Le chef néo-démocrate de confession sikhe Jagmeet Singh porte le turban et le kirpan.

Deux ex-députés néo-démocrates mettent en doute le leadership de Singh

Deux ex-députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui songeaient à se présenter à nouveau pour les élections de 2019 mettent en doute publiquement le leadership du chef néo-démocrate.

« Je ne pense pas que Jagmeet Singh va réussir à faire élire des députés dans le 450 ou dans le 418 », a affirmé Pierre Dionne Labelle en entrevue, quelques jours après la déconfiture du NPD dans Chicoutimi-Le Fjord.

Il demande carrément sur Facebook la démission de M. Singh avant la fin de l’automne 2018. Alain Giguère, qui a partagé les banquettes de l’opposition officielle avec M. Dionne Labelle de 2011 à 2015, veut donner au chef jusqu’en décembre pour corriger le tir.

« La sauce ne prend pas », a résumé M. Giguère au téléphone.

« Je dirais qu’on a le syndrome de Québec solidaire, on nous prend pour une gang de flower power », a-t-il ajouté en reprochant au NPD de critiquer les politiques du gouvernement Trudeau sans présenter de solutions de rechange qui pourraient inspirer les électeurs.

Les deux hommes avaient été élus lors de la vague orange de 2011. M. Giguère avait été défait par les libéraux dans la nouvelle circonscription de Thérèse-de-Blainville. M. Dionne Labelle qui représentait la circonscription de Rivière-du-Nord avait aussi été défait par Rhéal Fortin, élu sous la bannière bloquiste, mais aujourd’hui porte-parole de Québec debout. Le Bloc québécois avait dénoncé le port du niqab lors de la campagne électorale de 2015, ce qui avait fait mal au NPD.

M. Dionne Labelle s’était déjà prononcé publiquement contre la candidature de M. Singh lors de la course à la direction du parti l’an dernier à cause de ses signes religieux. Le chef néo-démocrate de confession sikhe porte le turban et le kirpan.

« Qu’on ait voulu opposer un hipster fondamentaliste religieux à Trudeau parce que c’était “cool” ou que ça faisait tendance — ça a pu apparaître (comme ça) lors du choix des militants — mais la réalité concrète, c’est que les gens ne sont pas là surtout au Québec. »

M. Giguère est en désaccord sur ce point avec son ex-collègue. « Ça dérange une partie de l’électorat, mais cet électorat-là n’aurait jamais voté pour nous de toute façon », a-t-il soutenu.

Douche froide

Le résultat de l’élection partielle dans Chicoutimi —Le Fjord lundi a eu l’effet d’une douche froide au NPD dont le candidat Éric Dubois a récolté 8,6 pour cent du vote, loin derrière ses adversaires conservateurs et libéraux. Le NPD avait déjà remporté cette circonscription en 2011.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a reconnu depuis qu’il avait du pain sur la planche, mais il ne croit pas que son identité religieuse lui ait nui.

Selon le député Alexandre Boulerice, le problème est plutôt que M. Singh est méconnu au Québec. Un problème auquel le chef entend remédier en y étant plus présent. Il prévoit d’ailleurs être à Montréal pour le défilé de la Saint-Jean-Baptiste dimanche avec son lieutenant québécois Alexandre Boulerice.

Interrogé sur ces demandes de démissions lors de son dernier point de presse mercredi avant la relâche d’été, M. Singh a rappelé qu’il avait obtenu plus de 90 pour cent d’appui lors du dernier congrès du NPD en février.

« Je vais rester, je vais continuer le travail et je suis toujours prêt à faire le travail, a-t-il affirmé. Je savais déjà que le travail serait difficile comme chef de parti, mais je n’ai aucun problème avec ce défi. »

Il est encore temps pour le chef de corriger le tir, selon l’ex-directeur national du NPD, Karl Bélanger. Il devra toutefois faire vite puisque les prochaines élections fédérales doivent avoir lieu le 21 octobre 2019.

« Il faudra vraiment que les éléments se mettent en place rapidement si le NPD veut faire bonne figure aux élections de 2019 et faire compétition pour le poste de gouvernement, a-t-il observé. Il n’y a aucune façon pour le NPD d’accéder au pouvoir s’il n’y a pas une représentation importante du Québec. »

Pierre Dionne Labelle aurait voulu se présenter en 2019 si le député Peter Julian était devenu chef. Il a finalement décidé de ne pas tenter sa chance. Alain Giguère est moins catégorique. Il veut d’abord voir comment le parti pour lequel il milite depuis 40 ans réglera la situation avant de prendre une décision.

Note aux lecteurs : Dans une version précédente, La Presse canadienne a erronément rapporté que M. Giguère ne s’était pas présenté aux dernières élections. En réalité, il était candidat dans la circonscription de Thérèse-de-Blainville