La stratégie de lutte à la pauvreté du gouvernement fédéral, qui sera dévoilée par le ministre Jean-Yves Duclos, est fondée sur une mesure qu’il a élaborée à la fin des années 90, alors qu’il était toujours chercheur universitaire.

Ambitieux plan de lutte à la pauvreté

OTTAWA — Après deux ans de consultations et d’études, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau dévoilera mardi sa stratégie de réduction de la pauvreté. Et selon une source familière avec ce dossier, les libéraux auraient comme ambitieux objectif de sortir de la pauvreté plus de deux millions de Canadiens d’ici 12 ans.

Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, responsable de cette stratégie nationale, doit en dévoiler les détails aujourd’hui à Vancouver. Le gouvernement annoncera aussi le seuil qui définira dorénavant la pauvreté au Canada.

Le gouvernement libéral souhaite réduire le taux de pauvreté au Canada de 20 % d’ici la fin de la décennie actuelle par rapport aux niveaux de 2015, année de son élection. Cette cible exigerait de faire sortir de la pauvreté près de 850 000 personnes d’ici 2020.

Or, la source interrogée par La Presse canadienne indique que cet objectif de réduction passera de 20 à 50 % d’ici 2030 — ce qui équivaut à sortir de la pauvreté 2,1 millions de personnes, dont un peu plus de 534 000 enfants de moins de 18 ans. Si cet objectif se concrétise, le Canada n’aura jamais affiché un taux de pauvreté aussi bas dans toute son histoire.

Un projet de loi qui sera déposé plus tard cette année obligerait les futurs gouvernements à atteindre cet objectif, mais ne prévoirait aucune conséquence si les cibles n’étaient pas atteintes.

Le gouvernement Trudeau planche sur cette stratégie nationale depuis deux ans, mais les organismes communautaires qui ont participé aux consultations ne s’attendent pas à de nouveaux engagements budgétaires.

Des documents obtenus par La Presse canadienne en vertu de la Loi sur l’accès à l’information suggèrent effectivement que les libéraux ont l’intention de «vendre» la stratégie nationale à la population en évoquant une multitude de programmes fédéraux pour les relier aux efforts de réduction de la pauvreté. Ainsi, des dépenses en transport collectif pourront être présentées comme un soutien aux familles à faible revenu, dans le cadre plus général de la stratégie nationale de réduction de la pauvreté.

Meilleure coordination

À défaut de nouveau financement, le gouvernement misera probablement sur une meilleure coordination des programmes fédéraux existants et annoncés, et à une meilleure façon de mesurer leurs impacts.

Lors des consultations sur la stratégie de réduction de la pauvreté, le gouvernement a entendu à plusieurs reprises la nécessité d’établir un seuil de pauvreté officiel pour le pays. À ce jour, Ottawa utilise une mesure élaborée par le ministère de M. Duclos à la fin des années 90.

L’indice de référence, connue sous le nom de «mesures de la pauvreté fondées sur un panier de consommation», vérifie si une famille peut s’offrir un niveau de vie de base en comparant ses revenus au coût d’une série de biens et de services. La mesure est adaptée à 50 régions et villes différentes. Les premiers travaux du gouvernement sur la stratégie ont mis en évidence la mesure privilégiée par M. Duclos dans ses recherches universitaires en économie, avant son entrée en politique.

Selon la mesure fondée sur le panier de consommation, Statistique Canada a conclu que plus de 4,2 millions de personnes vivaient en dessous de ce seuil de pauvreté en 2015. Un an plus tard, en utilisant le même seuil, l’agence a enregistré 3,7 millions de personnes pauvres au Canada, soit un taux de 10,6 % - le plus bas enregistré au cours de la dernière décennie.

Les libéraux estiment que les mesures prises depuis leur arrivée au pouvoir — notamment une nouvelle prestation pour enfants et une augmentation des prestations aux aînés — permettront à quelque 600 000 personnes de sortir de la pauvreté d’ici l’année prochaine.