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Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour
Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour

Aires protégées en Outaouais: le ministre Dufour pointé du doigt

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
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Les quatre projets d’aires protégées qui devaient voir le jour en Outaouais, mais qui n’ont pas été retenus par le gouvernement Legault en décembre dernier lors de l’annonce de l’atteinte de la cible de protection de 17% du territoire provincial, ont été bloqués par le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, qui pourrait avoir contrevenu à la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier, accuse Nature Québec.

Dans une lettre ouverte publiée la semaine dernière dans La Presse, l’organisme qui regroupe plus de 90 000 membres et 40 groupes affiliés, et qui est également membre de l’Union internationale pour la conservation de la nature, reproche au ministre Dufour d’avoir effectué un «blocage systématique» des projets d’aires protégées dans le sud du Québec dans le cadre du processus qui visait à amener la province vers sa cible de protection de 17% du territoire terrestre, un engagement international qui devait être réalisé avant la fin de l’année 2020.

Au final, la cible de 17% a été atteinte, mais 83 projets qui visaient des secteurs situés dans le sud de la Belle Province ont été balayés du revers de la main, dont 4 en Outaouais.

Pourtant, en août 2018, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait annoncé son intention de créer les «réserves de biodiversité projetées» Mashkiki (MRC de Papineau), Noire-Coulonge (Pontiac), de la Rivière-Fortier (Haute-Gatineau) et Cabonga (Haute-Gatineau). Ces quatre réserves projetées auraient permis de protéger 1655 kilomètres carrés d’écosystèmes dans la région. 

Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec, est cosignataire de la lettre ouverte parue dans La Presse et dans laquelle Nature Québec demande notamment au ministre Dufour de «faire amende honorable et de reconsidérer sans plus attendre les 83 projets d’aires protégées non retenus».

«Concernant les projets en Outaouais, on a su de sources sûres, de personnes informées, que le ministère des Forêts avait émis un avis favorable aux quatre projets d’aires protégées. Cet avis favorable avait été émis suite à des évaluations du Bureau du forestier en chef. C’est à la suite de ça qu’il y avait eu des annonces officielles faites en 2018 pour la création de ces aires protégées. Deux ans plus tard, le ministère a retiré, sans justification, son avis favorable à la création de ces aires protégées. On sait aussi de sources sûres que les projets sont tombés parce que le ministère a retiré ses appuis. Pour nous, c’est clair que le ministère n’a pas seulement bloqué des gains en matière d’aires protégées, mais il a vraiment amené un recul en matière de conservation de la nature en Outaouais puisque c’était des projets qui avaient été annoncés publiquement par le gouvernement», affirme Mme Simard, en entrevue avec Le Droit.

Alice-Anne Simard est la directrice générale de Nature Québec.

Contraire à la Loi? 

Selon Nature Québec, en s’opposant aux projets prévus en Outaouais, le ministre Pierre Dufour a enfreint la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier. En vertu de l’article 52, le ministre doit exercer ses pouvoirs et responsabilités en tenant compte de la Stratégie d’aménagement durable des forêts.

Mme Simard souligne que le rôle du ministre, dans le cadre de la création des aires protégées, est bien circonscrit à l’intérieur de la Stratégie d’aménagement durable des forêts. Celui-ci doit «contribuer au développement et à la gestion durables d’un réseau d’aires protégées efficace et représentatif de la biodiversité».

«Depuis l’annonce de décembre, on en apprend de plus en plus sur la manière dont la sélection des aires protégées s’est déroulée et sur le rôle qu’a joué le ministère des Forêts dans le processus pour s’assurer qu’il n’y ait pratiquement aucune aire protégée qui soit créée dans le sud du Québec afin de protéger la possibilité forestière. On trouve que ce blocage systématique de la part du ministère des Forêts afin qu’il n’y ait pas un réseau représentatif d’aires protégées dans le sud de la province, c’est très inquiétant», affirme la directrice générale de Nature Québec.

L’Assemblée nationale interpellée 

Nature Québec presse Québec de faire la lumière sur le processus ayant mené au refus des 83 projets d’aires protégées. L’organisme demande également à l’Assemblée nationale de charger sa Commission de l’administration publique afin de faire la lumière sur le dossier.

«On veut comprendre pourquoi on retrouve un si petit pourcentage d’aires protégées dans le sud du Québec et un immense pourcentage d’aires protégées dans le nord de la province. [...] Le ministère des Forêts ne doit pas être seulement le gardien de la possibilité forestière. Il a aussi comme rôle de s’assurer que les autres usages de la forêt sont respectés. Il a l’obligation de contribuer à un réseau représentatif d’aires protégées, et présentement, ce n’est pas ce qu’il fait. C’est certain qu’on ne lâchera pas la pression à ce niveau tout comme les autres groupes citoyens, tout comme les autres groupes environnementaux et les élus qui ont été déçus de voir leurs projets être rejetés», affirme Mme Simard.

Invité à commenter la lettre ouverte de Nature Québec parue le 2 avril dans La Presse, le cabinet du ministre Pierre Dufour a indiqué au Droit qu’il ne réagirait pas.

«Nous vous remercions d’avoir pensé à nous. Par contre, nous ne commenterons pas le texte d’opinion», a répondu l’attaché politique du ministre par courriel.