Le cannabis divise les experts, qui sont déchirés entre la nécessité d’augmenter l’âge légal pour protéger le cerveau des jeunes et celle d’assurer que ces jeunes aient accès dès l’âge de 18 ans à des produits contrôlés et à des programmes d’éducation.

Cannabis: l'Institut de santé publique suggère un accès graduel pour les jeunes

Opposé à la hausse de l’âge de consommation du cannabis de 18 à 21 ans, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) propose désormais un compromis : un programme d’accès graduel aux produits légaux pour les 18 à 20 ans.

Dans son mémoire présenté mercredi devant la commission de la santé et des services sociaux, chargée d’étudier le projet de loi 2, l’INSPQ prévient contre les effets «non désirables» d’une augmentation de l’âge légal à 21 ans.

Les jeunes, qui sont les principaux consommateurs de cannabis, seraient plus nombreux à être «judiciarisés», ils consommeraient de la marijuana provenant de sources clandestines et sans contrôle de qualité, en plus d’être exposés à des revendeurs pouvant leur offrir d’autres substances potentiellement plus risquées.

Depuis plusieurs mois, le cannabis divise les experts, qui sont déchirés entre la nécessité d’augmenter l’âge légal pour protéger le cerveau des jeunes et celle d’assurer que ces jeunes aient accès dès l’âge de 18 ans à des produits contrôlés et à des programmes d’éducation.

La solution pour sortir de cette impasse, croit l’INSQ, est de donner accès à des produits à plus faible teneur en THC aux personnes de 18 à 20 ans.

Le gouvernement du Québec pourrait alors choisir de leur permettre qu’un accès partiel à la gamme des produits offerts à la Société québécoise du cannabis (SQDC) et limiter les quantités.

Les jeunes de 18 à 20 ans se verraient donc offrir uniquement du cannabis dont la concentration en THC serait plus faible, non seulement que ce qui se vend sur le marché illicite, mais aussi sur le marché légal.

L’INSPQ recommande qu’on leur permette les seuls produits vendus par la SQDC contenant au plus 10 % de THC, pour une quantité maximale de 10 grammes de cannabis séché ou son équivalent sous d’autres formes.

Le cannabis vendu à la SQDC actuellement inclut des produits dont la teneur en THC atteint près de 30 %.

L’institut estime que cette initiative enverrait un message de prudence à l’ensemble de la population au sujet des produits à haute teneur en THC, qui posent des risques accrus de problèmes de santé mentale, notamment des psychoses.

Extrêmement sceptique, le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, a renvoyé les experts de santé publique à une recherche effectuée par la docteure Gabriella Gobbi, de l’Université McGill, publiée mercredi et qui suggère que le diagnostic de dépression chez environ 7 % des Canadiens âgés de 18 à 30 ans est imputable au cannabis.

«Je ne comprends pas comment [la loi actuelle] peut aider nos adolescents», a-t-il lancé en guise de question.

«L’âge n’est pas à rejeter, mais il n’y a pas de démonstration que seulement [augmenter] l’âge serait utile», lui a répondu le docteur Alain Poirier.

Au final, a renchéri son collègue François Gagnon en répondant à une question de l’opposition officielle, «la balance de notre évaluation est que rehausser l’âge à 21 ans va produire une balance négative».

«J’apprécie votre honnêteté», s’est réjoui le député libéral André Fortin, tandis que le député péquiste Sylvain Gaudreault suggérait que l’institut présentait un compromis «pour plaire au gouvernement».

Oui à la consommation en public

Le projet de loi 2 du gouvernement vise tant à hausser l’âge de consommation du cannabis de 18 à 21 ans qu’à l’interdire sur la voie publique.

Sur ce deuxième point, l’Institut de santé publique est clair : il faut maintenir la permission de consommer en public.

Aucune donnée ne permet d’affirmer que la fumée de cannabis dégagée dans les espaces extérieurs porterait atteinte à la santé des personnes, selon ses chercheurs.

Interdire complètement la consommation dans les lieux publics aurait pour effet de diriger les fumeurs de cannabis vers des lieux fermés, ce qui est considéré comme pire pour la santé.

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LE BARREAU S'ATTEND À DES CONTESTATIONS

Faire passer l’âge légal pour fumer du cannabis à 21 ans, comme le propose le gouvernement Legault, pourrait prêter le flanc à des contestations judiciaires sur la base d’une discrimination fondée sur l’âge, dit le Barreau du Québec. «Il existe un risque d’invalidité constitutionnelle», avertit-il. 

Le bâtonnier du Québec, Paul-Matthieu Grondin, dit que le Barreau s’interroge sur le bien-fondé de modifier les balises déjà posées par les législateurs fédéral et provincial lors de la légalisation du cannabis en octobre 2018. Les restrictions sur les endroits où les Québécois pourront fumer du cannabis risquent d’être tout simplement ignorées s’ils n’ont «aucune opportunité légitime et légale de le faire», ajoute-t-il.

De plus, opter pour un âge minimal plus élevé obligerait le gouvernement à démontrer que la règle des 21 ans est justifiée dans une société libre et démocratique où le choix de l’âge légal de 18 ans pour la consommation du cannabis s’inspirait de l’âge légal fixé pour le tabac et l’alcool. «Nous croyons qu’il existe un risque d’invalidité constitutionnelle», poursuit Me Grondin. 

Le Barreau fait aussi valoir l’argument suivant : il avance que les personnes de moins de 25 ans comptent parmi les plus grands consommateurs de cannabis et que pour réduire leurs contacts avec le crime organisé, l’encadrement du cannabis ne devrait pas les laisser pour compte.