Les libéraux ont déjoué une tentative conservatrice de faire comparaître en comité le haut fonctionnaire ayant suggéré que des factions à l’intérieur du gouvernement indien ont voulu saboter la visite de Justin Trudeau en Inde.

«Complot indien»: échec d’une motion conservatrice en comité

Les libéraux ont déjoué une tentative conservatrice de faire comparaître en comité le haut fonctionnaire ayant suggéré que des factions à l’intérieur du gouvernement indien ont voulu saboter la visite de Justin Trudeau en Inde.

Grâce à leur majorité au comité permanent de la sécurité publique et nationale, les élus libéraux ont fait échouer la tentative du député conservateur Pierre Paul-Hus de forcer un témoignage du conseiller à la sécurité nationale Daniel Jean à la table du comité.

C’est ce haut fonctionnaire qui a élaboré la théorie du complot indien pour justifier la présence de Jaspal Atwal, cet homme reconnu coupable de tentative de meurtre contre un ancien ministre indien, à une réception de Mumbai, en Inde, où était le premier ministre Trudeau.

La démarche de Pierre Paul-Hus a avorté, les libéraux ayant ajourné le débat. Le député conservateur a consacré le reste du temps qui lui était alloué à questionner le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, sur les événements survenus en Inde.

Son interlocuteur n’a pas été en mesure de dire, en réponse à une de ces questions, si le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) ou la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait consulté la liste d’invités de la réception du 22 février dernier.

Le ministre Goodale a refusé net de se prononcer sur la théorie étayée par Daniel Jean la semaine passée lors d’une séance d’information avec les médias, arguant qu’il ne pouvait discuter en comité de détails opérationnels classifiés entourant la sécurité publique et nationale.

Il leur a suggéré de tenter le coup au comité des parlementaires sur la sécurité nationale et le renseignement - le témoignage du haut fonctionnaire demeurerait secret, car les membres du comité font le serment de ne jamais révéler les informations classifiées y étant discutées.

Les conservateurs s’expliquent mal pourquoi ils ne peuvent entendre Daniel Jean, alors que ce dernier s’est adressé aux médias la semaine dernière. Il l’avait fait à titre de «responsable du gouvernement canadien», mais les conservateurs ont depuis révélé son identité.

Sur ce point, le ministre Goodale a eu peine à fournir des arguments convaincants aux médias après son témoignage. «Les députés ont la responsabilité d’étudier l’enjeu dans son ensemble, et pour ce faire, ils doivent avoir accès à l’ensemble de l’information classifiée», a-t-il argué.

Sans jamais prononcer le nom de Daniel Jean, il a martelé à répétition qu’il avait confiance en l’avis non partisan des fonctionnaires gouvernementaux, en particulier ceux qui ont «un bagage diplomatique et un bagage en sécurité nationale et en sécurité publique».

Le gouvernement libéral s’est retrouvé dans l’embarras après que les médias eurent révélé la présence de Jaspal Atwal à la réception de Mumbai, où il a notamment été photographié avec Sophie Grégoire, la femme de Justin Trudeau, ainsi que le ministre Amarjeet Sohi.

C’est un député d’arrière-ban de la Colombie-Britannique, Randeep Sarai, qui a pris le blâme. Il a reconnu avoir invité l’extrémiste sikh, présenté ses excuses, puis quitté son poste de président du caucus libéral de la section du Pacifique.

Pressé de questions, Ralph Goodale n’a pas voulu dire explicitement, pendant la mêlée de presse qui a suivi son témoignage, comment on pouvait blâmer à la fois un député et la théorie du complot - une accusation que le ministère indien des Affaires étrangères a réfutée.

Mais il a évoqué une chronique du National Post où l’on soutient que les deux ne sont pas mutuellement exclusifs: le gouvernement indien avait retiré l’homme de sa liste d’interdiction de vol, ce qui a ouvert la voie à l’invitation de l’élu, qui a commis une erreur de débutant.

Et alors que le ministre poursuivait son échange avec les journalistes en marchant dans le couloir en direction des ascenseurs de l’édifice Wellington, un député arborant un turban est apparu: Randeep Sarai.

L’élu s’est frayé un chemin au milieu du mur formé par les représentants des médias. Quand on lui a demandé s’il avait collaboré avec des factions indiennes pour saboter le voyage de Justin Trudeau, il a dit «non». Il est ensuite monté dans l’ascenseur où se trouvait... Ralph Goodale.