En 2013 et 2014, un total de 103 conteneurs, transportant prétendument du plastique, ont été expédiés du Canada aux Philippines pour y être recyclés.

Des organismes exhortent Justin Trudeau à «sortir ses vidanges» des Philippines

Plus de 100 organismes environnementaux et communautaires aux Philippines exhortent Justin Trudeau à «sortir ses vidanges».

La coalition a écrit une lettre au premier ministre, mercredi, lui demandant de respecter la promesse qu’il avait faite lors de sa visite à Manille en novembre 2017. M. Trudeau avait alors promis de s’occuper enfin des deux millions de kilos d’ordures ménagères nauséabondes et de déchets électroniques canadiens qui pourrissent depuis près de six ans dans deux ports philippins.

En 2013 et 2014, un total de 103 conteneurs, transportant prétendument du plastique, ont été expédiés du Canada aux Philippines pour y être recyclés. Les inspecteurs des douanes philippines ont tôt fait de déterminer que les conteneurs étaient en fait remplis d’ordures ménagères et de déchets électroniques provenant des poubelles canadiennes.

Les inspecteurs ont découvert des tas de couches pour adultes, de papiers souillés, du matériel électronique et des ordures ménagères - mais rien à recycler. Ces 2000 tonnes et plus de déchets pourrissent depuis près de six ans dans des limbes politiques et diplomatiques.

Aileen Lucero, coordonnatrice de la coalition philippine, souligne que la Corée du Sud a repris plus de 50 conteneurs d’ordures après leur expédition par erreur aux Philippines l’année dernière. Le refus du Canada de faire de même a attisé selon elle la colère contre ce qui est considéré aux Philippines comme une conduite «irrespectueuse et illégale».

Lorsque des responsables philippins ont abordé pour la première fois la question avec Ottawa, en mars 2014, le Canada avait tenté de convaincre les Philippines d’accepter de se débarrasser du tas d’ordures. En novembre 2015, lorsque M. Trudeau s’est rendu à Manille pour le sommet des dirigeants de la coopération économique Asie-Pacifique (APEC), quelques semaines à peine après son accession au pouvoir, il a admis qu’il était au courant du problème. Mais il a soutenu que le Canada n’avait aucun pouvoir juridique pour forcer l’entreprise expéditrice à reprendre les conteneurs.

En juin 2016, un juge philippin a ordonné que les déchets soient renvoyés au Canada, en ajoutant que son pays n’était pas la «poubelle» du monde.

M. Trudeau est retourné à Manille en novembre 2017 pour assister au Sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Il a alors soutenu qu’Ottawa travaillait très fort à la recherche d’une solution et qu’il était «théoriquement» possible pour le Canada de récupérer ses déchets. Un an plus tard, un groupe de travail composé de responsables philippins et canadiens s’est réuni pour la première fois à Manille, mais aucune solution n’a encore été annoncée.

Guillaume Bérubé, porte-parole d’Affaires mondiales Canada, a déclaré que le Canada était au courant de la décision du tribunal en 2016 et que le groupe de travail examinait tous les enjeux de ce problème, afin que ces «matières soient traitées d’une manière respectueuse de l’environnement».

Le Canada est signataire de la Convention de Bâle, qui oblige les pays développés à n’expédier des déchets dangereux dans les pays en développement qu’avec leur consentement. La coalition philippine estime que ces conteneurs violent l’accord international. Mme Lucero soutient également que le Canada a été l’un des pays à refuser un amendement à la convention qui interdirait tout transfert de déchets dangereux - même avec le consentement du destinataire.