Christine Moore en 2012

Allégations d’inconduite sexuelle: une députée du NPD suspendue

OTTAWA — La députée néo-démocrate Christine Moore a été suspendue mardi de ses fonctions au sein du caucus du Nouveau Parti démocratique (NPD) en raison d’allégations d’inconduite sexuelle.

C’est cette même élue qui avait accusé son collègue Erin Weir d’avoir harcelé plusieurs femmes dans un courriel envoyé à l’ensemble du caucus du NPD en février. Celui-ci a été exclu par le chef Jagmeet Singh vendredi dernier après avoir fait l’objet d’une enquête indépendante.

Un ex-militaire allègue que Mme Moore aurait eu un comportement inapproprié à son endroit en 2013 alors qu’il était vulnérable et qu’elle était en position d’autorité.

Glen Kirkland avait à l’époque livré un témoignage émotif en comité parlementaire sur le traitement réservé aux militaires blessés en Afghanistan. Il avait subi d’importantes blessures qui avaient laissé des séquelles.

Joint par La Presse canadienne, il a confirmé que la députée québécoise l’avait invité à son bureau après son témoignage, l’avait incité à boire du gin en dépit des médicaments qu’il prenait, et l’avait suivi jusque dans sa chambre d’hôtel. Plus tard, elle se serait rendue chez lui à Brandon au Manitoba pour lui rendre visite contre son gré.

«Je ne crie pas au viol, mais ce que je peux dire c’est que si j’étais une femme et qu’il s’agissait d’un député de sexe masculin, qu’est-ce que vous pensez qui arriverait?» a-t-il dit en précisant qu’il n’avait pas l’intention de lancer des allégations à tout vent, mais qu’il avait plutôt été contacté récemment par un journaliste de CBC lui demandant de confirmer des informations.

Des allégations suffisamment graves pour que M. Singh décide de lancer une enquête, le deuxième exercice du genre en trois mois.

«Je prends ces allégations très au sérieux et je nommerai un enquêteur indépendant pour mener une enquête équitable et exhaustive», a déclaré le chef néo-démocrate par courriel.

Mme Moore n’a pas souhaité accorder d’entrevue mardi. «J’entends participer à l’enquête indépendante et équitable sur ces allégations, a-t-elle indiqué dans une déclaration écrite. Par respect pour l’intégrité et l’équité du processus, je ne ferai pas d’autres commentaires additionnels pour l’instant.»

Plusieurs députés néo-démocrates questionnés mardi après-midi ont appuyé la décision de leur chef.

«Je pense que dans les circonstances, c’est la chose à faire, a commenté Pierre-Luc Dusseault. Clarifier ce qui s’est passé et prendre une décision avec les faits de façon éclairée.»

«Le chef a pris sa décision et on est avec lui», s’est contenté de dire Alexandre Boulerice.

Il s’agit d’allégations «troublantes», selon Matthew Dubé qui soutient «faire confiance au processus».

«C’est important qu’il n’y ait pas deux poids, deux mesures, c’est exactement pour ça que le même geste a été posé, c’est-à-dire d’avoir une enquête indépendante et suspension des fonctions comme M. Weir», a-t-il ajouté.

M. Singh a expulsé vendredi le député Erin Weir à l’issue d’une enquête sur des allégations de harcèlement et de harcèlement sexuel parce qu’il avait la veille contesté les résultats de cette investigation.

C’est sa collègue Christine Moore qui l’avait accusé d’avoir harcelé plusieurs femmes, dont des employées du parti. Elle avait précisé ne pas en avoir fait l’objet, mais M. Singh avait jugé que les allégations étaient assez sérieuses pour suspendre le député saskatchewanais le temps de l’enquête.

Christine Moore représente la circonscription d’Abitibi - Témiscamingue à la Chambre des communes depuis la vague orange de 2011. Elle est suspendue de son rôle de porte-parole en matière de ruralité et d’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et ne pourra plus siéger à des comités parlementaires. Son rôle au sein du caucus du NPD sera réévalué à l’issue de l’enquête.