Plusieurs questions demeurent

Nul ne peut prédire avec exactitude quels seront les impacts réels de la légalisation du cannabis au Canada, qui pourrait devenir réalité dans 15 mois. Dans le milieu communautaire, certains estiment qu'on aurait dû aller plus loin, tandis que du côté policier, on entretient une part de réserves.
Le directeur du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, dit être en accord avec le principe de base, bien que plusieurs questions restent en suspens.
«Ça fait longtemps que nous disons que de judiciariser la consommation, que les gens soient dépendants ou non, c'est de faire fausse route. Parce que c'est d'abord et avant tout une question de santé publique et non de justice. Par contre, même si on est en faveur de la légalisation, reste qu'on a des interrogations. Par exemple, l'argent qui était consacré à la répression et celui qui sera perçu avec les taxes sur les ventes, il va nécessairement falloir que ça aille vers la sensibilisation. Aux Pays-Bas, où on a procédé à la décriminalisation et non à la légalisation, ils ont investi massivement en prévention», lance-t-il, rappelant que la substance ne deviendra pas pour autant inoffensive même si elle est légale, au même titre que l'alcool. 
Bien qu'il s'avoue satisfait que le pays s'apprête à emboîter le pas à des États américains tels que la Californie et le Colorado, M. Séguin pense que le gouvernement Trudeau aurait pu mieux détailler ses intentions au sujet de la sensibilisation auprès des jeunes, entre autres. 
«Ce qui ressort jusqu'à présent, c'est surtout les aspects de l'encadrement de la vente, de qui va pouvoir en faire la production, combien ça coûtera ou encore le contrôle de la qualité. Je ne veux rien enlever à l'importance de ces enjeux-là, mais il faut penser à la prévention. Avec l'alcool et le jeu, par exemple, on a vu qu'il y a eu des ratés à travers le temps», indique-t-il.
Dans cette optique, le Canada aurait aussi intérêt à prendre des notes du Portugal, qui a dépénalisé tous les types de drogues en 2011, du cannabis à l'héroïne.
«Il aurait été intéressant d'élargir notre réflexion autour de l'ensemble des produits et substances psychoactives. Là-bas, il y a eu une augmentation importante des gens qui ont demandé de l'aide, une baisse de criminalité, une diminution de la consommation chez les 15-19 ans et il n'y a plus de ne surcharge pour le système judiciaire. Toutes les peurs qu'ils avaient là-bas ne se sont pas concrétisées. On sait que la légalisation va peut-être venir avec une légère hausse de la consommation au départ, mais ça va diminuer ou se stabiliser ensuite», estime Yves Séguin.
«Une grosse erreur»
De son côté, le spécialiste des affaires policières Stéphane Berthomet ne croit pas que les organisations criminelles seront ébranlées par ce projet de loi, lui qui n'a jamais caché son désaccord avec l'idée du fédéral. 
«Oui, des mesures d'assouplissement s'imposaient, surtout pour les possessions de petites quantités ou le petit trafic, mais sur le plan de la production et de la vente, je pense qu'on est en train de faire une grosse erreur. [...] Je comprends qu'on va essayer de mettre un mur entre les organisations criminelles et la production légale, mais l'histoire nous démontre, entre autres dans des domaines comme la construction, que ça devient difficile», dit-il.
Il mentionne également être très préoccupé par la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue, doutant que les autorités policières aient soudainement davantage de moyens et surtout de temps pour s'appliquer à l'éradication de ce fléau. Elles se retrouveront encore, pense-t-il, à agir en aval plutôt qu'en amont. 
La marijuana est la drogue illicite la plus consommée au Canada. En 2012, 11 % des Canadiens ont dit en avoir consommé au cours de l'année précédente.