Barrages: le gouvernement Legault «n’a rien contre le privé»

François Legault a déclaré mercredi que son gouvernement « n’a rien contre le privé ».

Le jour de la nomination officielle de Michael Sabia à la tête d’Hydro-Québec, François Legault a dû clarifier sa position sur la participation de l’entreprise privée dans la construction de barrages.


«On n’a rien contre le privé», a lancé le premier ministre en se rendant à la période de questions.

Il répondait à Québec solidaire (QS) qui exigeait de la transparence, en rappelant le passé de M. Sabia dans la privatisation de certaines entreprises. QS s’inquiète aussi de l’ouverture manifestée par le ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, pour la construction d’ouvrages hydro-électriques par l’entreprise privée.



«Le privé est plus efficient que l’État, en général, par définition», a lancé M. Fitzgibbon, en mêlée de presse mercredi matin.

Le gouvernement essaie ainsi par tous les moyens d’accroître la production électrique, puisque les immenses surplus d’Hydro ont fondu rapidement au cours des dernières années, en raison notamment de la hausse de la demande.

Le conseil des ministres a nommé officiellement M. Sabia à la tête de la société d’État mercredi après-midi, même si le nom du successeur de Sophie Brochu était connu depuis plusieurs jours déjà. Il entrera en poste le 1er août.

M. Sabia est le seul à avoir à la fois présidé la Caisse de dépôt et placement et Hydro-Québec.



«Hydro-Québec a un rôle très important à jouer dans cette transition vers l’économie de demain, a indiqué M. Legault dans un communiqué. J’ai confiance que Michael Sabia saura, comme il l’a fait lors de son passage à la Caisse de dépôt et placement du Québec, mettre son expérience et son expertise au profit de notre nation afin de bâtir un Québec plus vert et plus prospère.»

«Avec la demande d’énergie de plus en plus importante, Hydro-Québec devra être plus agile et innover dans cette importante période de transition énergétique», a pour sa part déclaré M. Fitzgibbon dans le communiqué.

Les grands ouvrages vont rester l’apanage de la société d’État, a assuré le ministre en mêlée de presse, mais il demeure ouvert à la construction de plus petits ouvrages par des groupes privés, comme ce qui s’est déjà fait autrefois.

«La construction des grands barrages, c’est la fierté du Québec, l’expertise est à Hydro-Québec.»

Le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, demande de dissiper toute ambiguïté. Il a fait remarquer que M. Sabia avait des antécédents en matière de privatisation.

«La Coalition avenir Québec doit être claire avec les Québécois puis être transparente, a-t-il dit en mêlée de presse. Est-ce qu’il y a une volonté de privatiser en partie Hydro-Québec, oui ou non? On a besoin d’une réponse à cette question-là.»



L’ancien grand patron de la Caisse de dépôt et placement a en effet dans sa carrière contribué à la privatisation du Canadien National.

Quant à savoir combien de nouvelles petites centrales privées pourraient être construites ou quelle serait leur production maximale autorisée, M. Fitzgibbon est resté vague.

Mais la demande des localités est forte, puisqu’elles peuvent en retirer des redevances.

«Il y a beaucoup de communautés, des municipalités qui lèvent la main pour faire des projets, a-t-il évoqué. On veut optimiser nos bassins hydrauliques.»

Il a néanmoins assuré qu’il y aura des règles à respecter, notamment l’acceptabilité sociale des projets.

Le ministre a aussi rappelé que la société d’État était prête à donner le feu vert à davantage de projets éoliens privés dont elle achèterait l’électricité.

Rappelons qu’Hydro a déjà donné son feu vert à des projets de centrales hydro-électriques privées qui lui coûteront plus de 400 millions $ sur 20 ans en vertu des contrats signés.

Il y a notamment le projet Manouane Sipi de 22 mégawatts au nord de La Tuque.



Il y a aussi deux projets sur la Côte-Nord, Chute Six Milles et Chute Quatre Milles.

Un projet de deux minicentrales est également sur la table sur la Kipawa, dans le Témiscamingue.

En 2013, le gouvernement péquiste de Pauline Marois avait mis fin au programme de mini-centrales lancé sous les libéraux.

À la fin de 2021, le gouvernement caquiste avait lancé un appel d’offres pour la production d’énergie renouvelable, notamment hydro-électrique.