nos relations avec les autres pays», a lancé la ministre Freeland, ajoutant que «la chose qui est vraiment une insulte, c’est la décision du côté américain d’imposer les surtaxes sur l’acier et l’aluminium canadien», un geste «illégal, injustifié et insultant».

Lorsqu’on lui a demandé si Ottawa et Washington étaient désormais véritablement engagés dans une querelle diplomatique, elle a répondu qu’il existait «certainement un contraste important dans les positions», et que selon elle, «la chose qui importe le plus, ce sont les actions et non les mots».

Elle a réitéré que le gouvernement canadien avait toujours l’intention de riposter avec des mesures de rétorsion réciproques, le 1er juillet, et ce, malgré la colère présidentielle. «Nous faisons cela davantage avec regret qu’avec colère. Nous regrettons avoir eu besoin de prendre cette mesure, mais nous n’avons pas le choix», a offert la diplomate en chef du Canada.

Le président des États-Unis y est allé d’une spectaculaire volte-face sur Twitter, samedi soir, écrivant qu’il ordonnait à ses représentants de ne pas signer le communiqué. Celui-ci, qui venait tout juste d’être rendu public lorsque Donald Trump a gazouillé, avait obtenu le sceau d’approbation de toutes les délégations, a assuré dimanche une source gouvernementale canadienne.

Mais le dirigeant américain ne s’est pas contenté d’annoncer qu’il n’adhérait pas au texte du groupe des sept. Il l’a fait en taxant son homologue Justin Trudeau de «malhonnête» et de «faible», entre autres épithètes. Et dimanche, la Maison-Blanche a envoyé deux proches du président à la télévision pour jeter de l’huile sur le feu.

En entrevue au réseau américain CNN, le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow, a déclaré que le dirigeant canadien avait «poignardé dans le dos» la délégation américaine. Puis, sur les ondes de Fox News, le conseiller au commerce Peter Navarro a ajouté davantage de vitriol.

«Il y a une place spéciale en enfer pour tout dirigeant étranger qui fait preuve de mauvaise foi diplomatique avec le président Donald J. Trump et qui tente ensuite de le poignarder dans le dos alors qu’il se dirige vers la porte», a-t-il lancé sur les ondes du réseau favori du président.

Malgré cette rixe entre voisins, les pourparlers entourant la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivront, a signalé la ministre Freeland. «J’ai eu vendredi une réunion avec l’ambassadeur [Robert] Lighthizer, avec qui je vais parler encore une fois cet après-midi [dimanche].»

Le premier ministre Justin Trudeau, lui, a refusé de commenter la situation, dimanche, alors qu’il était au Château Frontenac, à Québec, pour une série de rencontres bilatérales avec certains dirigeants des pays invités du sommet du G7. À son arrivée et à sa sortie, il est passé en coup de vent devant les journalistes qui s’étaient massés dans le lobby.

Il a néanmoins publié un message sur son compte Twitter. «L’accord historique que nous avons conclu au  #G7Charlevoix favorisera la prospérité des citoyens et l’économie, protégera la démocratie, préservera l’environnement et garantira les droits des femmes et des filles dans le monde. C’est ce qui compte», a-t-il écrit.

«Colères» et «petits mots»

Le coup d’éclat de Donald Trump a déclenché une avalanche de réactions, dimanche.

La France a réagi à la désolidarisation de l’administration Trump par voie de communiqué en plaidant que «la coopération internationale ne peut dépendre de colères ou de petits mots» et en assurant «que La France et l’Europe maintiennent leur soutien» au communiqué final de La Malbaie.

«Nous avons passé deux jours à avoir un texte et des engagements. Nous nous y tenons, et quiconque les quitterait le dos tourné montre son incohérence et son inconsistance», a noté la présidence. «Soyons sérieux et dignes de nos peuples. Nous nous engageons et nous tenons», a indiqué le palais de l’Élysée.

La chancelière allemande Angela Merkel a elle aussi réaffirmé son soutien au communiqué du sommet du G7.

De son côté, le président du Conseil européen, Donald Tusk, qui était à La Malbaie pour la rencontre, a voulu faire contrepoids aux salves en provenance de la Maison-Blanche. «Il y a une place spéciale au paradis pour Justin Trudeau. Canada, merci pour l’organisation impeccable du G7», a-t-il gazouillé, dimanche.

Le prochain rendez-vous des leaders du G7 aura lieu à Biarritz, en France, en 2019.