Dans l’opposition, François Legault s’était étranglé devant les millions empochés par la haute direction de Bombardier. Il s’indignait aussi de la mainmise d’Airbus sur le C Séries.

Des jeux de rôle à la CAQ

BILLET / La Coalition avenir Québec avait rugi à propos de RONA et de Bombardier lorsqu’elle était dans l’opposition. Désormais installée au gouvernement, elle s’est montrée fort compréhensive cette semaine. Le ton des caquistes était circonspect.

Qu’est-ce que cela nous dit? Tout simplement qu’il y a deux façons de parler, sinon de voir, selon qu’on est dans l’opposition ou au gouvernement. On peut le comprendre, mais on peut aussi déplorer ces jeux de rôle.

La Coalition avenir Québec a grandi en dénonçant le cynisme. De telles postures changeantes n’entameront probablement pas le capital de sympathie dont elle jouit actuellement. Mais elles l’auraient certainement affaibli dans un autre contexte.

Dans l’opposition, François Legault s’était étranglé devant les millions empochés par la haute direction de Bombardier. Il existe une vraie gloutonnerie dans ce monde de hauts dirigeants. Dans l’opposition, M. Legault s’indignait aussi de la mainmise d’Airbus sur le C Séries.

Son ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a même refusé de parler de la direction de Bombardier! Et il a de plus estimé que c’était une très bonne chose qu’Airbus soit aux commandes du C Séries — rebaptisé A220.

Ah, c’est vrai! M. Legault a tout de même répété que c’est dans l’ensemble du conglomérat de Bombardier et non dans le seul programme du C Séries que le gouvernement Couillard aurait dû injecter 1,3 milliard $ — et M. Fitzgibbon a fini par dire comme lui sur cet élément précis. Là-dessus, les violons ont été accordés. Entre eux. Et entre le passé et le présent.

Sur le fond, le ministre de l’Économie et de l’Innovation a raison de marteler que sa préoccupation doit aller aux emplois perdus. Gare aux gesticulations, cependant!

Idem pour les fermetures de magasins RONA par l’Américaine Lowe’s et la défense des sièges sociaux. Gare aux simples gesticulations, là aussi. Car on pouvait avoir l’impression cette semaine, à écouter parler Pierre Fitzgibbon, qu’il n’y a peut-être pas, finalement, tant de choses à changer que ça chez Investissement Québec...

Chose certaine, le premier ministre François Legault avait été indigné par la vente de RONA lorsqu’il était chef de la deuxième opposition. Cette semaine, il s’est contenté du strict minimum en disant que cette situation est le «résultat des libéraux». On avait l’impression d’une figure imposée.

Comment s’en surprendre? Ce dossier, qui a fait les délices de la CAQ dans l’opposition, est devenu délicat pour le gouvernement qu’elle forme. C’est que Christian Dubé, aujourd’hui président du Conseil du trésor, était vice-président de la Caisse de dépôt et placement lorsque Lowe’s a avalé RONA. Or, ce sont Investissement Québec et la Caisse qui ont permis que cette vente ait lieu.

Dans cette rubrique de jeux de rôle, on peut ajouter le fait que, comme l’ont indiqué les médias de Québecor, vendredi, le gouvernement caquiste ne fera pas en sorte que les fameuses «sommes perçues en trop par Hydro-Québec» soient remboursées. On savait depuis 2017 que c’était impossible, qu’une telle chose ne se produirait pas. Mais, dans l’opposition, la CAQ s’était néanmoins engagée à rembourser les Québécois.

Un changement qui doit surprendre au sein même de la CAQ est celui effectué par M. Legault en environnement. Pourvu qu’on ne soit pas ici dans une simple stratégie de communication politique; que dans un jeu de rôle. 

Conviction

Revenons sur Bernard Landry, car l’homme a marqué le Québec. Il a accompagné son développement. Il était lui-même très moderne. Il fait partie d’une génération de bâtisseurs.

M. Landry n’aurait probablement pas laissé RONA tomber dans les mains de Lowe’s. Et l’aventure de Bombardier aurait peut-être été différente sous sa gouverne.

Ce que l’on retient de Bernard Landry, c’est l’homme de conviction qu’il a été. Depuis un certain temps, il devait regarder avec effarement des péquistes se faire une place dans d’autres partis politiques.

Le premier ministre François Legault a eu des mots justes en parlant de Bernard Landry; en disant que, pour lui — pour Bernard Landry —, il fallait «remplir son devoir». Car il était un homme de devoir.

Sa disparition a été l’occasion pour M. Legault de parler du Québec avec émotion.

Relevons que la veille, alors qu’il dévoilait en compagnie du maire Labeaume les restes du rempart de Beaucours, dans le Vieux-Québec, il avait aussi prononcé des paroles qu’on pourrait qualifier de «patriotiques».

Toute la différence du monde!

Le Bloc québécois veut se refonder? Le Parti québécois cherche à se réinventer? 

Qu’a produit le Bloc québécois ces dernières années — outre de vaines querelles internes et de devenir une sorte de repoussoir de la cause qu’il pense défendre? 

Contrairement à lui, le Parti québécois demeure un acteur des débats. C’est toute la différence du monde!

On doit cependant dire qu’au fil de temps, le Parti québécois — entre nouvelles stratégies et changements d’orientation — a beaucoup louvoyé. Beaucoup trop. Il a donné le tournis à plusieurs de ses militants et sympathisants.

Ce parti aurait eu besoin de plus de stabilité au fil des ans.