La ministre du Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, compare la situation actuelle, où l’accès à Internet est devenu un besoin de base pour tous, à l’électrification de toutes les résidences du Québec du début du siècle dernier.

Branchement à Internet haute vitesse en région: Québec cognera à la porte des télécoms

La ministre Marie-Ève Proulx souhaite que les entreprises de télécommunications fassent un «effort» et participent financièrement au branchement à Internet haute vitesse de tous les foyers du Québec.

En entrevue au Soleil, la ministre déléguée au Développement économique régional évoque la «participation sociale» que le Québec est en droit de s’attendre de ces compagnies privées, qui ont bénéficié par le passé de subventions gouvernementales pour «l’ensemble des branchements Internet au Québec».

«Ça serait le fun qu’on ait un retour de la part des télécoms, une participation. C’est un souhait que je formule comme ministre, considérant que c’est eux qui ont l’expertise. On formule le souhait qu’ils puissent investir dans les projets au même titre que le gouvernement investit.»

Une rencontre entre le gouvernement de François Legault et les entreprises de télécommunication du Québec, comme Bell et Vidéotron, aura lieu au cours des prochaines semaines. L’objectif est d’évaluer comment on peut réussir à brancher à Internet haute vitesse les 350 000 maisons situées en région qui n’y ont pas encore accès d’ici 2022, tel que promis par la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale. «On va voir jusqu’où ils [les télécoms] sont prêts à aller», indique Mme Proulx. 

La ministre compare la situation actuelle, où l’accès à Internet est devenu un besoin de base pour tous, à l’électrification de toutes les résidences du Québec du début du siècle dernier. «Tout le monde a fait son effort, c’est devenu un projet collectif. Il faut que tout le monde participe», plaide-t-elle. 

Le gouvernement Legault compte aussi sur les programmes du gouvernement fédéral pour l’aider à réaliser sa promesse, qui comprend l’accès à la téléphonie cellulaire partout sur le territoire. «On travaille fort avec le gouvernement fédéral actuellement là-dessus […] On négocie actuellement pour avoir des sommes supplémentaires pour nous», indique Mme Proulx. 

La CAQ a promis d’investir 400 millions $ en quatre ans pour brancher tous les Québécois. La ministre Proulx constate l’ampleur de la tâche à accomplir dans ce dossier, qu’elle porte avec le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon et le député d’Orford Gilles Bélanger. «Ça va prendre toutes sortes de technologies. C’est pas simple, parce qu’à certains endroits, il reste une ou deux maisons à brancher. On est dans ce niveau de détail-là.»

La voix de la ruralité

La nouvelle venue en politique provinciale se donne comme mission de sensibiliser ses collègues ministres aux réalités régionales. «Mon rôle, c’est vraiment celui-là. De porter la voix des régions, de la ruralité et d’amener aussi la notion d’occupation du territoire.»

Au cours de son mandat, elle s’intéressera particulièrement aux questions de la régionalisation de l’immigration et de la délocalisation de postes de fonctionnaires vers les régions. Son objectif : que le gouvernement «arrête de faire du mur à mur» et adapte son intervention aux réalités locales. 

Ne pouvant compter sur des élus dans l’Est-du-Québec, le premier ministre François Legault a nommé Marie-Ève Proulx ministre responsable de trois régions : Chaudière-Appalaches, Bas-Saint-Laurent et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Un large territoire à couvrir, qui n’effraie toutefois pas la principale intéressée. «J’aime toujours voir l’opportunité dans le défi.»

Mme Proulx croit que les gens sur le terrain ne seront pas perdants, parce qu’elle et son équipe sont à l’écoute. «Ils savent que je serai pas toujours là, et que je ne pourrai pas être assise à tous les comités, mais ils sentent notre présence.»

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D’UN TRIATHLON À L'AUTRE

Très organisée, Marie-Ève Proulx se dit à l’aise dans sa nouvelle vie de ministre, elle qui est mère de trois enfants de 2, 7 et 8 ans et qui continue de s’entraîner quatre fois par semaine. 

«En politique, tout le monde a donc l’air d’être occupé, enseveli. En ce moment, je ne le vis pas comme ça, au contraire. Tout est dans l’art de gérer ses priorités», exprime-t-elle. 

Avant d’accepter de se présenter aux élections pour la Coalition avenir Québec, Mme Proulx, 42 ans, faisait du triathlon et s’entraînait en vue de compléter une course Ironman. «C’est la notion d’effort à long terme. C’est le parallèle parfait avec la politique.» Si elle a laissé tomber le défi du Ironman pour le moment, elle dit apprendre les disciplines d’un autre type de triathlon, politique dans ce cas-ci, qui comprend ses rôles de députée, de parlementaire et de ministre. 

Ainsi, Mme Proulx ne voit pas son mandat comme «un sprint». «Quand j’étais mairesse [de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud], ça m’est arrivé de perdre le Nord. Où tout est prioritaire et il y a plein de forces en présence qui veulent que leur dossier soit le plus prioritaire des prioritaires.»

Elle dit aujourd’hui avoir appris de cette expérience. «On ne pourra pas tout changer d’un coup. Un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois», dit-elle avec assurance. 

Entreprise en dormance

Depuis qu’elle a été élue, Mme Proulx a mis en dormance son entreprise de coach et de conseillère en gestion. Celle qui avait un horaire très flexible n’est maintenant plus maître de son temps. Mais elle demande à son équipe de lui en laisser un peu. «C’est moins du temps avec ma famille, mais il y en a du temps et c’est à nous de choisir. Moi, j’ai pas envie que mes enfants m’appellent madame.»

Pour le reste, elle peut s’appuyer sur «un conjoint en or» et ses parents, qui vivent en face de chez elle, dans son village natal de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud. 

Mme Proulx a donné des conférences ces dernières années sur la place des femmes en politique et sur la conciliation avec le rôle de mère. Près de 100 jours après avoir été nommée ministre, son discours reste le même. «C’est très faisable.»