En début de soirée samedi, le cortège funèbre a quitté l’Assemblée nationale où l'ex-premier ministre du Québec Bernard Landry était exposé en chapelle ardente au Salon rouge.

Chapelle ardente pour Bernard Landry, «l’homme d’État»

Un réel homme d’État. C’est de cette façon qu’ont décrit tour à tour dignitaires et citoyens qui ont défilé devant le cercueil de l’ex-premier ministre du Québec Bernard Landry, exposé en chapelle ardente au Salon rouge de l’Assemblée nationale, samedi.

Des politiciens de tous les horizons et de toutes les époques ont rendu hommage à celui qui est décédé mardi, à l’âge de 81 ans, des suites d’une maladie pulmonaire.

Le premier ministre François Legault a d’abord rappelé l’importance de M. Landry dans le développement économique de la province. «C’est quelqu’un qui n’a jamais douté que le Québec pouvait prendre sa place». 

M. Legault était content d’avoir pu lui parler récemment, bien qu’il soit attristé «parce que je n’entendrai plus jamais sa voix» et parce que le rendez-vous qu’ils s’étaient promis n’aura finalement pas lieu.

Ceci dit, le premier ministre juge qu’il est encore trop tôt pour savoir comment la mémoire du défunt dirigeant sera honorée.

Pour sa part, le chef intérimaire du Parti québécois Pascal Bérubé, qui était accompagné des députés Sylvain Gaudreault et Véronique Hivon, croit qu’il faut voir avec la famille.

D’ici là, M. Bérubé croit que la population se souviendra de Bernard Landry pour l’amour qu’il portait au Québec. «Lorsqu’il parle de la Patrie, c’est au plus profond de son être. […] Il aura toujours porté les mots du peuple – parfois sa poésie, parfois ses chiffres –, mais toujours avec l’objectif de plaider pour le Québec.»

Représentant le Parti libéral du Québec, Sébastien Proulx a été marqué par la capacité de M. Landry à faire de grands discours. «C’est un des nôtres qui nous quitte aujourd’hui. C’est une confrérie cette Assemblée, tous partis confondus», a-t-il ajouté.

Preuve que l’œuvre du militant indépendantiste qu’était Bernard Landry va bien au-delà des allégeances politiques, les députés fédéraux Gérard Deltell et Joël Lightbound ont tenu à se déplacer pour lui rendre un dernier hommage. «Quand on observe des hommes comme ça qui ont consacré leur vie au service public qu’il soit fédéraliste ou souverainiste, il faut admirer cette implication-là», a souligné M. Lightbound qui retient le sens de l’État de l’ex-premier ministre.

Des hommages élogieux d'anciens collègues 

Le cortège funèbre a fait son entrée dans le foyer de l’Assemblée nationale vers 8h30 avec à sa tête huit policiers de la Sûreté du Québec qui ont porté le cercueil jusqu’au Salon rouge.

Les travaux qui ont cours devant le parlement n’ont pas empêché Bernard Landry d’y entrer par la grande porte dans un décor plus soigné, puisque la machinerie avait notamment été rangée et des statues déboulonnées ont été replacées.

Malgré la température maussade, un flot constant de citoyens se sont présentées pour exprimer leurs condoléances à la famille du 28e premier ministre du Québec. Le tout s’est déroulé dans une ambiance solennelle.

Parmi eux, d’anciens collègues qui l’ont bien connu comme Rosaire Bertrand, ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale de 2001 à 2003, ainsi que Marc-André Bédard et Denis de Belleval, députés et ministres sous René Lévesque.

Tous ont déploré la perte d’un ami, voire même d’un «frère». «Je suis très secoué», a laissé tomber M. de Belleval qui connaissait Bernard Landry depuis plus de 60 ans. «C’était un homme d’un courage infini qui est un modèle pour les jeunes», parce que «Bernard est toujours resté jeune dans son approche des choses. C’est un homme qui, au fond, n’a jamais vieilli», a-t-il ajouté.

«C’est un motivateur. C’est un homme qui ne se décourageait pas, mais qui avait foi en ce qu’il était et en ce qu’il faisait. Économiquement, il a quand même eu une belle vision des besoins économiques du Québec», estime une dame qui faisait la file dans les marches de l’Assemblée nationale.

Au terme de cette journée, la dépouille mortelle de Bernard Landry prendra la direction de Montréal où elle sera exposée, lundi, en chapelle ardente en la Basilique Notre-Dame. Les funérailles nationales auront lieu mardi.

Le cortège funèbre a fait son entrée dans le foyer de l’Assemblée nationale vers 8h30 avant que le cercueil de l’ex-premier ministre soit exposé en chapelle ardente au Salon rouge.

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UN IMPACT À QUÉBEC

Bernard Landry a laissé sa marque dans le paysage québécois, autant au niveau provincial que régional, notamment avec le développement du quartier Saint-Roch. À l’époque, le premier ministre avait mis en place des crédits d’impôts pour les entreprises qui acceptaient de s’installer dans le quartier. Avec ces mesures, «il a créé un milieu de vie. Il y a des gens qui se sont mis à s’installer là, à travailler, à investir», estime quant à elle l’ancienne députée de Taschereau Agnès Maltais. L’ancien président de la Commission de la Capitale-Nationale, Pierre Boucher, abonde dans le même sens.  

Lui et M. Landry se sont connus alors qu’ils étaient tous les deux à l’université. «Déjà à cet âge, il m’impressionnait», dit-il. «Ce qui était extraordinaire chez ce gars-là c’est que c’était non seulement un homme de parole, mais c’était aussi un homme d’action. Il n’y avait pas d’action sans réflexion, mais il n’y avait pas de réflexion sans action non plus.» Pour M. Boucher, «il n’y a pas de mauvais temps qui m’aurait empêché de venir» à la chapelle ardente.

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CE QU’ILS ONT DIT…

François Legault, premier ministre du Québec

«Il disait souvent : “Le parti avant les Hommes et la Patrie avant le parti”. Je l’ai vu souvent en pratique, l’appliquer».

Laurence Haguenauer, consule générale de France à Québec

«J’ai eu la grande chance de le rencontrer à mon arrivée. On avait eu un long entretien qui avait été à la fois très agréable et qui m’avait aussi montré toute l’importance qu’il avait pour cette relation exceptionnelle et privilégiée entre la France et le Québec.»

Sébastien Proulx, député de Jean-Talon

 «Je suis quelqu’un qui aime les mots, qui aime cet aspect de la vie publique. Je pense que ça se perd d’ailleurs dans notre société. Faire un discours en politique, c’est entrer en conversation avec les gens; M. Landry avait cette grande capacité.»

Jean-François Simard, député de Montmorency

«C’était un homme d’une très grande accessibilité. Pour Bernard Landry, il n’y avait jamais vraiment de problème, il n’y avait que des solutions. C’est un gars qui, dans les hauts ou dans les bas, gardait toujours le moral. C’était un être contagieux de joie de vivre.»

Agnès Maltais, ancienne députée de Taschereau

 «Il ne craignait pas de remettre en question les façons de faire, il savait écouter les gens qui avaient de la vision. Il cherchait ce qui allait durer et il cherchait ce qui allait durer. […] Il croyait qu’en donnant confiance aux Québécois – en leurs outils, en leur développement – il était gagnant.»

Gérard Deltell, député conservateur de Louis-Saint-Laurent

«C’est un grand patriote québécois qu’on perd. M. Landry avait la passion du Québec, l’amour absolu du Québec et l’amour surtout de l’avancement du Québec. Évidemment on ne partageait pas toujours les mêmes points de vue : c’est un homme qui souhaitait l’indépendance et souhaitait l’intervention de l’État dans l’économie. Mais au-delà de ça c’était la conviction qu’il avait, la force du caractère qu’il faisait en sorte qu’il s’engageait tout le temps. C’est un militant infatigable.»

Joël Lightbound, député libéral de Louis-Hébert

«En tant que Québécois, on a tous une dette envers Bernard Landry. C’est un homme qui avait le sens de l’État, qui aimait profondément le peuple québécois et qui a toujours cru en son immense potentiel»

Rosaire Bertrand, ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale 2001-2003

«Le plus grand que j’ai vu et que j’ai entendu et il l’est demeuré. Il n’a pas plié avec le vent, peu importe ce qui arrivait. Beau moment ou mauvais moment, Bernard s’est toujours tenu droit.»

Marc-André Bédard, ancien ministre de la Justice (1976-1984) et Vice-premier ministre  (1984-1985)

«Ce que j’aimais dans Bernard, c’est ce militant exemplaire qui a le sens de la nécessité de continuer des efforts au jour le jour si on veut arriver à la souveraineté et j’espère que cet exemple-là on va le retenir»

Brigitte Pelletier, ex-chef de cabinet

«C’était quelqu’un d’exceptionnel, qui avait une vision du Québec et qui était profondément humain.»

Boufeldja Benabdallah, président Centre culturel islamique de Québec

«Il avait cette douceur de parler aux gens, aux journalistes, à toute sorte de monde avec toute l’humilité et il y a de quoi en tirer un exemple. On est chanceux de l’avoir vu vivant, on est admiratif pour lui en ce jour de départ, mais aussi il a légué quelque chose en nous qu’on va transmettre à nos enfants.»