Avant de sauter dans l’arène politique, Mme Mulroney était vice-présidente de la firme torontoise BloombergSen Investment Partner.

Caroline Mulroney brigue la direction du Parti progressiste-conservateur

TORONTO — Caroline Mulroney, l'avocate torontoise et fille de l'ancien premier ministre canadien Brian Mulroney, se lance dans la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario.

Mme Mulroney a confirmé la nouvelle lors d'une série d'entrevues qu'elle a accordées dans un amphithéâtre du nord de Toronto. Elle a répondu aux questions des journalistes pendant que ses deux fils disputaient un match de hockey.

La mère de quatre enfants âgée de 43 ans a déclaré que malgré la tourmente que traverse le parti depuis le départ inattendu de son chef Patrick Brown, les progressistes-conservateurs peuvent se rassembler et gagner les élections provinciales du 7 juin.

«Après 15 ans de gouvernement libéral, nous avons besoin d'un changement frais, a-t-elle dit. Les gens sont fatigués. Ils veulent un nouveau gouvernement. Ils veulent du changement. En conséquence, je me porte candidate.»

Elle croit qu'elle sera la candidate qui pourra unifier les différents éléments du parti, même si elle n'a encore jamais accédé à un poste électif.

«Je m'engage afin de m'assurer que nous apporterons du changement, a-t-elle ajouté. La population mérite un gouvernement qui prendra soin d'elle. Je sais que je peux être cette chef et que je peux procurer ce leadership au parti.»

Après une brève pause afin de manger les frites que lui a apportées son mari Andrew Lapham, Mme Mulroney est allée droit au but en répondant aux attaques qu'elle a déjà subies.

«Cela veut dire que [mes adversaires] sont nerveux. Je ne peux pas contrôler ce que les autres organisations font. Tout ce que je puisse faire, c'est de m'assurer de mener une campagne authentique pour montrer celle que je suis réellement.»

Certains lui ont reproché d'avoir vécu une partie de sa vie à l'extérieur du pays — elle a étudié à Harvard et à l'Université de New York.

«C'est inexact. J'ai passé la majorité de ma vie au Canada et en Ontario», a-t-elle souligné.

Appui de taille

Quelques heures après avoir confirmé sa candidature, Mme Mulroney a reçu un appui de taille : celui de l'ancien dirigeant de la chaîne de journaux Postmedia, Rod Phillips, dont certains pensaient qu'ils pourraient se lancer lui-même dans la course.

«Caroline va unir le parti et nous conduire à la victoire en juin. Je suis impatient de collaborer étroitement avec elle pour y parvenir», a-t-il dit.

Mme Mulroney a déjà été désignée par acclamation pour être la candidate du Parti progressiste-conservateur dans la circonscription de York-Simcoe, au nord de Toronto, en vue des prochaines élections provinciales de juin.

En 2014, Mme Mulroney avait été nommée à l'Autorité du pont Windsor-Détroit pour superviser le développement d'une deuxième traverse frontalière entre les deux villes.

Elle a aussi cofondé le Shoebox Project en 2011, un organisme sans but lucratif qui ramasse et distribue des cadeaux pour les femmes itinérantes ou à risque d'itinérance.

Avant de sauter dans l'arène politique, Mme Mulroney était vice-présidente de la firme torontoise BloombergSen Investment Partner.

«Ce n'était pas son plan de briguer la direction, elle était très, très concentrée sur la circonscription et sur la communauté, et c'est là qu'elle a concentré ses efforts», a expliqué le député fédéral conservateur, Peter Van Loan, qui a conseillé Mme Mulroney.

M. Van Loan souligne que bien qu'elle soit nouvelle en politique, Caroline Mulroney s'est présentée comme une personne authentique et une travailleuse acharnée, ce qui lui a attiré des appuis dans la communauté — même parmi ceux qui la jugent selon son nom de famille.

«Elle a ses propres forces et ses propres talents intrinsèques, peu importe son nom, a-t-il soutenu.

Les avantages d'une néophyte

Le manque d'expérience politique de Caroline Mulroney sera sans contredit son plus grand défi, surtout lorsqu'elle fera face à des politiciens d'expérience, selon Kathy Brock, professeure de sciences politiques à l'Université Queen's de Kingston.

Mais cela pourrait aussi jouer en sa faveur, car sa candidature apportera un peu de fraîcheur à un moment où le chef intérimaire s'est engagé à se débarrasser des «pommes pourries» dans le parti, a ajouté la politologue.

«Elle donne une image et une sensation de fraîcheur et déjà elle a... le potentiel de tirer profit de conseillers expérimentés et de ses propres expériences avec la politique dans laquelle elle est impliquée par l'entremise de ses amis et sa famille», a-t-elle analysé.

L'entrée de Mme Mulroney dans la course signifie que deux femmes bien connues tenteront de se faire élire par les membres du Parti progressiste conservateur, ce qui pourrait l'aider à améliorer son image, selon la spécialiste. L'ancienne députée Christine Elliott a annoncé sa candidature la semaine dernière.

«C'est peut-être le genre d'affaires dont ils ont besoin pour se remettre de l'incident avec [l'ancien président du parti, Rick] Dykstra et Patrick Brown. Ça donne une nouvelle orientation, une nouvelle énergie et cela les met un peu plus en phase avec l'époque», a-t-elle poursuivi.

MM. Brown et Dykstra ont démissionné à quelques jours d'intervalle après avoir fait l'objet d'allégations d'inconduite sexuelle, qu'ils nient en bloc tous les deux. Les allégations n'ont pas été vérifiées indépendamment par La Presse canadienne.

Le politicien de Toronto Doug Ford, le frère du défunt maire Rob Ford, est aussi dans la course.

Les candidats ont jusqu'au 16 février pour s'inscrire. Le nouveau chef sera annoncé le 10 mars.