En 2015, le député sortant Rick Dykstra a pu se représenter sous la bannière conservatrice alors que des stratèges du parti savaient qu’il était visé par des allégations d’agression sexuelle.

Andrew Scheer annonce une enquête

Après avoir martelé que le Parti conservateur voulait tourner le regard vers l’avant plutôt que de s’attarder aux erreurs du passé, Andrew Scheer a fait volte-face et décidé d’ouvrir une enquête indépendante sur l’affaire Rick Dykstra, mercredi.

Le chef conservateur a convoqué la presse avec un préavis d’une trentaine de minutes, après la période des questions, pour en faire l’annonce. Il n’a pas voulu expliquer quand la décision avait été prise, ni si elle avait été prise pour calmer la grogne de certains de ses députés.

Au courant de la journée, des élus avaient exprimé leur frustration face à la décision des stratèges conservateurs de permettre au député sortant Rick Dykstra de se représenter sous la bannière du parti en 2015 en sachant qu’il était visé par des allégations d’agression sexuelle.

Les députés Maxime Bernier et Marilyn Gladu étaient du nombre. À son arrivée à la réunion hebdomadaire du caucus, le Beauceron affirmait qu’il comptait réclamer des explications au Parti conservateur, allant jusqu’à pointer du doigt son ancien chef Stephen Harper.

« On a un caucus ce matin, on va poser des questions, et le parti doit y répondre, a-t-il souligné en mêlée de presse, mercredi matin. C’est eux qui savaient ces faits-là à l’époque, et je pense qu’ils doivent nous dire ce qui s’est passé. »

Et lorsqu’on lui a demandé qui était responsable de cette décision, il a dit qu’« ultimement », le feu vert était donné « par le parti, avec le chef du parti », décochant ainsi une flèche à l’endroit de Stephen Harper, qui tenait les rênes de la formation à l’époque.

Un peu plus tard, avant la période des questions, sa collègue Gladu avait abondé dans le même sens et suggéré qu’une enquête devait être ouverte pour aller au fond des choses, « parce qu’on ne peut aller de l’avant si on ne sait pas ce qui est arrivé dans le passé ».

L’idée de déclencher une investigation ne semblait pas en rallier beaucoup au sein des troupes conservatrices – pas plus que l’idée d’en discuter avec les journalistes: bon nombre de députés, incluant le chef Scheer, ont fui les caméras après la réunion du caucus.

Ceux qui ont répondu aux questions véhiculaient ce qui était alors la ligne du parti. Lisa Raitt, Erin O’Toole, Gérard Deltell et Alain Rayes, notamment, ont plaidé que la page était tournée et se montraient pour le moins tièdes à l’idée d’ouvrir une enquête.

« Notre chef a été catégorique par rapport à ça. (...) Quelqu’un qui poserait des gestes, si on avait accès à de l’information de ce type-là, ne pourrait pas être candidat, ne pourrait pas siéger à l’intérieur du Parti conservateur », a offert M. Rayes en matinée.

« Il y a des démarches qui doivent être faites, j’imagine, à l’intérieur du parti, dans les organisations. Là, on est en train de regarder le présent, le futur », a poursuivi le lieutenant politique des conservateurs au Québec.

Son collègue Deltell avait peu après argué qu’il fallait « absolument penser d’abord aux victimes, et quand le malheur nous frappe, agir convenablement », que des questions devaient certes être posées, mais que parler d’une enquête était « un grand mot ».

Le député O’Toole avait pour sa part fait valoir qu’une « chasse aux sorcières à rebours » ne l’intéressait guère. Et Lisa Raitt, de son côté, insistait sur le fait que le passé n’était pas garant de l’avenir, et que le chef Scheer contrôlait la situation.