Le premier ministre François Legault se fait féliciter par la ministre Marguerite Blais après son discours inaugural.

Discours inaugural de Legault: le temps des résolutions

ANALYSE / C’est janvier en novembre à l’Assemblée nationale. C’est le temps des résolutions.

Avant le discours inaugural prononcé mercredi par le premier ministre François Legault, il y avait déjà eu, la veille, des députés et des ministres qui avaient promis un «nouveau ton» pour cette 42e législature. Ces résolutions portant sur le ton glisseront lentement mais sûrement dans les oubliettes. Ce sera totalement apparent et audible lorsque le Parti libéral du Québec et le Parti québécois auront chacun désigné un chef qui participera à la prochaine campagne électorale.

Avec la feuille de route présentée mercredi par François Legault, on est aussi dans les bonnes résolutions — vagues, mais c’est souvent le cas dans ce genre d’exercice.

Les intentions exprimées par le premier ministre sont en général conformes aux engagements électoraux de la Coalition avenir Québec (CAQ). On peut déplorer un manque de détails, mais la surprise aurait été qu’il y ait des surprises dans ce discours.

Toute la question est de savoir si les résolutions énoncées par M. Legault seront tenues, elles, contrairement à celles sur le «ton».

Quelques-unes ne pourront sans doute être réalisées à la hauteur de ce que la CAQ a promis en campagne électorale, comme celle sur les «maternelles quatre ans», celle sur le salaire des médecins spécialistes ou encore celle portant sur la promesse de toujours pouvoir consulter un médecin ou une super-infirmière en moins de 36 heures.

Mais la plupart seront très certainement réalisées en tout ou en partie, ou en voie de l’être d’ici le prochain scrutin général, en 2022. C’est la norme de nos jours. Les gouvernements québécois réalisent une très grande part de leurs engagements de campagne électorale. Cela a été le cas sous le gouvernement de Philippe Couillard; ce le sera sous celui de François Legault.

M. Legault, son président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et le ministre des Finances, Éric Girard, ont hérité, de surcroît, de finances publiques saines. C’est un incroyable atout qu’ils ont en poche, contrairement à leurs prédécesseurs.

Plaire

Dans son discours, François Legault a cherché à irriter le moins de gens possible. Ses mots visaient à apaiser les débats à venir. Parallèlement, il a tenté de séduire un maximum de citoyens. Voilà pourquoi il a affirmé qu’il ne gouvernera pas «pour les groupes de pression, patronal, syndical ou autre». Dit ainsi, on ne peut que l’applaudir. Mais le premier ministre ne devra pas oublier qu’ils ne sont pas que des lobbys; ils sont aussi des corps intermédiaires souvent utiles dans une société comme la nôtre.

Ce qui touche à l’éthique et à l’intégrité fait souvent office de «premier projet de loi» d’un gouvernement. Sans surprise, M. Legault a annoncé que le «projet de loi numéro un du nouveau gouvernement» sera celui visant à faire en sorte que les dirigeants de l’UPAC, de la Sûreté du Québec et de la Direction des poursuites criminelles et pénales soient nommés aux deux tiers des voix des députés de l’Assemblée nationale. Sous le gouvernement de Pauline Marois, le «projet de loi 1» avait été présenté par le ministre Stéphane Bédard et portait sur «l’intégrité en matière des contrats publics».

Il y aura «le premier projet de loi», mais il y a surtout la première des priorités. Le gouvernement caquiste n’est pas le premier à vouloir faire de l’éducation la priorité des priorités. Mais François Legault en a parlé ce mercredi avec davantage de passion que ses prédécesseurs. Ce n’était pas la première fois. Cette question lui tient à cœur depuis longtemps.

Deux pièces manquent dans l’énoncé du «nationaliste» François Legault : la langue française et la place qu’il veut que le Québec prenne au sein du Canada.

Des fils à attacher

Cette histoire d’enfouir dans le futur (ou l’éventuel) troisième lien entre Québec et Lévis les fils des pylônes d’Hydro-Québec traversant l’île d’Orléans est un lapin sorti d’un chapeau à la toute dernière minute.

Cette idée émane du cabinet du premier ministre. On a vite compris à écouter la ministre responsable de la capitale, Geneviève Guilbault, qu’elle ne repose encore sur rien. On imagine la surprise de son collègue des Transports, François Bonnardel, lorsqu’il a découvert ce vague projet.

Le cabinet du premier ministre n’a pas la naïveté de croire qu’il convaincra grâce à cette idée ceux qui pressent le gouvernement de mieux lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Il n’y a pas de lien entre les deux. On comprend cependant qu’il cherche à justifier davantage le projet de troisième lien.

À court terme, il vient de compliquer un peu plus la mission de François Bonnardel.