Réacteur nucléaire de Chalk River, en Ontario, en 2007

Chalk River: Québec refuse de soutenir les villes opposées au dépotoir nucléaire

La ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon, refuse de soutenir les 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal qui, en appui à la ville de Gatineau, ont exprimé leur opposition à l’installation d’un dépotoir nucléaire à Chalk River, en Ontario, à proximité de la rivière des Outaouais. Mme Melançon estime que leur démarche n’est pas la bonne, qu’elle condamnerait son gouvernement à l’inaction si elle la soutenait.

La ministre était disposée à «prendre acte» de la résolution adoptée par ces municipalités, mais pas à l’appuyer à proprement parler, comme l’a réclamé mercredi Martine Ouellet, députée indépendante à l’Assemblée nationale et chef du Bloc québécois sur la scène fédérale.

Comme son prédécesseur David Heurtel, Isabelle Melançon croit que s’opposer à ce projet à ce stade-ci ne réglerait rien; que l’important pour l’instant est que le Québec obtienne toutes les réponses aux questions qu’il a posées en septembre dernier à la Commission canadienne de sûreté nucléaire sur cette éventuelle installation à Chalk River, près de la rivière des Outaouais, un affluent du Saint-Laurent. Le projet est porté par les Laboratoires nucléaires canadiens.

Martine Ouellet s’est alarmée : «Il risque d’y avoir une contamination nucléaire du fleuve Saint-Laurent, auquel s’approvisionnent toutes les municipalités en bordure», a-t-elle dit à l’Assemblée nationale. Elle sait que le projet a changé de nature, qu’il n’est plus question de déchets de moyenne intensité nucléaire, mais plutôt, désormais, de faible intensité.

Mais «même les déchets de faible intensité, c’est dangereux pour la contamination de la rivière des Outaouais».

À l’instar de son prédécesseur, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques se dit préoccupée. «Pour moi, c’est préoccupant, comme ce l’est, bien sûr, pour les Québécois et les Québécoises.»

«Ce qu’on est en train de vérifier avec la Commission canadienne de sûreté nucléaire, c’est qu’est-ce qu’on peut faire. Comment est-ce qu’on peut améliorer? Pour nous, c’est important que le Québec joue un rôle. C’est mon rôle comme ministre de l’Environnement de suivre ces travaux-là avec beaucoup d’attention.»

Incomplets

En septembre, le gouvernement québécois avait appelé le promoteur de ce dépotoir de déchets radioactifs à refaire ses devoirs. Il avait adressé une série de questions à la Commission canadienne de sûreté nucléaire, qui se penchait et se penche toujours sur ce projet dit d’Installation de gestion des déchets près de la surface.

Le ministère de l’Environnement jugeait incomplets les éléments d’information fournis jusque-là. Il mettait même en doute l’emplacement choisi par les Laboratoires nucléaires canadiens.

Il attend toujours des réponses à certaines questions techniques qu’il a soulevées. Par exemple, pourquoi une «Installation de gestion des déchets près de la surface» plutôt qu’une «Installation de gestion des déchets géologiques» ou une «voûte en béton de surface»? Il avait aussi demandé d’évaluer la possibilité d’éloigner cet éventuel dépotoir du réseau hydrographique de la rivière des Outaouais.

Le gouvernement Couillard est mû par l’idée que le Québec ne peut à lui seul faire échec au projet, puisqu’il sera situé en territoire ontarien. L’an dernier, alors qu’il était talonné par le Parti québécois, il avait noté que l’indépendance du Québec ne changerait rien à ce risque.