Sur les milliers de pancartes affichées par la coalition syndicale, on voit la moitié du visage du chef libéral Philippe Couillard et la moitié du visage du chef caquiste François Legault, avec les mentions «Libécaquiste» et «Caquibéral».

Des pancartes... avant les pancartes

Des syndicats ont pris d’assaut les poteaux sur lesquels apparaîtront les affiches électorales, six semaines avant le déclenchement officiel de la campagne québécoise. Une dépense qui n’est pas illégale selon Élections Québec, mais qui est inédite et tombe dans une zone grise de la loi.

Le Québec vivra ses premières élections à date fixe le 1er octobre, si bien que cette fois, les groupes de pression ont eu le temps de se préparer. «On a le droit à notre message avant le déclenchement de la campagne. Les chefs, ils sont déjà en campagne depuis six mois. On profite de cette fenêtre-là pour faire valoir notre point», exprime Denis Bolduc, président de la section québécoise du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

La campagne d’affichage s’attaque autant à la Coalition avenir Québec (CAQ) et qu’au Parti libéral du Québec en utilisant le slogan «c’est du pareil au même… on mérite mieux». Sur les milliers de pancartes, on voit la moitié du visage du chef libéral Philippe Couillard et la moitié du visage du chef caquiste François Legault, avec les mentions «Libécaquiste» et «Caquibéral». 

«Les gens veulent du changement, mais on veut leur rappeler que la CAQ se plaignait il y a pas si longtemps que les libéraux copiaient toutes leurs idées», dénonce M. Bolduc. Sans appuyer officiellement le Parti québécois ou Québec solidaire, «on dit aux gens de voter pour un parti progressiste», ajoute-t-il. 

Cette coalition de six syndicats affiliés à la FTQ a décidé en congrès d’être très active politiquement. Le coût de la présente campagne d’affichage, qui va prendre de l’ampleur au cours des prochaines semaines, est d’environ 1,25 $ par membre du SCFP Québec, indique M. Bolduc. 

Illégal en septembre

Les pancartes devront toutefois être retirées à la fin août, car tout affichage à saveur politique qui n’est pas autorisé par un parti est illégal durant la campagne électorale. Mais pour l’heure, elles sont tolérées par Élections Québec. «Il n’y a rien dans la loi qui vient nous dire que c’est illégal. La loi ne nous donne pas de règles à l’extérieur du moment électoral», justifie Julie St-Arnaud Drolet, relationniste pour Élections Québec. 

Le directeur général des élections Pierre Reid a déjà fait savoir qu’il n’encadrerait pas les dépenses préélectorales en 2018. Son équipe effectue une veille et mesure l’ampleur du phénomène cette année, avant de suggérer des modifications à la loi dans le futur. «L’objectif est d’avoir un portrait clair de la situation et de nous baser sur des faits», a indiqué M. Reid dans un communiqué mercredi. 

La coalition syndicale promet d’autres actions au cours des prochaines semaines. Pour l’instant, les pancartes ont été installées dans quatre circonscriptions-clés. Trois d’entre elles appartiennent au Parti québécois, mais pourraient basculer dans un autre camp. Il s’agit de Taschereau à Québec, Pointe-aux-Trembles à Montréal et Saint-Jérôme dans les Laurentides. La coalition en a aussi installé à Roberval au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la circonscription du premier ministre libéral Philippe Couillard. 

La coalition comprend six groupes affiliés à la FTQ, soit le SCFP, le Syndicat des métallos, le Syndicat canadien des employées et employés professionnels et de bureau, l’Association Internationale des Machinistes et des Travailleurs de l’Aérospatiale, l’Alliance de la Fonction publique du Canada et le Syndicat québécois des employées et employés de services.

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LA VILLE DE QUÉBEC EN RÉFLEXION

Les syndicats ont profité du flou entourant la période préélectorale pour agir, mais ils pourraient se buter aux règles d’affichage des villes. 

Comme la campagne électorale n’est pas encore commencée, ce sont toujours les règlements d’affichage municipaux qui s’appliquent sur les routes et ceux du ministère des Transports qui s’appliquent sur les autoroutes. 

La Ville de Québec décidera au cours des prochains jours si elle exigera ou non que les affiches installées par les syndicats au centre-ville, dans la circonscription de Taschereau, soient retirées. 

«On est en réflexion. On est en train de faire des vérifications légales, parce que ce n’est pas clair tout ça», indique David O’Brien, porte-parole de la Ville de Québec. 

Denis Bolduc, président du SCFP au Québec, raconte ne pas avoir demandé la permission aux villes avant d’agir. «On a respecté les mêmes règles d’affichage qu’en campagne électorale, soit de ne pas cacher la signalisation et d’utiliser seulement les poteaux d’utilité publique», explique-t-il. 

Selon lui, les affiches sont légitimes et doivent rester en place. «C’est pas uniquement les élites politiques qui ont le droit de livrer leur message.»