Chrystia Freeland s’est rendue à Washington à plusieurs reprises ces dernières semaines, participant aux négociations de haut niveau de l’ALENA.

Freeland à Washington à un moment critique des négos sur l’ALENA

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, se rendra à Washington pour une visite de deux jours à compter de mardi, alors qu’un certain pessimisme flotte sur les pourparlers du nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), dont l’issue semble improbable.

Mme Freeland s’est rendue dans la capitale américaine à plusieurs reprises ces dernières semaines, participant aux négociations de haut niveau de l’ALENA avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo.

Le bureau de Mme Freeland ne veut pas préciser si le but principal de la visite de la ministre est de poursuivre ces pourparlers. Le premier ministre Justin Trudeau a discuté au téléphone, ces derniers jours, avec le président américain Donald Trump et le président mexicain Enrique Peña Nieto, même si l’espoir de conclure un accord s’atténue.

Le temps presse : la dernière exemption du Canada pour les tarifs américains potentiellement prohibitifs sur les importations d’acier et d’aluminium expire le 1er juin et certains observateurs craignent qu’elle ne soit pas renouvelée sans la conclusion d’un nouvel ALENA.

Les trois pays ont travaillé sans relâche dans l’espoir d’obtenir un accord à temps pour que le Congrès américain actuel puisse voter sur une nouvelle version de l’ALENA et que le dossier soit réglé avant la tenue des élections générales au Mexique le 1er juillet.

Le bureau de la ministre Freeland n’a fait aucun commentaire lundi. Cependant, des observateurs du dossier de l’ALENA ne croient pas qu’elle puisse accomplir quoi que ce soit de substantiel dans ce dossier.

Le président d’Unifor, Jerry Dias, a été une présence constante à presque toutes les discussions de l’ALENA. Mais le chef du plus grand syndicat des travailleurs du secteur automobile canadien ne sera pas à Washington cette fois-ci, convaincu qu’il n’y a «aucune possibilité» de progrès d’ici la fin de la semaine.

L’épineux dossier de l’automobile

Les règles sur les véhicules automobiles ont été un problème persistant dans les négociations. Les États-Unis cherchent à endiguer la migration d’emplois manufacturiers vers le Mexique - un objectif partagé généralement par le Canada. Les règles sur l’origine du contenu des véhicules automobiles nord-américains et la faiblesse relative des salaires mexicains sont au cœur du problème.

Dan Ujczo, un avocat américain spécialisé dans le droit des affaires de la firme Dickinson Wright, a décrit la dernière visite de Mme Freeland comme une «tentative de la dernière chance» qu’elle aura beaucoup de mal à boucler.

Le mieux qu’elle pourrait tirer de sa visite serait un accord de principe sur les automobiles, qui conduirait à la poursuite des exemptions actuelles de l’acier et de l’aluminium, a estimé M. Ujczo. Les trois pays tenteraient alors de terminer le travail l’année prochaine, a-t-il poursuivi.

En outre, même si les trois pays s’entendaient sur un accord complet cette semaine, un nouvel ALENA n’aurait aucune chance d’être ratifié aux États-Unis cette année, a ajouté M. Ujczo.

M. Trudeau s’est entretenu vendredi avec M. Trump au sujet de la conclusion des négociations en temps opportun. Il avait eu la veille un appel similaire avec M. Peña Nieto.

«Fortes inquiétudes»

Le premier ministre Trudeau a également exprimé ses «fortes inquiétudes» quant à la menace des États-Unis d’imposer des tarifs allant jusqu’à 25 % sur les importations de véhicules, compte tenu de la nature intégrée des industries automobiles des deux pays.

Avant l’appel, M. Trudeau a déclaré publiquement qu’il prévoyait dire à M. Trump que l’initiative aurait un «effet incroyablement négatif» sur l’économie américaine.

La décision des États-Unis découle probablement des difficultés entourant les négociations de l’ALENA, a ajouté M. Trudeau.