Le premier ministre désigné de l’Ontario, Doug Ford, abolira rapidement le système sur le carbone dans la province.

Ford ne perdra pas de temps

TORONTO — L’Ontario abolira le système de plafonnement et d’échange sur le carbone actuellement en vigueur dans la province une fois que le nouveau gouvernement progressiste-conservateur sera formé à la fin du mois, a signalé le premier ministre élu, Doug Ford.

Selon M. Ford, ce système est « inefficace » et représente un fardeau pour les familles. Il annoncera ses intentions aux autres États impliqués dans le marché du carbone, dont le Québec et la Californie.

M. Ford assure que son gouvernement fournira des règles claires pour mettre fin au système de façon « ordonnée ». Il n’a toutefois pas précisé quand un projet de loi sera présenté à l’Assemblée législative de la province pour démanteler ce programme mis en place par les libéraux.

« Aujourd’hui, je veux confirmer que les jours de la taxe sur le carbone en Ontario sont comptés », a-t-il déclaré.

« En fait, au moment où mon cabinet prêtera serment, dans nos priorités, le tout premier sujet sera de passer un décret pour annuler la taxe sur le système de plafonnement et d’échange sur le carbone. »

L’élimination du système de plafonnement et d’échange permettra au gouvernement progressiste-conservateur de respecter sa promesse de diminuer le prix de l’essence de 10 cents le litre, a indiqué M. Ford.

Contestation judiciaire

Il entend aussi contester devant les tribunaux les règles du gouvernement fédéral qui obligent les provinces à adopter une taxe sur le carbone.

« Je demanderai à mon procureur général d’utiliser toutes les ressources disponibles, d’utiliser tous les moyens à la disposition du gouvernement, pour contester officiellement la taxe fédérale sur le carbone », a-t-il soutenu.

« Parce que le système de plafonnement et d’échange et la taxe sur le carbone ne font rien pour l’environnement. »

Pendant la campagne électorale, l’équipe de Doug Ford avait estimé que cette contestation judiciaire coûterait 30 millions $ aux contribuables ontariens pour les quatre prochaines années.

Ce système a pour objectif de diminuer les gaz à effets de serre en plafonnant le niveau de pollution émis par certaines industries. Si les entreprises dépassent la limite, elles doivent acheter un permis à des enchères trimestrielles ou à d’autres entreprises qui n’ont pas dépassé le seuil établi.

L’Ontario a engrangé près de 3 milliards $ dans une série d’enchères organisées depuis que l’ancien gouvernement libéral a instauré le système l’an dernier.

Doug Ford s’est toujours opposé à la taxation sur le carbone, mais il a souvent eu du mal à expliquer comment il ferait pour combler ce manque à gagner.

Keith Stewart, stratège principal en matière d’énergie chez Greenpeace, a dénoncé la décision de M. Ford.

« En abandonnant l’action contre les changements climatiques, Doug Ford ne fait que hausser la taxe sur les événements météorologiques extrêmes, qui ont déjà ravagé des maisons, les cultures et les infrastructures », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Couillard ne bronche pas
Invité à réagir à la position affichée par son nouvel homologue voisin, une position qui va diamétralement à l’encontre de celle du Québec, le premier ministre Philippe Couillard n’a pas bronché.

Lors d’une mêlée de presse, en marge d’une activité partisane, M. Couillard a fait valoir que rien n’avait changé étant donné que « le monde entier va dans cette direction » de promouvoir un marché du carbone ou une taxe pour lutter contre les changements climatiques.

« C’est la mesure fondamentale de lutte contre les changements climatiques. Toute la preuve est là », a-t-il commenté, en ajoutant que le Québec allait poursuivre dans la même direction avec la Californie.

« On croit que chaque province canadienne doit s’engager visiblement et concrètement dans la lutte aux changements climatiques », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il ne s’attendait pas « à être d’accord sur tout » avec M. Ford.

Le niveau de partenariat entre le Québec et l’Ontario, dont les deux économies sont très liées, devra demeurer élevé, a-t-il dit souhaiter.