Le premier ministre ontarien Doug Ford et son homologue de la Saskatchewan Scott Moe ont fait cette annonce jeudi, à l'occasion de la réunion estivale du Conseil de la fédération.

Front commun Ontario-Saskatchewan contre Ottawa et la tarification du carbone

ST. ANDREWS, N.-B. — Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a annoncé jeudi que sa province sera partie prenante du renvoi soumis par la Saskatchewan pour contester devant les tribunaux la tarification du carbone imposée par Ottawa.

M. Ford s’est joint jeudi matin à son homologue saskatchewanais, Scott Moe, pour dénoncer le projet fédéral, avant l’ouverture officielle de la rencontre de deux jours des premiers ministres des provinces et territoires. La réunion estivale du Conseil de la fédération s’est amorcée jeudi à St. Andrews, au Nouveau-Brunswick. Les premiers ministres Ford et Moe avaient eu auparavant une rencontre bilatérale, mercredi soir, et ils ont offert un point de presse commun, jeudi matin.

Le premier ministre Ford a assuré que les deux provinces sont «exactement sur la même longueur d’onde» au sujet de la tarification du carbone. Il a ensuite prévenu que l’Ontario utilisera tous les outils à sa disposition pour contester une «mauvaise taxe» qui, selon lui, «nuira aux familles et aux entreprises». M. Moe soutient de son côté qu’une taxe unique ne tient pas compte de la diversité de l’économie canadienne.

Le gouvernement Ford a déjà entrepris de démanteler le système ontarien de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre — le «marché du carbone», d’abord mis sur pied par le Québec et la Californie. La tarification du carbone exigée par le plan fédéral commencerait à 20 $ la tonne, et passerait à 50 $ la tonne d’ici 2022.

Le premier ministre Moe a résumé ainsi l’état des choses: «Nous avons deux provinces qui se conforment à la loi, deux provinces devant les tribunaux, et le reste du pays qui n’atteint pas les cibles fédérales.» Les deux hommes ont ensuite quitté le lutrin sur les pelouses de l’hôtel sans prendre de questions des journalistes.

L’hôte de la rencontre, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, a émergé plus tard avec l’ambassadeur du Canada à Washington, David MacNaughton, qui venait de proposer aux premiers ministres différents moyens de régler les litiges commerciaux avec les États-Unis.

M. Gallant a réitéré que sa province maintenait le cap sur son plan de tarification du carbone, tout en gardant un oeil sur ce que les autres provinces mettront en place. «Nous sommes disposés à réviser nos façons de faire pour nous assurer qu’elles sont concurrentielles, que nous continuons de faire croître notre économie», a déclaré M. Gallant. «Nous devons attendre de voir les propositions des autres provinces.»

La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a affirmé que le gouvernement Ford ne devrait pas utiliser l’argent des contribuables dans une contestation coûteuse devant les tribunaux.

«Il est décevant que l’Ontario dépense 30 millions $ de l’argent des contribuables pour combattre le leadership en matière de climat. Notre gouvernement a un plan pour protéger l’environnement et faire croître l’économie et il fonctionne», a dit Mme McKenna, jeudi.

Couillard défend la tarification du carbone

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a affirmé que son gouvernement croyait fermement à l’idée que la lutte contre les changements climatiques «doit comporter un mécanisme de fixation de prix sur le carbone».

«Les principes sont déjà établis. Vous savez, on a créé le marché du carbone avant la loi fédérale, ou les interventions fédérales sur le sujet, et notre marché du carbone, il existe, et il continuera d’exister. Donc, on a déjà affirmé et pleinement exercé notre juridiction en cette matière-là», a-t-il fait valoir.

Concernant les divergences entre les provinces sur cette question, M. Couillard a dit croire que le Québec était un très bon exemple du mariage entre le marché du carbone et la croissance de l’économie.

«S’il y a un endroit où on a démontré qu’on peut avoir une tarification du carbone et avoir une croissance économique de très fort niveau, c’est bien au Québec. (..) Ceux qui disent que la tarification du carbone nuit à l’économie, on en est le contre-exemple vivant au Québec», a-t-il argué.

Questionné sur son bref premier contact avec son nouvel homologue de l’Ontario, Doug Ford, M. Couillard a soutenu qu’ils s’entendaient sur plusieurs points.

«Bien sûr, il y a un sujet sur lequel nous avons des désaccords, la question du changement climatique, mais sur la question de l’économie, de l’agriculture, et également sur les aspects de la situation des demandeurs d’asile, on est en accord complet. Et je crois que c’est important de le souligner, parce que nos entrepreneurs, nos agriculteurs, veulent nous voir travailler ensemble», a dit M. Couillard.

Selon lui, les discours des deux provinces concernant les demandeurs d’asile sont les mêmes, puisque le gouvernement de Doug Ford dit au fédéral vouloir «être compensé pour les coûts qui sont les nôtres dans les services sous juridiction provinciale».

Une lettre aux gouverneurs

Au côté de l’hôte de la rencontre, l’ambassadeur MacNaughton a affirmé que les premiers ministres avaient été d’un bon secours pour tendre la main aux politiciens et aux entreprises aux États-Unis.

«Nous devons dans une prochaine étape rejoindre les citoyens américains. Nous devons approcher ceux qui pourraient ne pas être encore convaincus ou ceux qui ont des vues différentes ou qui sont opposés au commerce pour des motifs idéologiques», a-t-il toutefois ajouté.

Jeudi, les premiers ministres des provinces et des territoires ont dévoilé une lettre transmise à tous les gouverneurs d’États américains, dans laquelle ils soulignent que le Canada et les États-Unis ont «bâti le partenariat économique le plus concurrentiel et novateur au monde».

«À titre de gouverneurs et de premiers ministres des provinces et territoires, [...] nous pouvons témoigner directement de l’impact que peuvent avoir des politiques adoptées à des milliers de kilomètres sur la vie quotidienne de nos citoyens», écrivent-ils.

«Les récentes mesures protectionnistes adoptées par l’administration américaine n’ont pas seulement affecté les Canadiens de manière injuste et négative, mais ont aussi eu des répercussions néfastes sur vos industries, vos travailleurs et vos familles», ajoutent les premiers ministres.

La lettre invite à «approfondir la collaboration existante» pour «faire en sorte que cette alliance entre les deux pays demeure solide et se poursuive pendant de nombreuses années».