Le député de Pontiac, André Fortin, croit que le projet de loi 399 visant à faciliter le don d’organes et de tissus est la voie à emprunter.

Don d'organes: «Le Québec se doit d’être un leader», dit Fortin

Le projet de loi 399 visant à faciliter le don d’organes et de tissus déposé cette semaine à l’Assemblée nationale est «très humain et représente un Québec bon et généreux», aux dires du député de Pontiac, André Fortin.

Même s’il maintient le fait que la famille du défunt puisse toujours avoir le dernier mot, le projet de loi vise à modifier le Code civil pour établir d’emblée que toute personne a consenti automatiquement à un don d’organes à moins qu’elle ait, de son vivant, explicitement fait part de son refus. Selon la législation provinciale actuelle, c’est l’inverse.

Parfaitement conscient qu’il s’agit d’un sujet délicat et émotif, le porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé et de services sociaux estime que c’est la voie à emprunter dans le futur.

«C’est littéralement un don de soi et à la base, c’est une idée qui peut sauver des vies et qui contribue à améliorer la vie de beaucoup de monde. Il y a trop de gens sur la liste d’attente et malheureusement certains d’entre eux décèdent. Ils n’auront jamais toutes les années qu’ils auraient voulu avoir devant eux, car ils n’ont simplement pas accès au don d’organes. Le Québec se doit d’être un leader. [...] Lors de la présentation du projet de loi en point de presse, j’avais un greffé du rein avec moi et ç’a été des mois d’anxiété pour son épouse et lui. C’est difficile de rester indifférent quand on entend de telles histoires», s’exclame l’élu libéral.

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M. Fortin indique qu’à l’évidence, la notion de présomption de consentement devra toutefois s’accompagner de modifications au sein du réseau de la santé.

«Il faudra s’assurer d’avoir des équipes, des unités de soins, des blocs opératoires dédiés uniquement à ça. Il y aurait des gens spécifiquement pour épauler les familles éprouvées par le décès d’un proche. Je ne crois pas que ce soit quelque chose de difficile ou d’onéreux à implanter. [...] Comme individu, je peux comprendre qu’on ait notre propre opinion, mais comme État, le mettre en place me semble le gros bon sens», note-t-il.

S’inspirant de la Nouvelle-Écosse, où un tel processus sera instauré dès 2020, le député de Pontiac demande la collaboration du gouvernement Legault pour l’étude et l’adoption éventuelle de sa pièce législative déposée mardi. Il ignore pour l’instant si la CAQ obtempérera à sa demande, mais il compte relancer les parlementaires sur cette question à moyen terme. Il précise d’ailleurs qu’une clause a été incluse dans le projet de loi pour que le gouvernement puisse faire rapport sur une base régulière à l’Assemblée nationale «pour voir si ça fonctionne, si les statistiques s’améliorent».


« C’est pour cela qu’on doit épauler les familles. Nous ne sommes jamais prêts à avoir cette discussion-là quand on vient de perdre un être cher. »
Le député de Pontiac, André Fortin

À savoir pourquoi le don d’organes s’avère parfois un enjeu tabou ou suscite de la peur, le député répond qu’il s’agit d’un sentiment justifié dans les circonstances.

«C’est pour cela qu’on doit épauler les familles. Nous ne sommes jamais prêts à avoir cette discussion-là quand on vient de perdre un être cher, c’est un choc additionnel et ça nous prend de court. Mais quand on prend un pas de recul, il faut en parler (de nos volontés) en famille», répond-t-il.

André Fortin ignore à quel moment les modifications pourraient entrer en vigueur advenant que le projet de loi soit scruté à la loupe puis adopté.

«Ce n’est pas un projet de loi particulièrement long à étudier. Le processus parlementaire peut se faire rapidement. Sauf qu’il faut avoir cette conversation de société là. Je ne tiens pas à ce que ce soit adopté demain matin, mais il était temps qu’on lance l’idée officiellement», affirme-t-il.

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QUELQUES CHIFFRES SUR LE DON D'ORGANES

  • 23 personnes en attente d’une transplantation en Outaouais (805 au Québec);
  • 15 des 23 personnes sont en attente d’un rein (65 %);
  • 30 organes transplantés en 2018 en Outaouais (537 au Québec);
  • 1658 personnes en attente d’une transplantation en Ontario;
  • 1125 organes transplantés jusqu’ici en 2019 en Ontario*

* en date du 31 octobre

Source : Transplant Québec et Réseau Trillium pour le don de vie